Insécurité et agressions: des Français quittent l’Hexagone "par dépit"

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FranceSoir
Publié le 20 août 2022 - 16:30
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Face à l'explosion des violences, de nombreux Français quittent l'Hexagone "par dépit".
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Le nombre d'agressions physiques a à nouveau grimpé en 2021 par rapport à 2020, rapportait le ministère de l'Intérieur dans un bilan établi ce début d'année. Les diverses restrictions de liberté mises en œuvre dans le cadre de la crise du Covid-19 n'ont donc aucunement impacté à la baisse les indicateurs de délinquance. Au contraire. Incivilités, agressions, violences sexuelles, vols, ou encore rodéos urbains, se produisent en France à un niveau plus haut que jamais. Aussi, face à ce climat d'insécurité, de nombreux Français ont décidé, dans l'amertume, de fuir leur pays "qu’ils ne reconnaissent plus". D'autres dénoncent un deux poids deux mesures du gouvernement : laxisme quand il s'agit de lutter contre l'insécurité, autoritarisme quand il s'agit de lutter contre l'épidémie de Covid-19. 

Hausse des agressions sexuelles et de la délinquance en France en 2021

Le bilan du ministère de l'Intérieur sur la délinquance pour l'année 2021 est accablant. Par rapport à l'année précédente, le nombre de victimes de coups et blessures volontaires "a fait un bond de 12 %", relate Les Échos. Une hausse bien plus importante que celles constatées en 2020 et 2019, respectivement 1 % et 8 %. En 2021, celle-ci s'explique par l'explosion des agressions sexuelles. Selon cette même source, les policiers et gendarmes ont enregistré un tiers de plaintes de plus qu'en 2020 pour ce motif, pour un total de 75 800. Le nombre des victimes de viols et de tentatives de viols a augmenté de 32 %, quasiment au même rythme que celui des victimes de harcèlements sexuels et d'autres agressions du même ordre (+33 %).

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D'autre part, une légère progression des vols a été constatée au plan national. Les vols sans violence contre des personnes ont augmenté ainsi de 5 % en 2021, tandis qu’en 2020, année marquée par de nombreuses semaines de confinement, ces vols avaient chuté de 24 %. Les vols de véhicules ne diminuent plus, tout comme les cambriolages de logement : en France, on dénombre un cambriolage toutes les 90 secondes, relate Ouest-France.

À cela, il convient aussi d'évoquer le développement de la pratique dite du "rodéo urbain". Pour ce délit, en 2021, on observe une hausse des condamnations de 40% par rapport à l'année qui précède.

Selon les chiffres communiqués par le ministre de l'Intérieur le 17 août dernier, plus de 2 200 personnes ont été interpellées et 1 800 scooters et motos ont été saisis depuis le début de l'année pour des rodéos urbains, davantage qu'en 2021. Un fléau qui empoisonne la vie des riverains et qui a déjà conduit à la mort de plusieurs Français.

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Si la loi pénalise cette pratique, comment expliquer l’ampleur sans cesse croissante du phénomène ? Selon les explications de la journaliste Charlotte d’Ornellas, un des éléments de réponse tient à ce que la confiscation du véhicule n’est, en réalité, pas toujours effective ; il existe des moyens de la contourner. Si la personne qui effectue un rodéo ne s’avère pas être le propriétaire du véhicule confisqué, et si son propriétaire réel le réclame auprès de la fourrière où il a été déposé par la police judiciaire, en clamant son ignorance à propos du délit commis avec son véhicule, alors ce dernier est en mesure de le récupérer.

