Sauver la planète: "il faut se réconcilier avec l'avenir"

Sauver la planète: "il faut se réconcilier avec l'avenir"

Publié le :

Mercredi 09 Décembre 2015 - 18:23

Mise à jour :

Mercredi 09 Décembre 2015 - 18:41
Sauver la planète, c'est l'affaire de tous: pouvoirs publics, collectivités locales, entreprises, particuliers. En quoi l'innovation technologique prend-elle en compte le réchauffement climatique? C'était le thème de la 11e "Matinale Éco" organisée par la Maison de la Métropole Nice Côte d'Azur ce mercredi au Grand Palais, en marge de la COP21.
©Maison Métropole NCA/Twitter
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Jean-Michel Comte

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C'est au coeur de l'actualité, en pleine COP21 et au beau milieu de la nef du Grand Palais à Paris qu'a eu lieu mercredi 9 décembre la 11e "Matinale Éco" de la Maison de la Métropole Nice Côte d'Azur (MNCA). Avec un thème de réflexion qui interpelle autant les acteurs politiques et économiques que le grand public: "Les talents et innovations prennent-ils en compte le réchauffement climatique?".

Chaque mois la Maison de la MNCA, antenne parisienne de la Métropole ouverte fin novembre 2014 par Christian Estrosi, maire de Nice et président de la MNCA, réunit, à l'initiative de sa directrice Virginie Atlan, des chefs d'entreprise, décideurs, experts, innovateurs, fondateurs de start-up, responsables de collectivités locales, d'entreprises privées ou publiques, d'associations, pour échanger sur les évolutions économiques, technologiques et sociétales (en partenariat avec FranceSoir et à suivre sur Twitter).

Ce mercredi la 11e "Matinale Éco" s'est tenue dans l'espace des territoires et collectivités de la grande exposition "Solutions COP21" qui présentait, du 4 au 10 décembre au Grand Palais, les solutions, projets et innovations, pour lutter contre le réchauffement climatique, de 500 organismes issus des milieux associatifs, scientifiques, universitaires, institutionnels, des TPE/PME, des grands groupes et des collectivités territoriales.

Gilles Berhault, président de l'association Comité-21 et maître d'oeuvre de l'organisation de cette exposition "Solutions COP21", a ouvert les débats en rappelant que le grand enjeu de la planète était désormais "que le développement durable devienne un élément de référence" de toute décision politique ou  économique prise par les pouvoirs publics à travers le monde. Il a rappelé que l'un des objectifs d'associations comme le Comité-21 était que les solutions et innovations proposées passent d'une "logique de laboratoire" à une "logique de généralisation".

Si rien n'est fait aujourd'hui, le réchauffement climatique entre l'ère pré-industielle (XIXe siècle) et 2100 sera d'au moins 4 à 5 degrés-C, c'est à dire le même écart entre la dernière période de glaciation et notre époque. Au niveau des engagements actuels des gouvernements de la planète, il sera de 3 degrés. C'est encore trop, et c'est pour cela que les dirigeants réunis à la COP21 souhaitent parvenir à un accord sur 2 degrés -ce qui est "déjà énorme mais pas encore suffisant", selon Gilles Berhault- voire 1,5 degré. Pour cela, il faut que le grand public comprenne les enjeux et que les solutions proposées (voiture électrique, tri des déchets, énergies renouvelables) ne soient pas vécues comme des contraintes qui font peur: "il faut se réconcilier avec l'avenir", a-t-il dit.

Véronique Paquis, 2e adjointe au maire de Nice, Déléguée à l’Environnement, à l’Université et à la Recherche, a présenté l'action de la MNCA en matière d'innovations permettant de lutter contre le réchauffement climatique, et a rappelé que Nice a été récemment classée 4e "smart city" au monde (derrière Barcelone, New York et Londres et devant Singapour) dans le classement des villes connectées établi par l'institut Juniper Research.

