Victoire, catastrophe ou soulagement, le "non" d'Amazon à New York divise

Victoire, catastrophe ou soulagement, le "non" d'Amazon à New York divise

Publié le :

Vendredi 15 Février 2019 - 00:05

Mise à jour :

Vendredi 15 Février 2019 - 01:10
© Don EMMERT / AFP/Archives
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Par Thomas URBAIN - New York (AFP)

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Des milliers d'emplois perdus, une victoire contre le diktat d'un géant, la promesse d'un quartier préservé: les réactions étaient contrastées jeudi après l'annonce d'Amazon, qui n'implantera finalement pas son nouveau siège à New York.

A Long Island City, au bord de l'East River, l'heure était au soulagement chez les habitants des tours construites en nombre ces dernières années, qui s'attendaient à voir débarquer 25.000 personnes à quelques centaines de mètres de chez eux.

"J'étais nerveuse à l'idée de voir Amazon faire venir beaucoup de monde et donner au quartier un peu plus un air de Manhattan", explique Danielle Quagliata, qui doit accoucher incessamment.

"Ce quartier est déjà très construit en l'état", fait-elle valoir. "Les gens viennent parce que c'est très bien situé."

Une autre habitante du quartier se dit, elle aussi, "soulagée", inquiète comme locataire à l'idée de voir les loyers flamber. Et s'interroge sur la fameuse manne d'emplois nouveaux qu'aurait apportée Amazon.

"Je ne pense pas que ces emplois auraient correspondu à ce dont les gens ont besoin ici", dit-elle, refusant de donner son nom.

Carlos Dall'Orso et sa boutique de vélos, Spokesman Cycles, auraient sans doute bénéficié de l'afflux de ces milliers de cadres aux moyens économiques conséquents, mais il se réjouit, lui aussi, de ce dénouement.

"En tant que commerçant de détail, je n'ai pas beaucoup de bonnes choses à dire sur Amazon", réagit-il. "Amazon tue le commerce de proximité."

Les ventes que les employés d'Amazon auraient pu lui assurer? "C'est reporter le décès", dit-il, fataliste. "Est-ce que je prends la chimio ou est-ce que je me tire directement une balle dans la tête ?"

- "Retour de flamme" -

Mais le retrait d'Amazon en ulcère aussi certains, qui voyaient dans cette implantation une opération globalement bénéfique.

"Imaginez tous les emplois, dans la technologie, la construction, mais aussi tous les emplois annexes, le ménage dans les immeubles, la maintenance", s'insurge David Katzen, propriétaire d'une entreprise de BTP à Long Island City. "Tous ces emplois se sont envolés."

"C'était juste une occasion pour des élus locaux de faire du bruit", dit-il en référence aux personnalités politiques qui ont bataillé contre le projet tel qu'il avait été négocié, sans leur accord, par le gouverneur et le maire de New York.

"Et là, ils se sont pris un retour de flamme", dit-il, "parce qu'ils n'auraient jamais pensé qu'Amazon renoncerait."

Selon un sondage récemment réalisé par l'université Siena, 56% des habitants de l'Etat de New York étaient favorables au projet, quand 36% s'y disaient opposés.

"Cela aurait sûrement été difficile au début", dit Nick Colbert, qui travaille dans le quartier. "Cela aurait forcé au changement, mais un changement positif."

La pression supplémentaire sur les transports publics, déjà saturés? "Ils les auraient adaptés", répond David Katzen, en évoquant les projets de ferries supplémentaires reliant le quartier à Manhattan. "Ils auraient fait quelque chose pour compenser."

Quant à l'argument d'une gentrification accélérée et d'un exil de nombreux habitants du quartier, poussés dehors par la hausse de loyers, John Paul Palace le balaye d'emblée.

"C'est déjà gentrifié ici! C'est pour ça que je m'y suis installé", dit celui qui a déménagé il y a un an, après avoir longtemps vécu à quelques kilomètres au nord.

"Les gens qui vivaient ici étaient des immigrés italiens ou irlandais, âgés", rappelle David Katzen, dont l'entreprise est installée à "LIC" depuis 1928. "Ces gens sont déjà partis."

Le quartier de Long Island City, où Amazon devait implanter son nouveau siège


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