Chronique Covid N°8 – « L’aplatissement de la courbe n’a pas eu lieu »

Chronique Covid N°8 – « L’aplatissement de la courbe n’a pas eu lieu »

Publié le 16/07/2020 à 12:31 - Mise à jour à 15:36
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Auteur(s): François Pesty pour FranceSoir

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Le samedi 28 mars, le Premier Ministre Edouard Philippe et le Ministre de la Santé Oliver Véran entamèrent leur conférence de presse commune, en rappelant que le confinement généralisé du pays était une mesure exceptionnelle qui n’avait jamais été mise en place.

 

Le Premier Ministre, schéma à l’appui, justifie cette mesure en affirmant qu’elle visait à « aplanir la courbe » afin d’éviter une submersion de la capacité des réanimations.

Trois semaines plus tard, lors de sa conférence de presse du dimanche 19 avril 2020, alors que le pic de mortalité Covid-19 dans les hôpitaux était derrière nous, le Premier Ministre fait le point sur le nombre de patients atteints du Covid-19 encore hospitalisés en réanimation. Il était monté à 7.100 au moment du pic de mortalité, et retombé depuis à 5.833.

Mais, nous disais le premier des ministres, « la diminution est lente… »

Ce fait aurait dû l’interroger. Car, si l’on souhaite retarder l’arrivée des patients en réanimation pour éviter tout débordement, c’est la montée qui aurait dû se faire lentement.

 

Si l’on peut sur un point remercier Santé Publique France, c’est bien sur la mise à disposition du grand public de données que l’on peut analyser grâce à l’outil « GEODES ». Leur extraction a permis de réaliser les graphiques suivants qui doivent permettre de juger de l’aplanissement ou non des courbes.

Si l’on observe les nombres de décès à l’hôpital entre le 19 mars et le 3 juillet 2020, le pic a eu lieu le 6 avril et a atteint 605 décès dus au covid-19. La forme géométrique de la courbe est asymétrique, se caractérisant par une montée très rapide et une redescente très lente.

Alors oui, d’une certaine façon, le confinement de la population a produit un effet, mais pas celui escompté par nos épidémiologistes modélisateurs fous. Entre le début du confinement, le 17 mars à midi pile, et le pic du 6 avril, se sont écoulés exactement 3 semaines. Il s’agit précisément du délai minimal que les membres du conseil scientifique nous avaient annoncé entre la contamination et l’apparition de formes sévères de pneumopathies inflammatoires potentiellement mortelles.

A contrario, 12 semaines se sont déjà écoulées depuis le pic de mortalité, soit une durée 4 fois plus importante que celle qui avait précédé le pic, et ce n’est pas terminé, nous continuons à enregistrer de nouveaux décès covd-19…

En tout état de cause, si nous avions aplati la courbe, nous aurions réussi à prolonger la montée et repoussé l’apparition d’un pic de décès moins haut bien au-delà des 3 semaines.   

A la date du 3 juillet 2020, nous avons eu plus du double de décès après le pic qu’avant. C’est dire si l’asymétrie est importante

Les mêmes constatations peuvent être faites sur ce qui avait été défini comme LE critère de jugement du succès d’un confinement entier du pays, à savoir, le nombre de patients en réanimation pour Covid-19. Le pic du nombre de patients hospitalisés en réanimation pour covid-19 est atteint en France le 8 avril, avec 7.019 malades. L’asymétrie est encore plus marquée, avec 2,5 fois plus de patients x jours en réanimation après le pic qu’avant…

Mais, alors comment expliquer cette « traine » après les pics des deux courbes ?

Mon interprétation personnelle est que la très lente et toujours pas terminée, décrue des décès à l’hôpital et des nombres de patients testés positifs hospitalisés en réanimation, traduit la contamination rampante, larvée, lente mais certaine, dans les foyers confinés où des porteurs du virus ont été enfermés le 17 mars avec d’autres membres de leur famille, eux naïfs du virus.

Donner huit semaines au virus pour qu’il se propage d’un membre à l’autre n’a vraiment pas été une bonne idée. Mais, comment des Enarques ont-ils pu prendre une telle décision ?

Alors que l’objectif principal du confinement de toute la population était d’aplatir la courbe, son échec évidemment questionne fortement sur l’utilité d’avoir confiné…

Certains modélisateurs prétendront que si l’on n’avait pas confiné, le pic aurait été plus haut.

Comment le savoir, si l’on n’a pas comparé l’application ou pas des différentes mesures du confinement sur des territoires comparables toutes choses égales par ailleurs et idéalement randomisés ?

 

Auteur(s): François Pesty pour FranceSoir


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