La Turquie place le pasteur américain Brunson en résidence surveillée

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Par AFP - Istanbul
Publié le 25 juillet 2018 - 18:03
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Photo non datée fournie par l'agence turc Dogan News Agency, le 13 mars 2018, du pasteur américain Andrew Brunson à Izmir
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© STR / DHA/AFP/Archives
Le pasteur américain Andrew Brunson a été placé le 25 juillet 2018 en résidence surveillée
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La Turquie a placé mercredi en résidence surveillée le pasteur américain Andrew Brunson dont l'incarcération pendant près de deux ans pour des accusations de "terrorisme" et d'"espionnage" a empoisonné les relations entre Ankara et Washington.

Ce développement inattendu survient moins d'une semaine après la décision d'un autre tribunal turc de maintenir en détention préventive ce religieux écroué en Turquie depuis octobre 2016 et ce en dépit des appels répétés des Etats-Unis à sa libération.

Un tribunal d'Izmir (ouest de la Turquie) a converti mercredi sa détention préventive en placement en résidence surveillée, a dit à l'AFP son avocat Cem Alavurt.

Le pasteur est sorti de prison en fin d'après-midi, selon des images retransmises en direct par la chaîne de télévision NTV. Il est apparu souriant avant de s'engouffrer dans un véhicule qui a quitté le pénitencier sous escorte policière.

Andrew Brunson, qui risque jusqu'à 35 ans de prison dans le cadre d'un procès ayant commencé au printemps, reste soumis à une stricte interdiction de quitter son domicile et le territoire turc pendant la durée de la procédure judiciaire.

Sur fond de rapports bilatéraux houleux depuis plus de deux ans, le président américain Donald Trump s'est à plusieurs reprises insurgé contre l'incarcération d'Andrew Brunson. "Ils le qualifient d'espion. Mais je suis plus espion que lui", avait-il ainsi tweeté en avril dernier.

L'annonce du placement en résidence surveillée de ce religieux a provoqué une légère remontée de la livre turque face au dollar, signe que les marchés espèrent quelque apaisement des tensions entre la Turquie et les Etats-Unis, partenaires au sein de l'Otan.

- Un "otage", pour Trump -

Andrew Brunson est accusé par les autorités turques d'avoir agi pour le compte du réseau du prédicateur Fethullah Gülen auquel Ankara impute, malgré les dénégations de ce dernier, le putsch manqué de juillet 2016, mais aussi pour celui du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK, séparatistes kurdes).

Ces deux organisations sont considérées comme terroristes par les autorités turques.

Installé en Turquie depuis une vingtaine d'années, le pasteur, qui gérait une petite église protestante dans la province d'Izmir avant son arrestation, est aussi accusé d'espionnage à des fins politiques ou militaires, ce qu'il dément catégoriquement.

Le président Trump avait qualifié de "honte totale" la décision la semaine dernière de le maintenir en détention préventive. "Cela fait trop longtemps qu'il est retenu en otage", avait-il tonné, appelant son homologue turc Recep Tayyip Erdogan à "faire quelque chose pour libérer ce merveilleux époux et père de famille chrétien".

"J'ai lu l'acte d'accusation, j'ai assisté à trois audiences. Je ne crois pas qu'il y ait la moindre indication selon laquelle le pasteur Brunson est coupable de quelque activité criminelle ou terroriste" que ce soit, avait dénoncé le chargé d'affaires américain à Ankara Philip Kosnett.

La prochaine audience dans le procès d'Andrew Brunson doit se dérouler le 12 octobre.

De nombreux différends opposent Washington à Ankara, notamment sur le soutien américain à une milice kurde syrienne et sur le refus américain d'extrader M. Gülen, installé aux Etats-Unis.

D'autres affaires judiciaires compliquent leurs relations, comme l'incarcération de deux employés turcs du consulat américain à Istanbul et d'un employé turc de la représentation américaine à Adana (sud).

En septembre, M. Erdogan avait évoqué l'idée d'échanger ce pasteur contre le prédicateur Gülen, un scénario rejeté par Washington.

Andrew Brunson a été arrêté dans le cadre des vastes purges effectuées dans le cadre de l'état d'urgence mis en place en Turquie à la suite de la tentative de coup d'Etat du 15 au 16 juillet 2016.

L'état d'urgence a été levé la semaine dernière, mais le Parlement a voté mercredi, peu après la sortie de prison du pasteur, une nouvelle loi "antiterroriste" qui reprend plusieurs mesures de ce régime d'exception.

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