A Istanbul, les enchères bon marché font un carton

A Istanbul, les enchères bon marché font un carton

Publié le :

Dimanche 24 Février 2019 - 13:34

Mise à jour :

Lundi 25 Février 2019 - 11:27
© OZAN KOSE / AFP
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Par Fulya OZERKAN - Istanbul (AFP)

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"Une fois ! Deux fois ? Trois fois, adjugé !" La formule des commissaires-priseurs résonne dans les ruelles étroites de ce quartier tendance d'Istanbul, interpellant les passants qui découvrent avec surprise qu'on peut y faire de bonnes affaires. Une aubaine, en ces temps économiques troublés.

Les ventes aux enchères ont la réputation d'être la chasse gardée de quelques riches flâneurs en quête d'une toile de maître ou d'un vase antique, où chaque pièce proposée au public est aussi unique que coûteuse, se chiffrant régulièrement en millions d'euros.

Ce n'est pas le cas à Balat, un quartier du coeur historique d'Istanbul. Habité naguère par les minorités chrétienne et juive, c'est aujourd'hui un lieu prisé des touristes et des jeunes branchés qui assiègent ses cafés hipsters et ses églises anciennes.

Depuis 2014, les ventes aux enchères bon marché de Balat sont devenues une attraction à part, attirant le week-end des foules avides de trésors sortis tout droit des greniers, des meubles fatigués aux jouets anciens.

Pour la population locale, ces enchères sont aussi une occasion de faire de bonnes affaires et de ménager ainsi leur porte-monnaie alors que la situation économique s'est dégradée l'an dernier, dans un contexte de forte hausse des prix.

Certains se débarrassent ainsi de leur mobilier ou mettent en vente des biens hérités de leurs grands-parents.

Et pour nombre de personnes rencontrées dans les salles bondées, comme Murat qui vient d'acheter pour son fils un stylo-laser à 10 livres turques (moins de deux euros), c'est une découverte.

"J'étais ici en train de me promener avec mon fils, quand on a entendu les cris et vu les écriteaux nous invitant à entrer. On est entrés par curiosité pour voir à quoi ressemblent les ventes aux enchères", explique Murat.

"Je n'en avais jamais vu auparavant, je croyais que c'était pour les riches. J'aime vraiment l'atmosphère ici, c'était assez amusant et les prix sont plus que raisonnables", ajoute-t-il. "Je vais revenir, c'est sûr."

- Spectacle -

Dans cette salle de ventes aux enchères comme dans la dizaine d'autres à Balat, tout est fait pour attirer le chaland qui hésite sur le pas de la porte, se hissant sur la pointe des pieds pour jeter un coup d'oeil sans oser entrer.

C'est là que le commissaire-priseur, Ali Tuna, entre en scène : il invite les néophytes à s'asseoir, les met à l'aise avec une plaisanterie, se déplace entre les sièges pour montrer de plus près les petits objets comme des stylos, une dague ou un miroir en argent.

"Je dois faire en sorte que l'ambiance reste dynamique. Je ne peux pas laisser l'énergie s'évanouir", explique-t-il à l'AFP.

La performance de M. Tuna, équipé d'un micro-cravate, ressemble à celle d'un humoriste livrant son spectacle. Certains habitués viennent ici juste pour voir cet homme au chapeau qui interpelle des clients par leur prénom et raconte l'histoire des objets mis en vente.

Mais en dépit de sa virtuosité, M. Tuna n'est pas un commissaire-priseur professionnel : directeur marketing dans une entreprise, il a fait de la vente aux enchères sa passion.

"Ce boulot est une sorte de passe-temps pour moi", explique-t-il. "On rencontre des gens différents, certains viennent pour étancher leur soif d'antiquités, d'autres pour trouver des bibelots à trois sous".

Il est l'heure pour lui de reprendre le spectacle : "10 livres, j'ai dit 10, mais maintenant je veux 15, 20 maintenant, 35 ! 40, 50...", égrène-t-il avec un débit saccadé en montrant un modèle réduit de voiture.

La Ford bleue sera vendue à 50 livres (6 euros) à Nil Su, une étudiante qui veut l'offrir à son petit frère. "La compétition a été rude. J'aurais pu l'acheter pour bien moins que cela, s'il n'y avait pas eu ce monsieur", sourit-elle en désignant un homme âgé assis au premier rang.

- "Bonne qualité, prix raisonnables" -

Yavuz est un client qui, parfois, vend aussi des objets aux enchères. "Ici, les prix sont très corrects. On peut acheter des objets de bonne qualité à des prix raisonnables parce que (les mises) commencent très bas", se félicite-t-il, alors que "le pouvoir d'achat des gens a beaucoup diminué" en Turquie.

L'an dernier, l'inflation a atteint des niveaux record depuis 15 ans et la livre turque s'est effondrée, perdant près de 30% de sa valeur face au dollar.

Mais les ventes ne débutent pas toujours à quelques euros, nuance Ercan Altan, propriétaire d'une autre salle de vente aux enchères à Balat, aménagée dans un ancien café qu'il a reconverti.

"Pour certains objets, comme ce gramophone, il est impossible de commencer à 10 livres", dit-il. "On commence, disons, à 1.500 livres (250 euros), et on vend à un prix pas très éloigné" de la mise de départ.

L'objectif du public n'est pas toujours d'acheter: il peut s'agir, simplement, de profiter de l'ambiance particulière aux ventes en enchères. Une buvette (payante) aussi a été aménagée dans certains de ces lieux.

"Pour moi, c'est comme une sortie", sourit Hülya Sahin, la quarantaine. "On s'amuse vraiment beaucoup ici."

Ali Tuna, un commissaire-priseur montre des objets vendus aux enchères à Istanbul le 3 février 2019

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