Entre Birmanie et Zimbabwe, la "non-ingérence" chinoise prend l'eau

Auteur:
 
Par AFP
Publié le 24 novembre 2017 - 15:11
Image
Le président birman Htin Kyaw (d) et le ministre chinois des Affaires étrangères, le 20 novembre 201
Crédits
© AUNG HTET / AFP/Archives
Le président birman Htin Kyaw (d) et le ministre chinois des Affaires étrangères, le 20 novembre 201 à Naypydaw
© AUNG HTET / AFP/Archives

L'expression ressemble au credo de la diplomatie chinoise: "non-ingérence dans les affaires des autres pays". Mais les liens économiques de la Chine avec des pays aussi instables que la Birmanie ou le Zimbabwe l'obligent progressivement à assumer un rôle de puissance mondiale.

Premiers effectifs militaires du monde et deuxième économie: difficile de s'en tenir au principe de non-ingérence proclamé en 1954 lorsque la Chine était encore l'un des pays les plus pauvres de la planète. Quitte à flirter avec l'interventionnisme que Pékin reproche volontiers aux Occidentaux.

La Chine est déjà le plus gros contributeur aux opérations de maintien de la paix de l'ONU parmi les membres permanents du Conseil de sécurité (2.500 soldats et experts militaires).

"On ne peut pas se prendre pour une souris quand on est un éléphant", résume Kerry Brown, directeur de l'Institut Lau China au King's College de Londres.

Signe du nouveau rôle adopté par la diplomatie chinoise, Pékin a, contrairement à son habitude, proposé un plan pour résoudre la crise des réfugiés rohingyas entre le Bangladesh et la Birmanie.

- Base à Djibouti -

L'influence chinoise se concrétise avec l'initiative des "Nouvelles routes de la soie", un projet d'infrastructures de 1.000 milliards de dollars qui vise à construire ses axes commerciaux au travers de l'Eurasie, et même au-delà.

A mesure que les intérêts économiques de la Chine s'étendent à la surface du globe, "la question de leur sauvegarde se pose aussi naturellement", observe le politologue chinois Chen Daoyin.

La Chine ne reviendra pas officiellement sur le principe de non-ingérence à l'étranger, mais elle va probablement "le diluer petit à petit, passant d'abord à la neutralité avant d'en arriver à l'intervention", prévoit-il.

"Si ses intérêts sont menacés à l'étranger, il est tout à fait possible que la Chine déploie des troupes en prenant pour excuse la nécessité de protéger ses investissements ou ses citoyens de la diaspora", selon lui.

Pékin a déjà renforcé sa puissance de projection en ouvrant en août sa première base militaire à l'étranger, à Djibouti.

Mais même sans intervenir directement à l'étranger, la Chine peut se retrouver impliquée à son corps défendant dans des crises internationales, comme l'a montré le renversement par l'armée zimbabwéenne de Robert Mugabe.

Quelques jours avant la chute du plus vieux chef d'Etat en exercice dans le monde, son chef d'état-major, le général Constantino Chiwenga, était à Pékin en visite officielle, prêtant le flanc aux rumeurs selon lesquelles la Chine aurait eu son mot à dire sur le sort de M. Mugabe.

Les entreprises chinoises ont d'importants investissements au Zimbabwe et le ministère des Affaires étrangères a salué la démission de Robert Mugabe en assurant qu'il resterait "un bon ami" de la Chine.

Même s'il ne croit pas aux rumeurs d'une intervention chinoise dans la crise zimbabwéenne, Kerry Brown y voit le signe qu'il est impossible de ne pas prendre parti lorsque l'on est devenu une grande puissance.

"Si l'on vous accorde de la puissance c'est que l'on est devenu influent", relève-t-il. "Rester neutre n'est pas une position tenable".

- Oléoduc birman -

La Birmanie, accusée de nettoyage ethnique dans l'Etat Rakhine à l'encontre de la minorité musulmane rohingya, a pour sa part reçu un soutien sans faille du voisin chinois.

La Chine a investi massivement dans les infrastructures pétrolières au Rakhine, notamment dans un oléoduc inauguré en avril pour plus de 2 milliards d'euros.

Pékin a bloqué au début du mois une résolution de l'ONU qui aurait exigé la fin des violences. Il a depuis présenté un plan de règlement du conflit, fondé sur un cessez-le-feu, le retour des réfugiés et la lutte contre la pauvreté.

"Tout semble lié à la Chine aujourd'hui, que ce soit le Zimbabwe, la Birmanie, le Sri Lanka ou même la politique en Nouvelle-Zélande, c'est un changement extraordinaire", observe M. Brown.

"Le concept de non-ingérence est devenu intenable. Même si la Chine le voulait, elle ne pourra plus rester isolée, les crises lui reviendront à la figure".

L'article vous a plu ? Il a mobilisé notre rédaction qui ne vit que de vos dons.
L'information a un coût, d'autant plus que la concurrence des rédactions subventionnées impose un surcroît de rigueur et de professionnalisme.

Avec votre soutien, France-Soir continuera à proposer ses articles gratuitement  car nous pensons que tout le monde doit avoir accès à une information libre et indépendante pour se forger sa propre opinion.

Vous êtes la condition sine qua non à notre existence, soutenez-nous pour que France-Soir demeure le média français qui fait s’exprimer les plus légitimes.

Si vous le pouvez, soutenez-nous mensuellement, à partir de seulement 1€. Votre impact en faveur d’une presse libre n’en sera que plus fort. Merci.

Je fais un don à France-Soir

Dessin de la semaine

Portrait craché

Image
Bezos
Jeff Bezos : le Lex Luthor de Seattle veut devenir le Dark Vador de l’univers
PORTRAIT CRACHE - S’il se fait plus discret que certains de ses compères milliardaires, Jeff Bezos n’en garde pas moins les mêmes manies, les mêmes penchants et surtou...
04 mai 2024 - 13:17
Politique
Soutenez l'indépendance de FS

Faites un don

Nous n'avons pas pu confirmer votre inscription.
Votre inscription à la Newsletter hebdomadaire de France-Soir est confirmée.

La newsletter France-Soir

En vous inscrivant, vous autorisez France-Soir à vous contacter par e-mail.