Plus de 800 ex-Goodyear contestent leur licenciement: décision jeudi

Plus de 800 ex-Goodyear contestent leur licenciement: décision jeudi

Publié le :

Mardi 14 Mai 2019 - 07:47

Mise à jour :

Mardi 14 Mai 2019 - 12:10
© Denis CHARLET / AFP/Archives
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Par Zoé LEROY - Lille (AFP)

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Cinq ans après la fermeture de l'usine Goodyear d'Amiens-Nord, le conseil des prud'hommes doit rendre jeudi sa décision concernant le licenciement de plus de 800 ex-salariés de l'entreprise de pneumatiques, qui contestent son motif économique et demandent réparation.

La décision, sauf prorogation, doit être rendue à 14H00.

Goodyear Amiens-Nord avait fermé son usine en janvier 2014, après un bras de fer de plus de six ans entre le personnel et la direction, entraînant la disparition de 1.143 emplois et devenant un symbole de la désindustrialisation des bastions ouvriers.

Le 4 octobre 2018, quatre ans après la fermeture tumultueuse de cette usine, 832 plaignants avaient réclamé devant le conseil des prud'hommes, délocalisé pour ce procès hors norme au palais des congrès d'Amiens, une indemnisation à leur ex-employeur.

Les demandeurs estimaient que leur licenciement était dépourvu de cause économique sérieuse au vu des résultats bénéficiaires du groupe américain.

Entre 400 et 500 personnes, essentiellement des ex-salariés accompagnés parfois de leur famille, avaient suivi cette audience.

Lors de celle-ci, leur avocat, Me Fiodor Rilov, avait insisté dans sa plaidoirie de quatre heures, sur les bénéfices au niveau du groupe Goodyear américain auquel appartenait Goodyear Dunlop Tires France (GDTF).

"Explosion de la profitabilité", "rentabilité record", "chiffres en augmentation": il avait martelé que le groupe avait enregistré sur l'exercice 2014 un résultat net de 2,5 milliards de dollars après impôts, "la somme la plus colossale jamais affichée par Goodyear depuis sa création".

Les trois avocats de la direction avaient eux argumenté sur les difficultés depuis 2007 de l'usine "extrêmement déficitaire", qui produisait essentiellement des pneus de tourisme et pour des engins agricoles, aggravées par la "crise sévère" de 2009, et la dette nette du groupe de 5,267 milliards de dollars au moment de la fermeture.

- "Confiant" -

"Je suis très confiant, lors de l'audience la direction de Goodyear a présenté peu d'éléments, elle était très ennuyée pour justifier la fermeture alors que cette année-là le groupe avait fait des milliards de profit", a estimé lundi auprès de l'AFP Mickaël Wamen, ex-leader de la CGT de l'usine et figure de la contestation.

"Si on gagne, cela signifiera qu'il n'y avait aucune justification à fermer notre usine comme on l'avait démontré de 2007 à 2014. Malheureusement aujourd’hui, notre usine est fermée et elle est même démolie, on gagnera juste sur le préjudice financier et le préjudice moral, mais on n'obligera pas la direction de Goodyear à rouvrir son site industriel", a-t-il ajouté.

Cette décision sera la suite d'un long bras de fer social et juridique entre les salariés et la direction.

En janvier 2016 déjà, huit anciens salariés ont été condamnés à 24 mois de prison dont neuf ferme pour "séquestration et violences en réunion". Ces salariés avaient séquestré le directeur des ressources humaines et le directeur de la production pendant une trentaine d'heures avant la fermeture de l'usine.

Un an plus tard, la cour d'appel a condamné sept d'entre eux à des peines de prison avec sursis (12 mois maximum), relaxant le huitième. Les peines ont été confirmées par la Cour de cassation en janvier 2018.

Le 6 avril 2016, les salariés licenciés ont assigné en justice Goodyear et Titan pour leur refus de reprise du site par une coopérative du personnel, et le fabricant de pneumatiques américain a également été assigné devant le tribunal de Nanterre par quelque 1.000 ex-salariés qui accusent leur ancien employeur de les avoir sciemment exposés à des produits dangereux.

En 2014, une plainte pour des raisons similaires avait été déposée auprès du tribunal d'Akron, dans l'Ohio, ville où se trouve le siège de l'entreprise, mais les salariés ont été déboutés par le tribunal qui a considéré qu'un éventuel procès devait avoir lieu en France.

Un employé de l'usine Goodyear d'Amiens-Nord regarde des pneus brûler devant l'entrée du site, le 18 novembre 2013


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