Les quartiers s'accommodent tant bien que mal du confinement, "comme tout le monde"

Les quartiers s'accommodent tant bien que mal du confinement, "comme tout le monde"

Publié le 21/03/2020 à 14:00 - Mise à jour à 18:46
© Wafaa ESSALHI / AFP
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Auteur(s): Par Tiphaine LE LIBOUX et Antoine GUY - Aulnay-sous-Bois (AFP)

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Les quartiers populaires moins confinés qu'ailleurs? "Les gens ici font attention, ils ont peur comme tout le monde", disent les habitants, qui s'accommodent pour la plupart de cette situation inédite, entre pause cigarette, petites courses et, pour certains, quelques entorses aux règles.

Amira, 19 ans, est assise à moins d'un mètre de sa cousine, sur un banc près de la mosquée des 3.000 à Aulnay-sous-Bois. Mais "on habite dans le même appartement", précise immédiatement la jeune fille, qui veut montrer qu'elle respecte les règles de confinement. Elle vient d'acheter son pain et, avant de rentrer, "prends l'air" le temps d'une cigarette.

Dans cette importante cité de Seine-Saint-Denis, des violences ont éclaté lundi et mardi soir, avec poubelles incendiées, pompiers et forces de l'ordre caillassés. Faut-il y voir un lien avec l'entrée en vigueur du confinement alors que le quartier n'avait pas connu de débordements depuis un moment ? Personne n'a vraiment d'explication.

Depuis, c'est "calme", assure Ousseynou, 26 ans. Et en journée l'ambiance "n'a rien à voir". Personne sur le city-stade, quelques habitants entre les immeubles, les bras chargés de courses. Seul le trafic de stupéfiants semble continuer: dans un coin, un dealeur équipé de masque et gants en latex attend les acheteurs.

C'est en Seine-Saint-Denis et dans le Pas-de-Calais qu'ont eu lieu jeudi les premières gardes à vue pour "mise en danger de la vie d'autrui". Des personnes déjà verbalisées à plusieurs reprises pour non-respect des règles du confinement, sans changer de comportement.

La porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye, a estimé vendredi qu'il n'y a "pas de moindre respect dans certains endroits que dans certains autres". "Je ne veux pas qu'on commence à dire que, parce que ce sont des banlieues, avec des populations de telles ou telles origines, les gens ne respectent pas les règles."

- "Macron n'a pas garanti la vente de shit" -

"Les gens ici font attention aussi, comme tout le monde ils ont peur!", à l'autre bout de la région parisienne, Mohamed et Abdel, tous les deux 40 ans et ouvriers dans le bâtiment, discutent devant une épicerie au pied des tours du Val Fourré.

Dans ce quartier sensible de Mantes-la-Jolie (Yvelines), 20.000 personnes vivent dans des immeubles parfois dégradés où des familles nombreuses tentent de cohabiter. "Quand vous avez trois ou quatre ados à la maison c'est dur de les obliger à rester enfermés toute la journée", dit Mohamed.

"Nous ça fait 40 ans qu'on est confinés dans les quartiers, on a l'habitude", ironise Selim (prénom d'emprunt), habitant des Tarterêts. "Ici d'habitude c'est rempli", lance-t-il, en montrant les rues vides de ce grand ensemble de Corbeil-Essonnes. "On fait plus attention. Les gens respectent et pensent aux personnes âgées".

"C'est ma première sortie depuis mardi", explique Mimouna Bougalem en choisissant avec attention des oranges dans le petit centre commercial voisin. "C'est notre devoir d'aider l'Etat", ajoute l'assistante maternelle.

Dans le quartier de la Duchère à Lyon, les deux premières nuits de la semaine ont aussi été agitées.

Comme à Aulnay, des jeunes ont incendié poubelles et véhicules, avant de jeter des pierres sur les pompiers et les forces de l'ordre. Ni foot ni centre social, "éducateurs sociaux confinés", "gamins livrés à eux-mêmes", énumère Mohamed Tria, président du club de foot local. "Ils vivent tout le temps dehors, alors chez eux ils doivent trouver le temps long et la nuit est un défouloir."

Le confinement est aussi source de tensions car il met à mal le trafic de stupéfiants, estime le dirigeant, très investi socialement. "Macron n'a pas garanti la vente de shit, les revenus chutent et il n'y a pas de chômage partiel dans ce secteur... Or beaucoup de gens en vivent."

A Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), non loin du quartier Soubise, un ado est sorti s'aérer. "Je galère sec à la maison", confie-t-il. Il compte retrouver "deux ou trois amis en bas de la cité" et rester "un petit peu ensemble", avant, comme les autres, de rentrer chez lui.

meh-we-agu-bur-tll/blb/nm

Auteur(s): Par Tiphaine LE LIBOUX et Antoine GUY - Aulnay-sous-Bois (AFP)


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Vue de la Cité Jean Jaurès à Saint-Ouen (nord de Paris), le 20 mars 2020

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