Déconfinement : Anges gardiens et contes de fées, des mots de trop

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Déconfinement : Anges gardiens et contes de fées, des mots de trop

Publié le 07/05/2020 à 19:44 - Mise à jour à 19:45
FranceSoir
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Auteur(s): Marine Balansard et Marine de Cherisey pour FranceSoir

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Avez-vous sursauté à l’annonce de créations de ‘brigades’ sanitaires ? Avez-vous froncé les sourcils à l’annonce que cette brigade serait composée ‘d’anges gardiens’ ?

Tout décideur doit prêter une attention toute particulière au choix des mots destinés à faire comprendre et adhérer les parties prenantes à sa décision. Les mots créent en effet une réalité, et dans cet espace se déploient d’abord la pensée puis l’action.

Ainsi, les mots sont à la fois au service et créateurs de la décision.

Les brigades sont constituées
Que la brigade soit « du Tigre », « rouge », « de pompiers » ou « d’anges gardiens », le vocabulaire reste offensif, évoquant tour à tour la police, l’action violente ou le sauvetage dans un cadre militaire ou divin. Le champ lexical est celui de la guerre, choix (assumé ?) de terminologie fait en France pour parler de cette crise depuis son commencement. Brigade renvoie à embrigader, ce qui n’est pas plus rassurant puisque cela touche les libertés individuelles. Si la situation n’était pas aussi tragique, on pourrait évoquer le côté désuet du terme ‘brigade’, ainsi que l’humour avec lequel les français évoquent le brigadier. 

« En langage clinique on appelle ça un paranoïaque, en langage militaire un brigadier. » Michel Audiart 

Le terme ‘brigade’ montre à la fois une détermination dans la lutte contre le COVID-19 et ses ‘chaînes’ (champ lexical de la guerre toujours) de transmission, ainsi qu’une recherche de ‘contrôle’ par tous les moyens, sans exclure la force. Inadapté ? Sans doute, car nous devrions plutôt nous placer dans le domaine de l’intelligence sanitaire, qui fait la part belle à la connaissance, la compréhension, la coopération et la résilience pour un objectif commun, celui de surmonter ensemble cette crise. Le virus n’a pas d’armée ni de stratégie, il se diffuse tout simplement.

 

Les anges nous protègent
Les brigades seraient composées ‘d’Anges Gardiens’ indique le Ministre de la Santé le 2 mai 2020. Une des premières idées des hommes a toujours été de placer des intermédiaires entre la divinité (qui aujourd’hui ? L’Etat super protecteur ? La science comme valeur suprême ? …) et nous. Dans les religions, l’ange gardien n’est pas un super héros, c’est une figure rassurante et protectrice, qui d’ailleurs ne se déplace pas en brigade.

Là encore, il est peu probable que la référence aux ‘Anges Gardiens’ permette une meilleure compréhension et appropriation de la décision. Si le propos est de rassurer, est-ce vraiment une figure céleste ou de fiction (« Joséphine Ange Gardien ») qui doit se charger de cette mission ? 

Le choix des mots pour un décideur n’est jamais innocent. Ils proviennent de l’imaginaire de celui qui met en œuvre sa pensée et vont à la rencontre de l’imaginaire de celui qui les reçoit.

Il n’est pas sûr que les français après deux mois de confinement aient encore envie de croire aux contes de fées.

Auteur(s): Marine Balansard et Marine de Cherisey pour FranceSoir


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