Au procès des fantômes du jihad, les "copains" d'abord

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Au procès des fantômes du jihad, les "copains" d'abord

Publié le 08/01/2020 à 20:16 - Mise à jour à 20:18
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Auteur(s): Par Sofia BOUDERBALA - Paris (AFP)

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Iliès Benadour a-t-il été l'organisateur de départs en Syrie de jeunes de Seine-Saint-Denis? Aux assises de Paris, le jeune homme volubile reconnaît avoir "aidé" ses "copains" à partir au nom d'une fidélité cimentée par "l'idéologie victimaire" qu'ils "partageaient tous" en 2014-2015.

"On a tous fait des choses mauvaises. On était complètement aveuglés", affirme le jeune homme, cheveux noirs mi-longs retenus en catogan et courte barbe.

Presque tous ses amis sont morts en Irak ou en Syrie et l'accusation le désigne comme un maillon clé de la filière de Sevran (Seine-Saint-Denis). Il est l'un des rares présents à ce procès des "fantômes" du jihad: sur 24 accusés, 19 sont aujourd'hui jugés en leur absence et considérés pour la plupart comme disparus sur le théâtre irako-syrien.

Iliès Benadour, aujourd'hui 29 ans, date leur "radicalisation" à l'ouverture de la mosquée des Radars de Sevran, en face de la sandwicherie qu'ils fréquentaient tous et dont le gérant a un temps dirigé la mosquée.

"On était touché par ce qui se passait en Syrie. Les prêches nous culpabilisaient sur notre inaction", raconte-t-il.

Il évoque la "sensibilité exacerbée" de Quentin Roy - "C'est lui qui supportait le moins l'injustice" - qui partira le premier, avec son ami Samba Camara, le 22 septembre 2014.

C'est Iliès Benadour qui les accompagne à l'aéroport. Il dit clairement à la barre qu'il savait qu'"ils rejoignaient l'Etat islamique".

- "C'est narcissique" -

C'est encore lui qui, le 5 octobre 2015, conduit à l'aéroport trois autres de ses amis, Vincent Maillot, Amara Drame et Sassim Sekour - ce dernier ne parviendra pas à partir pour un problème de passeport. Lui aussi qui les met en relation avec Sofiane Nairy, éphémère imam de la mosquée de Sevran qui s'occupe des volontaires une fois la frontière passée.

Avec force détails, Iliès Benadour reconnaît tout cela, mais assure n'avoir "jamais pris l'initiative" d'organiser les départs, ne faisant que "répondre à des demandes" de ses amis.

"Quentin et Samba nous ont réunis au restaurant et nous ont annoncé leur départ deux jours avant. On se sentait de mauvais musulmans en ne s'impliquant pas, mais on n'a pas tous eu le courage de Quentin de partir en Syrie", dit-il.

Le président donne lecture de messages téléphoniques et d'échanges sur les réseaux sociaux: Iliès Benadour fait des courses pour ses amis - des doudounes chaudes en plein mois d'août -, s'occupe de mettre en relation les aspirants jihadistes arrivés en ordre dispersé en Turquie.

"Oui, je m'implique pour coordonner, parce qu'ils se trouvent dans deux hôtels différents. Je ne veux pas que Vincent se retrouve tout seul", explique l'accusé.

- "C'est ce qui vous est reproché, souligne le président, d'avoir coordonné la jonction de deux groupes!"

- "Vous ne comprenez pas. Ou j'explique mal. Ils se sentaient perdus, moi je pensais qu'ils reviendraient ou alors que la situation se normaliserait et qu'ils pourraient vivre dans cet Etat", répond-il, faisant remarquer qu'il n'a aidé "que" ses "copains de Sevran", "personne d'autre".

- "Vous êtes plein de ressources M. Benadour: vous êtes à Sevran mais c'est vous qu'on appelle quand il s'agit de trouver quelqu'un pour passer la frontière".

- "J'ai besoin d'avoir ce rôle, qu'on me reconnaisse, c'est narcissique".

Iliès Benadour a été arrêté le 2 novembre 2015, alors qu'une nouvelle tentative de départ se préparait pour Sassim Sekour, assis à ses côtés dans le box.

A-t-il voulu partir aussi? "Tous les gens que j'aimais étaient au même endroit, ils me disaient de les rejoindre, j'étais tiraillé."

Il assure avoir beaucoup réfléchi, a lu le politologue spécialiste de l'islam Gilles Kepel mais aussi Shakespeare, et pris la mesure du drame, à mesure que la guerre s'amplifiait.

"Comme dit Macbeth, lance-t-il, +J'ai tellement cheminé dans le sang que le retour en arrière serait aussi pénible que de continuer+".

Il encourt 20 ans de réclusion criminelle.

Le procès se poursuit jusqu'au 17 janvier.

Auteur(s): Par Sofia BOUDERBALA - Paris (AFP)


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