L'opéra déclenche toujours les passions, entre huées et bravos

L'opéra déclenche toujours les passions, entre huées et bravos

Publié le :

Vendredi 08 Décembre 2017 - 10:58

Mise à jour :

Vendredi 08 Décembre 2017 - 11:00
© Martin BUREAU / AFP
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Par AFP

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Sifflets et vociférations ont accueilli vendredi dernier "La Bohème" intergalactique mise en scène par Claus Guth à l'Opéra Bastille, alors que "Le Barbier de Séville" de Laurent Pelly croulait mardi sous les bravos: grandeur et misère des metteurs en scène d'opéra.

Au théâtre, on applaudit mollement ou on quitte la salle si on déteste. A l'opéra, on vocifère. Aux danseuses du "Sacre du Printemps" qui inclinaient leur joue dans la main en 1913 au Théâtre des Champs-Elysées, un spectateur lançait: "un dentiste!"

Presque cent ans plus tard, la "Médée" de Cherubini proposée par Krzysztof Warlikowski (2012) avait dû s'interrompre brièvement à cause du brouhaha.

Pour le Français Laurent Pelly, "les réactions épidermiques font maintenant partie du folklore de l'opéra".

Lui-même a connu peu de huées: "Je n'ai pas un esprit très provocateur" dit-il, préférant "trouver des solutions poétiques".

Le metteur en scène de "La Bohème", l'Allemand Claus Guth, voit dans ces réactions une preuve de vitalité: "L'opéra n'est pas une forme morte, c'est extrêmement émotionnel et proche des gens. Sinon, ils ne réagiraient pas si fortement".

Sa production futuriste, où les héros privés d'oxygène dans leur station spatiale revoient leurs souvenirs de jeunesse comme autant d'hallucinations tranche avec les scénographies habituelles des amours de Mimi et Rodolfo dans le Paris bohème.

"Certains spectateurs seront irrités parce que c'est très loin du texte, mais je pense qu'en réalité on en est plus près que jamais, avec des questions existentielles sur la peur, la faim, la solitude," justifie-t-il.

La critique divisée a tantôt loué "les images de ce Solaris opératique d'une grande beauté" (Le Monde) tantôt vilipendé "le propos s'égarant dans le vide intersidéral" (La Croix).

Claus Guth est pourtant loin de faire partie du palmarès des metteurs en scène les plus controversés, comparé au Polonais Krzysztof Warlikowski, dont on a beaucoup raillé l'amour des lavabos en plateau, ou à l'Espagnol Calixto Beito dont le "Turandot" avait fait scandale en 2014.

"Je pense qu'à partir du moment où on est dans l'oeuvre et dans la musique, on peut tout faire", estime Laurent Pelly. "En revanche, quand on est à côté de l'oeuvre, et qu'on plaque des choses qui sont gratuites, ça ne marche pas".

- Escargots et méduses -

En décembre 2015, les images d'escargots et de méduses projetées par Alvis Hermanis derrière les chanteurs de "La Damnation de Faust" avaient fait hurler de rire le public de l'Opéra Bastille.

Toute la difficulté pour le metteur en scène d'opéra est de renouveler le regard sur le répertoire sans trahir des oeuvres archi connues du public.

Certains, comme l'Italien Romeo Castellucci imposent une esthétique visionnaire, propre à couper le souffle ("Moïse et Aaron" en 2015 à Bastille).

Patrice Chéreau, auquel l'Opéra de Paris rend hommage avec une reprise ("De la maison des morts" de Janacek) et une exposition, avait scandalisé Bayreuth en 1976 avec son "Ring", encensé quatre ans plus tard lors de la reprise.

"On est consolés quand on voit que plus tard, les gens voient l'oeuvre d'une toute autre manière", constate le Canadien Robert Carsen, qui a monté plus d'une centaine d'opéras et a connu son lot de productions mal accueillies ... avant d'être adorées.

"A l'opéra, où le répertoire est tout petit, et le public réputé conservateur, il n'a pas envie de voir les oeuvres autrement, mais je trouve que c'est un peu faux", dit-il. "Quand je regarde un opéra de Rameau, de Monteverdi, ou de la semaine dernière, pour moi c'est pareil, l'oeuvre vient d'être écrite".

"Prenez +La Traviata+, le public oublie complètement que Verdi l'a écrite pour être jouée en costumes contemporains. Il avait vu la pièce de Dumas fils et était inspiré par le fait de faire quelque chose de moderne. Or les censeurs de la Fenice ont trouvé ça tellement scandaleux qu'ils l'ont sommé d'habiller les personnages en costumes Louis XIV. Il n'a jamais vu l'oeuvre comme il voulait la voir".

Le metteur en scène allemand Claus Guth à Paris, le 28 novembre 2017


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