Présence d'Iraniennes dans un stade : une "victoire" ?

Présence d'Iraniennes dans un stade : une "victoire" ?

Publié le :

Dimanche 11 Novembre 2018 - 19:29

Mise à jour :

Dimanche 11 Novembre 2018 - 19:32
©DR
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Par Kay Armin SERJOIE - Téhéran (AFP)

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Plusieurs journaux réformateurs iraniens ont salué dimanche comme une "victoire" la présence, la veille, d'un millier d'Iraniennes dans un stade de Téhéran lors de la finale de la Ligue des champions asiatique de football, évènement rare qui n'échappe toutefois pas à la critique.

"En passant par le tunnel menant au terrain, j'ai ouvert grands les yeux pour m'assurer de tout voir (...) C'était un rêve enfin devenu réalité. J'étais partagée entre les larmes et le rire", a confié à l'AFP la journaliste Hedieh Khatibi, qui a elle-même couvert l'événement pour le journal sportif "Goal".

"C'était comme un rêve tout au long du match, j'avais peur que quelqu'un vienne subitement me dire de partir", a-t-elle ajouté.

Près de 1.000 femmes au total ont été admises samedi dans l'enceinte du stade Azadi ("Liberté" en persan), à Téhéran, pour la finale retour de la Ligue des champions asiatique de football (0-0).

Si la double confrontation a été remportée par l'équipe japonaise de Kashima Antlers, au détriment du FC Persépolis, l'essentiel était ailleurs pour certains journaux iraniens.

"Les femmes ont remporté le match de la Liberté", a titré dimanche en une le quotidien réformateur Etemad. "Victoire des femmes iraniennes en finale asiatique", a également jugé Sazandegi, un autre quotidien réformateur.

Selon ce journal, la plupart des supportrices avaient toutefois été "triées sur le volet" et choisies dans les familles des joueurs du FC Persépolis, ou parmi des joueuses de football ou de futsal.

Mme Khatibi a également souligné que seules les femmes dont les noms figuraient sur des listes établies avaient été admises.

Depuis près de quarante ans, à la suite d'une décision prise rapidement après la victoire de la révolution islamique de 1979 en Iran, les femmes n'ont pas le droit de se rendre dans les stades pour voir des hommes jouer au football, officiellement pour les protéger de la grossièreté masculine.

- Promesse présidentielle -

En 2001, pour la première fois depuis cette radiation des femmes des stades, une vingtaine d'Irlandaises avaient pu assister à un match de football masculin dans un stade en Iran. Les Iraniennes, elles, ont dû attendre 2005. Et encore, cette fois-là, seules quelques dizaines de femmes avaient pu assister à une rencontre entre Iran et Bahreïn.

Depuis lors, des Iraniennes ont été autorisées à assister à des matchs de football masculin en de très rares occasions, et toujours en nombre limité. C'est la première fois qu'elles sont admises en si grand nombre.

L'interdiction des femmes dans les stades est régulièrement critiquée au sein même du système politique iranien.

L'actuel président Hassan Rohani, un conservateur modéré, a lui-même dit à plusieurs reprises sa volonté de voir les femmes accéder aux stades.

Ce projet continue néanmoins de se heurter à l'opposition du clan ultraconservateur.

Le 17 octobre, après que les autorités locales eurent autorisé la veille une centaine de femmes à assister à un match amical, le procureur général du pays avait ainsi averti qu'il ne laisserait pas se répéter pareille occasion, susceptible selon lui de mener "au péché".

- Soutien masculin -

Lors du match de samedi, les femmes, séparées des hommes, sont entrées après eux par une autre entrée.

"Quand les femmes sont arrivées, tous les hommes se sont levés pour les applaudir, s'est enthousiasmé la journaliste Hedieh Khatibi. C'était très émouvant, 80.000 hommes iraniens étaient debout par respect et soutien à l'égard des femmes iraniennes."

Sahar Tolouï, journaliste au quotidien réformateur Shargh, ne partage toutefois pas cet enthousiasme.

"J'ai été invitée, mais je n'y suis pas allée parce que c'est insultant (...). Me mettre sur une liste comme si c'était une bénédiction alors que c'est mon droit et celui de toutes les femmes de pouvoir se rendre dans un stade (...), c'est inacceptable", a déclaré à l'AFP cette fan du FC Persépolis.

Un débat sur l'allègement de l'interdiction a également agité les réseaux sociaux.

"Je ne suis pas en faveur d'une présence sélectionnée et minime, mais je considère la présence de femmes aujourd'hui de bon augure", a tweeté la députée Parvaneh Salahshouri.

"La porte (des stades) est entrouverte (...). Nous devons tous pousser pour l'ouvrir complètement", a dit pour sa part Mme Khatibi, saluant "un pas dans la bonne direction".

Mais pour Mme Tolouï, encensée sur Twitter pour ne avoir assisté au match, "les portes des stades restent fermées pour la plupart des femmes iraniennes".

Municipale 2014


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