"Once Upon A Time… In Hollywood": la critique garantie sans spoiler (vidéo)

"Once Upon A Time… In Hollywood": la critique garantie sans spoiler (vidéo)

Publié le :

Lundi 12 Août 2019 - 11:39

Mise à jour :

Mardi 13 Août 2019 - 14:37
©Sony Pictures
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Jean-Michel Comte

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CRITIQUE – Après avoir fait l'événement au dernier Festival de Cannes, le dernier film de Quentin Tarantino, "Once Upon A Time… In Hollywood" sort ce mercredi. Le réalisateur souhaite que les spectateurs évitent de spoiler la fin de l'histoire, une plongée dans les milieux du cinéma en 1969, avec en duo vedette Leonardo DiCaprio et Brad Pitt.

SORTIE CINÉ – Film le plus attendu du dernier Festival de Cannes –mais dont il est reparti bredouille–, Once Upon A Time… In Hollywood sort ce mercredi 14 août sur les écrans français. Plongée au cœur des milieux du cinéma dans le Los Angeles de la fin des années 60, la neuvième réalisation de Quentin Tarantino a comme têtes d'affiche deux des acteurs vedettes du Hollywood d'aujourd'hui: Leonardo DiCaprio et Brad Pitt.

Tous deux interprètent respectivement Rick Dalton, vedette de séries télévisées de western, et Cliff Booth, sa doublure cascades de toujours. On est en 1969. Rick habite une somptueuse villa avec piscine dans la banlieue chic de Los Angeles et possède une Cadillac blanche longue comme trois Smart mais qu'il ne peut conduire car on lui a retiré son permis. C'est Cliff qui lui sert de chauffeur, et d'homme à tout faire depuis neuf ans qu'ils se connaissent. Le cascadeur a un train de vie plus modeste, il loge dans une roulotte avec sa chienne pit-bull sur un terrain vague près d'un cinéma drive-in.

C'est l'époque du "nouvel Hollywood", celui des hippies, des Bunnies au manoir Playboy, des mini-jupes et des chemises hawaïennes, des fêtes où l'on croise Steve McQueen, des tournages où l'on se bagarre avec Bruce Lee. Star déclinante, Rick a du mal à relancer sa carrière et hésite à accepter les westerns-spaghettis que le producteur Marvin Schwarz (Al Pacino) lui propose d'aller tourner en Italie. Déprimé, alcoolique, il est sur la mauvaise pente mais Cliff, son meilleur (et seul) ami, lui remonte le moral et reste à ses côtés dans les moments difficiles, peinant lui aussi à trouver du travail.

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La maison de Rick est voisine d'une autre vaste villa où ont emménagé deux stars du cinéma de demain, dont la vie et la carrière sont au beau fixe: Roman Polanski et sa femme Sharon Tate (Margot Robbie). Le cinéaste est en voyage en Europe et ce n'est qu'au mois d'août que Rick et Cliff vont rencontrer la jeune actrice. Entretemps, Cliff a fait la connaissance, grâce à une auto-stoppeuse délurée, d'une communauté de hippies qui vit dans une ferme de cinéma à quelques kilomètres de là et dont le chef se fait appeler Charlie…

En présentant son film à Cannes, Quentin Tarantino avait insisté auprès des journalistes pour qu'ils n'en dévoilent pas la fin. Effectivement la dernière demi-heure est celle du suspense et d'événements forts, mais on est un peu déçu par ce final, par l'épilogue de cette petite histoire dans la grande, par le mélange du vrai et du faux. Tout ça pour ça? Et dans quel but, pour quel message, quel lien avec ce qui a précédé?

Plus que le personnage (vrai) de Sharon Tate –assassinée en août 1969 par des membres de la communauté hippie de Charles Manson–, qui n'occupe pas beaucoup des 2h42 de film, on retient les deux personnages (imaginaires) de Rick et Cliff, magistralement interprétés par Leonardo DiCaprio et Brad Pitt. Des deux –qui n'étaient sans doute pas loin d'un double Prix d'interprétation à Cannes–, on aura une petite préférence pour Brad Pitt, en cascadeur balèze, sympathique et inquiétant, dans son rôle sans doute le plus déjanté depuis Burn After Reading de Joel et Ethan Coen en 2008.

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C'est l'histoire de leur amitié, dans cet hommage nostalgique au cinéma des années 60, ce salut sincère et ému aux acteurs ringards, aux films de série-B, aux sans-grade du métier, qui constitue l'aspect le plus intéressant du film. Fan des sixties, Tarantino? Il avait 6 ans en 1969, mais a bien rendu l'atmosphère de l'époque. "Ce film puise, en partie, dans mes souvenirs", dit-il. "En 1969, je vivais à Alhambra, dans les environs de Los Angeles, et je me souviens de ce qui passait au cinéma et à la télévision, qu'il s'agisse des chaînes locales ou nationales".

Fan de cinéma, en tout cas, c'est certain, comme le prouvent tous ses films depuis les deux premiers –et deux meilleurs–, Reservoir Dogs (1992) et Pulp Fiction (Palme d'or à Cannes en 1994), et particulièrement ce neuvième film, révérence vintage à Hollywood. Malgré quelques longueurs et quelques ruptures de rythme, on ne s'ennuie pas et l'on se délecte de la virtuosité de la réalisation, avec cette habileté à raconter des histoires un peu tordues, à mélanger personnages réels et imaginaires, à créer la confusion entre le vrai et le faux, à jouer du stratagème "le film dans le film". Et l'émotion vient quand on ne s'y attend pas: la plus belle scène du film, très courte, est celle où une petite actrice de 8 ans, sur un tournage de western, glisse à l'oreille de Rick Dalton que sa performance d'acteur dans la scène qu'ils viennent de tourner est la plus impressionnante qu'elle ait jamais vue de toute sa vie…

Mais globalement ce Once Upon A Time déçoit un peu, peut-être parce que l'on en attendait trop. Et, justement, parce que Quentin Tarantino reste, année après année, film après film, peut-être l'un des cinéastes actuels les plus surestimés, voire les plus surfaits d'Hollywood.

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Car on aimerait le voir réaliser un jour son film le plus personnel, au lieu d'admirer sa capacité à parodier, pasticher, copier ou rendre hommage aux différents genres cinématographiques, et à bomber le torse en semblant dire: regardez comme je sais faire des films de gangsters plus vrais que nature (Reservoir Dogs, Pulp Fiction), des films de "blaxpoitation" plus vrais que nature (Jackie Brown), des films d'arts martiaux et de suspense plus vrais que nature (les deux Kill Bill), des films d'action et de poursuites automobiles des années 70 plus vrais que nature (Boulevard de la mort), des films historiques et de guerre plus vrais que nature (Inglourious Basterds), des westerns humanistes plus vrais que nature (Django Unchained et son dernier en 2015, Les 8 salopards, plutôt réussi).

Rick (Leonardo DiCaprio, à gauche) est un acteur déclinant du Hollywood de la fin des années 60, Cliff (Brad Pitt) est sa doublure et son meilleur ami.

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