L'oeil sur la Chine, Berlin renforce son contrôle des investissements étrangers

L'oeil sur la Chine, Berlin renforce son contrôle des investissements étrangers

Publié le :

Mercredi 19 Décembre 2018 - 04:00

Mise à jour :

Mercredi 19 Décembre 2018 - 14:10
© Odd ANDERSEN / AFP/Archives
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Par Jean-Philippe LACOUR - Francfort (AFP)

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Le gouvernement allemand a durci mercredi son contrôle sur les investissements non européens dans les secteurs stratégiques, au moment où la Chine fait montre d'un appétit croissant pour les fleurons de la première économie d'Europe.

Le décret adopté par le gouvernement d'Angela Merkel ramène à 10% du capital, contre 25% depuis 2004, le seuil permettant à Berlin de bloquer des acquisitions étrangères dans certaines entreprises.

Le projet, délicat dans une Allemagne soucieuse de son attractivité et qui ne se prive pas d'investir à l'étranger, vise à surveiller de près "les infrastructures sensibles", pour voir "qui les achète et avec quelles conséquences", a expliqué le ministre conservateur de l'Économie, Peter Altmaier.

Parmi les secteurs concernés figureront la défense, les télécommunications, le gaz, l'électricité, l'eau courante et les médias, a énuméré le responsable.

- Appétits chinois -

Très internationalisée et abritant des petites et moyennes entreprises qui sont des fleurons technologiques, dont bon nombre doivent organiser la transmission de leur capital, l'Allemagne suscite de longue date l'intérêt d'investisseurs.

Berlin et d'autres capitales européennes se sont inquiétées ces dernières années des visées de groupes chinois sur des aéroports, des ports ou des firmes technologiques européennes.

Fin novembre, l'annonce du départ précipité de Till Reuter, le président du directoire du fabricant allemand de robots Kuka, à peine deux ans après sa reprise par le géant chinois de l'électroménager Midea, a ravivé les craintes.

A la mi-2017, Berlin avait déjà renforcé les règles sur les investissements étrangers, se donnant quatre mois, au lieu de deux, pour examiner les offres et étendant le champ des transactions soumises à son aval aux prestataires de services ou aux fabricants de logiciels utilisés dans des secteurs stratégiques.

Le nouveau serrage de vis soulève des critiques dans les milieux d'affaires du pays. La Fédération allemande de l'industrie (BDI) "s'oppose au durcissement à un rythme annuel de l'ordonnance sur les affaires économiques extérieures", et appelle l'Allemagne à "rester ouverte aux investisseurs étrangers", selon un communiqué diffusé mercredi.

- Pékin irrité -

Tout en soulignant que l'Allemagne ne visait pas "une entreprise ni un pays en particulier", une porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères a mis en garde mercredi contre les "signaux erronés envoyés au monde" avec l'annonce de certaines politiques, "dans un contexte où le protectionnisme et l'unilatéralisme s'exacerbent".

"Nous espérons que l'Allemagne créera un accès au marché juste et ouvert pour les entreprises internationales qui investissent en Allemagne, entreprises chinoises comprises", a ajouté Hua Chunying.

"Il faut bien peser les intérêts contradictoires" entre la volonté de protéger son économie et celle de rester un pays ouvert à international, a de son côté souligné Volker Treier, directeur des affaires internationales à l'Assemblée allemande des chambres de commerce (DIHK).

Aussi, "une réduction du seuil d'examen de 25% à 10% pose problème" et constitue "un signal négatif envoyé à nos partenaires étrangers", conclut-il.

Depuis 2004, environ 80 à 100 investissements extra-européens par an, portant sur plus de 25% du capital d'une entreprise allemande, ont été passés à la loupe sans jamais faire l'objet d'un veto, rappelle le ministère de l'Économie.

En février, l'Allemagne n'avait soulevé aucune objection quand le milliardaire chinois Li Shufu a pris 10% du constructeur automobile Daimler, un seuil de participation il est vrai inférieur à celui déclenchant une procédure d'examen.

Mais en juillet, faute de pouvoir mettre son veto au rachat de 20% du gestionnaire de réseau d'électricité allemand 50Hertz par des investisseurs chinois, l'Allemagne avait fait racheter cette part via la banque publique KfW, s'attirant déjà les critiques du BDI.

Le ministre allemand de l'Economie Peter Altmaier à Berlin, en Allemagne, le 12 décembre 2018


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