Le prix du baril de pétrole est négatif et c’est un bon présage pour la planète !

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Le prix du baril de pétrole est négatif et c’est un bon présage pour la planète !

Publié le 22/04/2020 à 22:21 - Mise à jour le 24/04/2020 à 14:19
France Soir
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Auteur(s): Xavier Azalbert - Directeur de la Pubication

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ANALYSE : Les baisses brutales ainsi que les situations anormales nous amènent à nous poser des questions importantes.  Le président Macron l’a dit dans son premier discours, « c’est un temps pour se poser des questions, réfléchir ». Les marchés réagissent toujours plus vite que la politique et donnent en général de bonnes informations, car un marché est un agrégateur d’agents pris de manière individuelle. Le bais cognitif, qui peut avoir des conséquences négatives quand la décision est prise par une personne, est dilué dans le cadre du marché. On peut donc se poser réellement les bonnes questions.

Un prix négatif, même s’il est surprenant, était tout à fait prévisible. C’était même une certitude !

Comme nous l’écrivions récemment, l’incertitude n’a jamais été aussi faible que depuis le début du confinement même si pour chacun d’entre nous, cela semblait jusqu’alors excessif. En fait si on avait posé la question à nos dirigeants début mars, aucun n’aurait envisagé le scénario que nous vivons actuellement. Tous pensaient que c’était une « gripette » et continuaient leur train-train « business as usual ». Les acteurs du marché prévoyaient bien une correction. Début mars, n'importe quel expert aurait dit que le prix du baril était de 60 dollars. Celui qui aurait parié sur une baisse des prix à 0 en utilisant des options pour vendre du pétrole à 50 dollars le baril serait aujourd’hui excessivement riche.

Avant la pandémie du Covid-19, nous étions dans un monde hautement incertain, mais nous n’en n'étions pas conscients : Aucun d’entre nous n’avaient dans son business plan des scénarios à -20%. Personne n’envisageait la situation avec 10 millions de personnes au chômage partiel.  On vivait en apparence dans un monde certain avec une très grande incertitude latente.

Passé l’effet de surprise de la pandémie, de l'économie qui s'arrête brutalement, des avions qui arrêtent de voler, des hôtels fermés, le monde devient plus prévisible puisque l’on connait la direction, mais pas l’ampleur. Ou bien ne voulait-on pas voir l’ampleur ?  Ce n’est plus l’incertitude du chemin à suivre, mais la vitesse et la pente de la décroissance qui était à estimer.

Il aura fallu 5 semaines pour avoir une crise économique généralisée. La chute vertigineuse du prix du baril étant la conséquence directe et mécanique de l’arrêt de l’économie.  Accélérée par la mise en veilleuse de l’économie américaine et ce malgré la reprise timorée du marché chinois. D’où l’importance pour la Chine d’un second marché, comme l’Europe, afin d’amortir les chocs. Voir un troisième avec l’Afrique.  Le match des mots n’est pas encore fini, la responsabilité des uns et des autres toujours recherchée, qu’un phénomène hautement prévisible, mais difficilement envisageable pour des raisons de biais cognitifs, de manque d’imagination ou de discernement, nous tombe dessus.

Aucun n’aurait pensé que le prix d’une matière première autant convoitée pouvait devenir négatif. C’est pourtant le cas : le surplus de production combinée avec la contrainte et le coût du stockage fait que l’industrie pétrolière agit comme un tanker qui s’échoue sans avoir vu le banc de sable. Tout droit dedans et sans arrêt moteur. Outre la capacité de production mise à mal, on doit faire face à la baisse de la demande et de plus, on n’a même pas la capacité et les moyens de stocker.  C’est la conséquence directe d’une demande globale avec des flux tendus et des capacités d’absorption des chocs économiques.  Encore une fois rien de bien imprévisible dans l’univers des possibles, mais aucun économiste n’aurait osé adresser une telle probabilité.

Quelles conséquences peut-on en tirer pour chacun ?  

Tout d’abord on peut penser que le prix du baril baissant, cela va entrainer la baisse du prix à la pompe, mais la matière première représente seulement 26% du prix à la pompe. Le coût le plus important étant les taxes à hauteur de 61% (un manque certain à gagner pour l’état). En poussant le raisonnement à l’extrême, l’état et les compagnies pétrolières devraient nous payer pour faire usage de notre capacité de stockage. Hautement improbable. Il est plus probable que l’état modifie temporairement le système de taxation pour réguler et amortir le prix du pétrole pour le consommateur.

Ce qu’il y a de plus embêtant, c’est si les compagnies pétrolières venaient à faire faillite.  Est-ce envisageable ? Probablement pas, car elles sont assises sur des réserves financières importantes qui servent à financer la recherche de nouvelles ressources naturelles ou des alternatives. Ces entreprises ont cependant des concessions d’exploitation payées très cher aux gouvernements.

En conséquence, même peu probable, une société pétrolière avec des réserves pourrait faire faillite : Si elle est dans l’impossibilité de vendre et donc de générer un chiffre d’affaires pour couvrir ses charges fixes qui sont substantielles et si la demande ne reprend pas rapidement, ce scenario devient possible. Une société pétrolière est comme le locataire d’un local commercial qu’il exploite pendant une durée de temps, malgré les réserves financières, la perte opérationnelle devient substantielle.  Avec le prix du baril à zéro ou en dessous des prix de revient des concessions, ces sociétés devront payer pour que l’on prenne leur stock. Cette denrée rare, plus personne n’en veut.

