Après s'être comparé à Hitler, le président philippin au mémorial de la Shoah

Après s'être comparé à Hitler, le président philippin au mémorial de la Shoah

Publié le :

Lundi 03 Septembre 2018 - 12:19

Mise à jour :

Lundi 03 Septembre 2018 - 18:44
© RONEN ZVULUN / POOL/AFP
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Par Laurent LOZANO - Jérusalem (AFP)

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Le président philippin Rodrigo Duterte qui s'était comparé à Hitler avant de présenter ses excuses, s'est recueilli lundi au mémorial de la Shoah à Jérusalem après une rencontre avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.

"Plus jamais ça. Le monde puisse-t-il retenir les leçons de cette période d'horreur et d'obscurantisme de l'histoire humaine", a écrit M. Duterte dans le livre d'honneur de Yad Vashem, haut lieu du souvenir dédié aux six millions de juifs exterminés pendant l'Holocauste et passage obligé pour tout dignitaire étranger en visite en Israël.

L'opposition israélienne et les défenseurs des droits de l'Homme se sont particulièrement émus de la visite en ce lieu éminemment solennel de M. Duterte, auteur juste avant son départ de propos controversés sur le viol et chantre des exécutions extra-judiciaires.

Ils ne se sont pas privés de ressortir les déclarations faites par M. Duterte en septembre 2016, trois mois après son investiture, en réponse aux critiques contre ses méthodes sanglantes pour combattre la criminalité et le trafic de drogue.

"Hitler a massacré trois millions de juifs. Bon, il y a trois millions de drogués (aux Philippines). Je serais heureux de les massacrer", avait-il dit, minimisant le nombre de juifs assassinés par les nazis.

- Obéir à "un fou" -

Ces mots avaient suscité une profonde indignation internationale. M. Duterte avait présenté ses excuses et s'était rendu dans une synagogue quelques jours plus tard.

"Je n'arrive pas à imaginer un pays obéissant à un fou. Je n'arrive pas à comprendre qu'un être humain puisse massacrer des vieux, des femmes, des hommes, des enfants, des mères", a dit M. Duterte lundi dans la salle des noms de Yad Vashem.

Après son arrivée en Israël dimanche soir, M. Duterte était revenu sur une autre sortie sulfureuse de 2016 et avait présenté ses excuses à l'ex-président américain Barack Obama pour l'avoir traité de "fils de pute".

"Bibi (le surnom de M. Netanyahu) est prêt à exonérer un dirigeant illégitime qui se targue de massacrer ses concitoyens et de violer les droits de l'Homme, et pour quelle raison? Parce que Duterte est prêt à soutenir l'occupation" israélienne des Territoires palestiniens, a écrit sur Facebook Tamar Zandberg, la cheffe du parti israélien de gauche Meretz.

"Un admirateur d'Hitler à Yad Vashem", a écrit le quotidien de gauche Haaretz, "Israël prouve une fois de plus qu'il est prêt à fermer les yeux sur les violations des droits de l'Homme de la part des dirigeants de ce monde au nom des ventes d'armes et contrats de défense".

La visite de M. Duterte, la première d'un chef d'Etat philippin en Israël depuis l'établissement de relations entre les deux pays il y a 60 ans, pourrait aboutir à la signature de contrats significatifs, au moment où Manille prévoit un programme de plusieurs milliards de dollars de modernisation de ses forces armées.

- "Aide cruciale" -

Les Philippines sont devenues en 2017 un important client des produits de défense israéliens, achetant pour 21 millions de dollars (18 millions d'euros) de systèmes radar et d'équipements antichars.

MM. Duterte et Netanyahu ont exalté les relations bilatérales "fortes" et une amitié "florissante", lors de la signature de trois accords, commercial, scientifique et sur les milliers de Philippins qui travaillent comme aides à domicile en Israël.

M. Duterte a évoqué "l'aide cruciale" en équipements apportée par Israël aux forces philippines, qui les ont aidées à "gagner la guerre", référence possible à une bataille contre les jihadistes en 2017.

Pour M. Netanyahu, à la tête du gouvernement considéré comme le plus à droite de l'histoire d'Israël, cette visite est l'occasion de renforcer les alliances diplomatiques hors des grands partenaires traditionnels.

M. Netanyahu a salué "le rôle exceptionnel" des Philippines qui avaient accueilli un millier de juifs fuyant l'Holocauste. Il a rappelé qu'elles avaient été le seul pays d'Asie à voter en 1947 la résolution de l'ONU sur la partition de la Palestine prévoyant notamment la création de l'Etat d'Israël.

Israël a bien noté que les Philippines figuraient parmi les pays qui s'étaient abstenus de voter en décembre une condamnation de l'Assemblée générale de l'ONU contre la reconnaissance par les Etats-Unis de Jérusalem comme capitale d'Israël.

A titre personnel, M. Netanyahu a souligné que son père avait, jusqu'à sa mort, reçu les soins d'une aide à domicile des Philippines. Environ 28.000 Philippins vivent en Israël, travaillant pour beaucoup comme aides à domicile. Ils y sont traités en "êtres humains", à la différence de certains autres pays, a dit M. Duterte.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et le président des Philippines Rodrigo Duterte lors d'une rencontre à Jérusalem le 3 septembre 2018

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