Le film "1917": deux heures de guerre en temps réel (vidéo)

Le film "1917": deux heures de guerre en temps réel (vidéo)

Publié le 12/01/2020 à 18:03 - Mise à jour le 21/01/2020 à 11:50
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Auteur(s): France-Soir

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SORTIE CINÉ C'est un film de guerre, mais pas tout à fait comme les autres. 1917, qui sort ce mercredi 15 janvier en France, est un grand moment de cinéma: son réalisateur, le Britannique Sam Mendès, a filmé à la manière d'un long plan-séquence, pour donner au spectateur l'illusion de vivre deux heures de guerre en temps réel.

Il a réalisé les deux derniers James Bond, Skyfall en 2012 (peut-être le meilleur de tous) et 007 Spectre en 2015, qui commençait par un plan-séquence (c’est-à-dire sans coupure) de cinq minutes. Il a voulu pousser plus loin la virtuosité technique en imaginant un film entier tout en plan-séquence: le film de guerre 1917, avec comme scénario la mission périlleuse de deux soldats anglais envoyés à travers les lignes de front de la Première guerre mondiale pour acheminer un courrier de la plus haute importance.

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Dans l'histoire du cinéma, le plan-séquence a toujours été un des péchés mignons de nombreux réalisateurs. Mais pour un film entier sans coupure, c'est rare: parfois des coupures invisibles à l'œil nu permettent de tricher, comme pour La Corde d'Alfred Hitchcock (1948) ou Birdman d'Alejandro G. Inarritu (2014), parfois l'exploit est authentique, comme L'Arche russe d'Alexandre Sokourov (2002) ou Victoria de Sebastian Schipper (2005).

Ici le film dure 1h55 mais n'est pas un vrai plan-séquence unique. Il s'agit d'une quarantaine de longues prises (la plus longue dure près de neuf minutes) qui ont ensuite été montées ensemble pour donner l’impression d’une seule et unique scène. "Ce n’était pas une mince affaire de monter ce film car il fallait que les plans s’enchaînent avec fluidité pour donner l’impression d'un seul plan-séquence", explique Lee Smith, le chef monteur.

Une image nette, propre, impeccable

Sam Mendes, qui est aussi metteur en scène de théâtre (Richard III, La Cerisaie, La Tempête), a donc dû préparer son tournage minutieusement, sans improvisation (voir ici la vidéo promotionnelle de la production dans laquelle il raconte ce tournage). Et il a bien sûr bénéficié des derniers progrès techniques, et notamment d'une nouvelle caméra très mobile et très performante. Cette immersion du spectateur dans l'action donne parfois le tournis mais l'image est nette, propre, impeccable, ce n'est pas de la caméra à l'épaule genre Lelouch ou les frères Dardenne, c'est du grand cinéma à voir sur grand écran.

En plans serrés ou en plans larges, en mouvement ou immobile, dans la pénombre ou en plein jour, dans les tranchées ou en pleine campagne, au milieu des autres soldats ou suivant seulement les deux héros: la caméra ne lâche jamais les deux personnages principaux. "C’est important qu’on ressente la distance parcourue. C’était surtout essentiel sur le plan émotionnel et j’espère que cela permet de ressentir plus profondément le parcours des deux personnages principaux. Je voulais que le spectateur soit présent à chacun de leurs pas, chacune de leurs respirations", dit le réalisateur.

Cet exploit technique est bluffant, époustouflant, magnifique. Mais 1917 n'est pas qu'un brillant exercice de style. C'est aussi une histoire forte, émouvante, empreinte de gravité et pleine de suspense.

L'histoire est simple. Dans le Nord de la France, sur le front ouest de la guerre, le 6 avril 1917 (quelques jours avant l'offensive britannique de la bataille d'Arras), deux soldats anglais de première classe du 8e bataillon, Schofield et Blake, sont envoyés dans une mission terrifiante, les câbles de communication ayant été coupés: simplement munis de leur fusil à baïonnette et de leur paquetage, de cartes, de lampes-torches, de pistolets de détresse, de grenades et d’un peu de vivres, ils doivent traverser le no man’s land, retrouver le régiment du 2e Devonshire, et transmettre en main propre à son commandant un ordre de l'état-major annulant une offensive prévue le lendemain contre les Allemands. Car ceux-ci ont tendu un piège et c'est la vie de 1.600 soldats qu'il s'agit de sauver. "Si vous échouez, c'est un massacre", dit aux deux soldats leur général, avant leur départ.

Deux acteurs peu connus

Ils vont donc traverser les barbelés et la boue du no-man's land, au milieu des cadavres de soldats et de chevaux et des rats qui courent, puis continuer leur chemin au milieu des bois et des champs, des bosquets et du bocage, dans un bunker allemand, dans une ferme abandonnée près de laquelle va s'écraser un avion allemand après un combat aérien (quelle scène!), dans un camion plein de soldats, dans des ruines désertes, dans une rivière…

A part les brèves apparitions d'acteurs célèbres comme Colin Firth, Benedict Cumberbatch et Mark Strong, le réalisateur a choisi des visages peu connus, notamment pour interpréter ces deux soldats: George MacKay et Dean-Charles Chapman, à la performance remarquable dans ce tournage hors normes (surtout le premier).

Deux Golden Globes, en attendant les Oscars

"Je voulais que le spectateur comprenne à quel point les conditions des soldats étaient terribles. D'une certaine façon, le film parle de sacrifice (…) et du fait qu'on ne sait plus très bien ce que cette notion aujourd'hui signifie de se sacrifier au nom d'une cause qui vous dépasse", dit Sam Mendes, qui a basé son scénario sur les récits de guerre de son grand-père, Alfred H. Mendes, soldat de première classe en 1917 à l'âge de 19 ans, à qui le film est dédié.

L'émotion que procure ce 1917, ses temps forts scénaristiques et ses moments de bravoure technique lui ont valu, le 5 janvier, les deux plus importants trophées (meilleur film dramatique, meilleur réalisateur) aux Golden Globes, remis par l'Association de la presse étrangère à Hollywood et traditionnel avant-goût des Oscars –qui seront décernés le dimanche 9 février.

Auteur(s): France-Soir

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Les soldats britanniques Blake (Dean Charles Chapman, à gauche) et Schofield (George MacKay) sont envoyés pour une mission dangereuse sur le front de l'Ouest, le 6 avril 1917.

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