La baisse de la demande va faire réduire les capacités d’investissements en exploration de ces compagnies, et donc les réserves long terme vont être réduites. En soit-ce n’est pas très grave, excepté que lorsqu’on modélise les conséquences des baisses de capacités de production, les prix montent. Pour peu que la demande ne reparte plus vite que la production n’est capable de reprendre, les prix vont grimper en flèche. Arrêter le tanker aura pris 6 semaines, le remettre en ordre de marche prendra beaucoup plus de temps. En temps normal avec une saine gestion, les sociétés adaptent leur capacité de production à la demande (c’est en général dans ce sens que cela se passe, car on n’a jamais vu une société capitaliste construire des capacités s’il n’y avait pas de demande), et la variable d’ajustement est toujours le prix.

Donc on peut envisager, l’impensable et que le prix du pétrole dépasse rapidement 150 dollars Au même titre que le prix à -37 dollars (prix négatif) était envisageable car plus personne n’en voulait, tout d’un coup, le prix pourrait basculer de l’autre côté et dépasser les 150 dollars.  Si on estime que le prix moyen du brut devrait être de l’ordre de 60 dollars en temps normal, le simple fait qu’il soit descendu de 97 dollars (de 60 à –37) peut nous permettre d’envisager le scenario inverse à 60+97 dollars donc 157 dollars. Là c’est une toute autre histoire. La première des conséquences de cette descente aux abysses est donc, outre l’état de santé financière opérationnelle des sociétés pétrolières, que le prix à la pompe remonte bien plus vite et atteigne des sommets.  N’oublions pas que l’inenvisageable de la crise n’était pas envisagé, car on pensait être dans un monde assez sûr avant Covid-19 !  Mais maintenant il devient critique et raisonnable de considérer tous les scenarios.  C’est ce qui rend le monde complexe et en même temps remplis d’opportunités.

Les conséquences sur la transition énergétique sont réelles.

Les écologistes, les verts et tous les amoureux de la nature seront satisfaits car l’air est plus pur, la planète moins polluée et on peut vivre tous contents et en paix.  Les syndicats risquent même de tirer la conclusion que travailler tue (puisque les courbes de mortalité des autres causes que le Covid 19 ont chuté). Cependant les mécanismes économiques et les systèmes politiques ne sont pas aussi simples à bousculer. Tous ceux qui en vivent ne partagent pas la volonté de tout changer. Si les sociétés pétrolières arrêtaient d’investir leurs importantes ressources financières sur l’exploration pétrolière, une opportunité rêvée pour le monde d’après serait d’orienter ces ressources financières vers l’alternative énergétique. Car à 150 dollars le baril, les énergies alternatives deviennent plus qu’intéressantes. Les gouvernements ne manqueront pas de plancher sur cette opportunité unique. A 150 dollars le baril et l’essence à 2 ou 3 euros le litre à la pompe cela peut avoir du sens.

La question à mille milliards devient, quand ?

Certains diront tout de suite, battons le fer tant qu’il est chaud ! Saisissons l’opportunité pour établir cela dès aujourd’hui. Pour atteindre ce Graal, il faudrait que les gouvernements soient plus rapides à réagir que les marchés ou les entreprises privées. Ce qui est loin d’être gagné. Hormis si comme le dit le président, « il va falloir changer et moi le premier ! ». Si le président change dans le présent et en premier, il y a une probabilité que les marchés réagissent après coup et que le prix du baril reste bas un certain temps. Cependant, je n’y mettrais pas beaucoup d’argent, car une certitude est que les sociétés privées ont des actionnaires qui demanderont des comptes avant que les ressources financières ne soient épuisées.

L’occasion est donc rêvée pour un ordre nouveau avec un gouvernement qui ne régule plus après coup, mais qui anticipe et qui planifie à moyen terme.  Un plan quinquennal (que l’on a laissé tomber en 1992), comme on l’a fait à la sortie de la guerre avec l’indépendance énergétique et la construction des centrales nucléaires ; Aie, en disant cela je m’attire déjà les foudres des verts et des environnementalistes. Un choix cornélien, ils devront faire et assumer : des énergies fossiles avec une possibilité de réchauffement climatique (encore que cela reste à prouver, car les climato-sceptiques se rappellent bien souvent à la mémoire des gens) ou une énergie dite plus propre car ne produisant pas d’émission de gaz à effet de serre, mais qui produit des déchets à durée de vie dépassant la nôtre et celles de nombreuses générations.

De plus rien n’empêche de détourner les ressources financières et de les consacrer à la gestion des déchets nucléaires, tant pour leur durée de vie, que pour la protection sanitaire des populations. Le soleil brille depuis bien longtemps d’une fusion permanente dont on se satisfait tous au quotidien Tous nous allons chercher un vaccin contre le Covid-19. Ne  pourrait-on pas unir nos efforts pour trouver une réponse aux déchets nucléaires ? Nous avons en France outre Jean Tirole, prix Nobel d’Economie pour ses travaux sur la régulation du marché, Gerard Mourou, prix Nobel de Physique qui travaille sur la réduction de la durée de vie des déchets nucléaires…à 30 minutes ! Il s’est donné 10 ans pour y arriver.

Le rôle de l’état est de contribuer à la bonne planification, d’inciter, et peut être que cette crise donnera à l’Etat avec les bons gouvernants (c’est-à-dire ceux pour qui la noblesse de la politique s’inscrit dans l’intérêt national au-delà du mandat électoral individuel) les moyens de reprendre le dessus sur l’Economie.  Si l’on reprend l’étude des biais cognitifs, peut-être serait-il temps de modifier la constitution et d’avoir pourquoi pas un président tiré au hasard du sort ? Peut-être pourrions-nous imaginer et faire usage d’un système plus décentralisé et plus démocratique afin d’éviter les divers biais que la concentration des pouvoirs et surtout des idées a amené ?

En attendant la terre se repose et c’est une bonne nouvelle !

Auteur(s): Xavier Azalbert - Directeur de la Pubication


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