"The Disaster Artist": James Franco brillant acteur raté (vidéo)

Culture du navet

"The Disaster Artist": James Franco brillant acteur raté (vidéo)

Publié le :

Mardi 06 Mars 2018 - 07:04

Mise à jour :

Mercredi 07 Mars 2018 - 08:10
C'est une histoire vraie en forme d'hommage ironique à l'un des pires films de l'histoire du cinéma, "The Room", que raconte l'acteur-réalisateur américain James Franco dans son film "The Disaster Artist", qui sort ce mercredi.
©Justina Mintz/A24/New Line Cinema
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Jean-Michel Comte

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Dans la très longue liste des navets, films ratés et nanars de toutes sortes, The Room a une place à part. Ce film américain sorti en 2003 –devenu légendaire et objet de culte d'admirateurs au second degré– et son acteur-réalisateur Tommy Wiseau reçoivent un hommage moqueur et attendri de James Franco dans son dernier film The Disaster Artist, qui sort ce mercredi 7 sur les écrans français.

James Franco, acteur-réalisateur lui aussi, interprète lui-même Tommy Wiseau. Il a confié à son petit frère Dave le second rôle du film, celui de Greg Sestero, l'ami de Tommy Wiseau et autre acteur de The Room, qui a écrit un livre sur cette histoire, publié en 2013.

Tommy, à l'âge indéfini, et Greg, 19 ans, se rencontrent en 1998 à San Francisco, dans des cours de théâtre. Ils veulent faire carrière dans le cinéma. Ils deviennent amis, tous deux s'installent ensuite à Los Angeles, Greg trouve un agent et commence à obtenir des petits rôles, mais Tommy a un plus grand projet: écrire, interpréter et réaliser son propre film. Ce sera The Room.

Parano, irascible, dictatorial sur le tournage, c'est surtout un passionné, un fou de cinéma, bien décidé à aller jusqu'au bout. Il arrive à financer le projet –avec un argent dont on ne connaît pas l'origine–, a le soutien de Greg face aux autres acteurs et techniciens parfois sidérés par son amateurisme, le tournage a lieu avec de nombreux chaos, le scénario (une histoire d'amour entre trois personnages) est insignifiant et Tommy est un acteur exécrable. Mais The Room sort finalement en juin 2003…

L'histoire racontée dans The Disaster Artist s'arrête là. Ce qui n'est pas raconté mais évoqué au générique de fin, c'est la suite: d'un budget de 6 millions de dollars, The Room est sorti dans deux salles du sud de la Californie puis a été retiré de l'affiche après n’avoir rapporté que 1.800 dollars en deux semaines. Mais les spectateurs ont tellement ri et se  sont tellement moqués de ce navet, des dialogues, du jeu des acteurs, que le film (voir, en cliquant ici, les meilleurs moments en v.o.) est devenu "culte" et a connu grâce au bouche-à-oreille une seconde carrière depuis, lors de séances spéciales le samedi à minuit, et a généré un fan club qui a permis de le rendre rentable.

Encore aujourd'hui, le phénomène se poursuit. Ainsi Tommy Wiseau, longs cheveux teints en noir, look de cowboy et grosses lunettes noires à la Polnareff, était au Grand Rex à Paris le 15 février pour une projection spéciale de son film. Il reste très évasif sur ses origines (il serait né en Pologne), sur son parcours (il aurait débarqué adolescent à La Nouvelle-Orléans après être passé par Strasbourg), sur son âge (il aurait 62 ans) et surtout sur l'argent qui lui a permis de financer son film (il aurait fait de juteuses affaires dans l'immobilier à San Francisco). Sur son site internet il vend des produits dérivés de The Room, et la bande-annonce de son nouveau film Best F(r)iends, qui raconte les retrouvailles de lui et de Greg Sestero, est déjà prête (à voir en cliquant ici).

C'est ce passionné pas comme les autres auquel James Franco rend donc hommage: "Le fait que The Room soit projeté dans le monde entier signifie qu'il ne s'agit pas seulement d'un navet légendaire dont on prend plaisir à se moquer avec ses potes", dit-il. "Ce film est hors du commun grâce à Tommy Wiseau qui a mis tout son coeur dans ce projet. The Room possède ce que d'autres mauvais films n'ont pas, à savoir la passion à l'état pur".

Réalisateur d'une dizaine de films depuis 2005 (dont beaucoup inédits en France) James Franco s'est bien amusé en racontant cette histoire vraie. Pendant le générique de fin, une superposition de certaines scènes identiques du vrai film The Room et du film tourné dans The Disaster Artist montre qu'il a pris beaucoup soin à reproduire les moindres détails de l'original. Et il s'est aussi régalé à jouer les mauvais acteurs –tout en ayant pris contact avec Tommy Wiseau, qui a vu d'un bon œil ce pastiche-hommage et a participé à sa promotion.

Mélange de moquerie et de respect pour l'un des pires films de l'histoire, The Disaster Artist est hilarant, notamment sur la fin, mais est également, au-delà du biopic, une déclaration d'amour au cinéma sous toutes ses formes et à ceux qui le font de toutes les manières. Comme disait George Cukor: "Le cinéma, c'est comme l'amour. Quand c'est bien, c'est formidable. Quand c'est pas bien, c'est pas mal quand même".

James Franco interprète lui-même Tommy Wiseau dans le film dans lequel il raconte son histoire.

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