"Le développement durable, ce n'est pas un frein, c'est un starter" pour la région et pour son économie, a-t-elle dit, donnant comme exemple l’expérimentation Ecocité de la plaine du Var et le projet de monitoring urbain environnemental qui déploie une infrastructure expérimentale de communication de 3.000 capteurs et éléments de réseaux innovants dont les données collectées (qualité de l’air, bruit, eau, énergie, gestion des déchets, pollens, UV, etc.) seront traitées et utilisées pour développer de nouveaux services et applications à destination des citoyens, de la collectivité et des entreprises afin d’améliorer le cadre de vie et la santé des habitants. Ces données sont notamment traitées par l’Institut Méditerranéen du Risque de l’Environnement et du Développement Durable (IMREDD) et le Smart City Innovation Center, plate-forme collaborative unique en France qui réunit chercheurs, étudiants, grands groupes et start-up.

Parmi ces grands groupes figure ERDF, qui vient de lancer l'installation des nouveaux compteurs "Linky", qui équiperont 35 millions de foyers français d'ici 2011. Le directeur de ce programme Linky, Bernard Lassus, a souligné l'avantage de cette innovation pour les collectivités locales mais aussi pour les particuliers: "des gains en matière d'énergie mais aussi en matière de facture", et de nouveaux services (gain de temps, plus de rendez-vous, réactivité plus grande face aux demandes, etc.).

La fabrication de ces nouveaux compteurs Linky, a-t-il assuré, va permettre la création de 10.000 emplois dans 6 usines en France, et le procédé intéresse les pays étrangers, eux aussi sensibilisés à la lutte contre le gaspillage énergétique et le réchauffement climatique: ORES, l'opérateur des réseaux de gaz et d'électricité en Belgique, vient de l'adopter, et des pays comme les Emirats Arabes Unis, l'Egypte, la Chine ou le Japon étudient la possibilité d'en faire autant.

A côté d'ERDF, une start-up comme Sustain'Air oeuvre elle aussi pour le développement durable. Son directeur Thierry Lamouche a expliqué le principe de l'innovation proposée par sa société: remplacer les systèmes traditionnels de chauffage/climatisation des bâtiments, basés sur des énergies fossiles ou nucléaires, par un système basé sur des énergies renouvelables, sans CO², à un coût compétitif. Une centrale de traitement d'air fonctionnant par énergie solaire utilise de l'eau pour climatiser l'air: comme le froid de l'eau refroidit l'air chaud en quelques minutes lors d'un orage, le système peut utiliser de l'air extérieur à 38 degrés pour le faire souffler à 20 degrés à l'intérieur d'un bâtiment, après l'avoir refroidi par de l'eau.

"Le système permet une réduction des consommations électriques de 80% pour la climatisation et de 50% pour la maintenance", assure Thierry Lamouche, dont l'innovation intéresse la MNCA mais qui regrette que sa jeune entreprise, créée en février 2014, ait "actuellement plus de contrats à l'étranger qu'en France".

C'est le grand cuisinier Alain Ducasse qui a clôturé les interventions de la journée en donnant la vision éthique de son métier. Sur la planète, aujourd'hui "un milliard d'individus sont sur-nourris et un milliard d'individus souffrent de sous-nutrition" , a-t-il rappelé. Il milite donc -principe qu'il met en application dans ses restaurants en France et à l'étranger- pour une "gastronomie durable": utiliser des produits locaux, payer les producteurs au juste prix, limiter les protéines animales, utiliser davantage de fruits et légumes, privilégier la pêche durable. Pas la peine, a-t-il rappelé, d'envoyer des crabes de Bretagne ou des poulets de Bourgogne -si bons soient-ils- dans ses restaurants à New York, Hong Kong ou Doha.

La sauvegarde de la planète passe donc aussi par un changement des attitudes en cuisine, il suffit simplement d'être en toute circonstance "précautionneux à l'égard de ceux qui l'habitent", quels que soient son domaine et son métier. "Etre local, saisonnier, moins de gras, moins de sel, moins de sucre: c'est mieux pour la santé, c'est mieux pour la planète", a-t-il dit.

Responsables politiques, industriels, créateurs de start-up, grands cuisiniers ou simples citoyens: "Chacun, à son niveau, peut décider de faire autrement" pour participer au développement durable, a résumé Virginie Atlan en conclusion de cette 11e "Matinale Éco".

(Voir ci-dessous les vidéos des interventions de cette 11e Matinale)

La 11e "Matinale Éco" de la Maison de la Métropole Nice Côte d'Azur s'est tenue au Grand Palais mercredi 9 décembre.


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