Un bilan du ministère de l'Intérieur qui met mal à l'aise Gérald Darmanin. On se souvient de son célèbre clash avec Apolline de Malherbe sur BFM TV le 8 février dernier. Pointant du doigt "l’explosion" des violences, elle lui demandait : "Est-ce que vous ne vous êtes pas réveillé un peu tard ?". Agacé, il avait répliqué en taxant cette présentation de "discours populiste". Son interlocutrice lui soulignait alors qu’il s’agissait des chiffres émanant de son propre ministère :

"Ce phénomène de violences, on en est plus au constat. On en connait toutes les causes", expliquait la psychologue Marie-Estelle Dupont le 17 août sur le plateau de Cnews, pointant du doigt un deux poids deux mesures suspect entre les mesures mises en œuvre pour lutter contre l’insécurité et les restrictions draconiennes appliquées au cours de la crise du Covid-19 : "On a l’impression depuis deux ans qu’ils savent être très efficaces avec les faibles, qu’ils savent mettre 135 euros d’amende à quelqu’un qui n’a pas son masque, qu’ils savent enquiquiner les gens. Mais par contre, dès qu’on gonfle un peu le torse, il n’y a plus personne. A un moment donné, on se dit : ce n’est pas de l’incompétence. Ils savent être autoritaires." Et de mettre en garde : "On aura laissé l’hyperviolence arriver à un tel niveau que les gens d’eux-mêmes vont réclamer une société ultra-controlante et, finalement, qui sera toujours plus sévère avec les honnêtes gens et toujours plus laxiste avec ces racailles."

"C'est la France qui m'a obligé à partir"

"Des filles "qui se font violer en pleine rue", des gamins "qui se tuent à coups de couteau", des policiers, des pompiers, qui se font attaquer, [...] des cités qui s’enflamment, sans parler des attentats… "Ce qui fait peur, c’est qu’il n’y a plus de limites, qu’on a l’impression que tout peut arriver", se désole auprès du Figaro Christophe, conseil en finances, qui a déménagé au Portugal où il dit avoir retrouvé une "vie paisible".

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Comme lui, face à la montée de l'insécurité et de la délinquance, de nombreux Français ont fait le choix, souvent douloureux, de s'exiler à l'étranger. Ils témoignent dans le journal. "C’est la France qui m’a obligée à partir !", tempête Laure, une mère de deux enfants qui s'est installée en Hongrie en 2019. "À Nîmes, on a subi plusieurs tentatives de cambriolage. Mon fils s’est fait voler son scooter. Il ne pouvait pas prendre le bus seul. Ma fille se faisait interpeller par une bande de racailles qui la poursuivait en lui lançant: “T’es bonne!”… Je ne vivais plus", confie-t-elle. Lors de la dernière période estivale, ses enfants sont retournés dans l'Hexagone pour quinze jours. Un séjour qui a tourné au drame suite à une agression. Aujourd’hui, les deux jeunes projettent leur avenir à Budapest : "Ma fille de 23 ans a trouvé un bon job dans un groupe américainTandis que mon fils poursuit ses études d’informatique. Et tout ce poids que j’avais en tant que maman dès qu’ils avaient dix minutes de retard, tout ce poids s’est évaporé !", se réjouit Laure.

Quant à Paul, sa décision s'est prise à la suite d'une soirée de 2016, après s'être "fait braquer pour une histoire de cigarettes, couteau sous la gorge", explique l'homme qui a déménagé à Naxos, une île grecque : "C’est aussi arrivé à plusieurs de nos amis. Et, trois mois auparavant, ma compagne s’était fait voler son portable", se remémore-t-il. Aujourd'hui serveur, son départ de France, lui non plus ne le regrette pas : "Quelle qualité de vie ! Énormément de solidarité, aucun stress, pas d’agressions. Les gays peuvent se promener tranquillement main dans la main, tout le monde se dit bonjour, se respecte et personne ne se plaint. Je me déplace à trottinette, je peux la laisser des heures devant un commerce sans qu’elle soit volée, je ne me demande jamais si j’ai bien refermé ma fenêtre…"

Un désir d'évasion particulièrement prégnant chez les Français de confession juive, note le journal : 46 % d’entre eux ont déjà réfléchi à quitter la France, selon une récente enquête de la Fondapol. "Je vois la France perdre son âme !", regrette Daniel Knoll, 65 ans, négociateur immobilier en région parisienne, dont les enfants sont partis vivre en Israël vingt ans plus tôt, bien avant que sa mère, Mireille Knoll, ne soit la cible d’un meurtre antisémite, en mars 2018. "On s’oriente vers un scénario à la Soumission, de Houellebecq", estime-t-il.

Pour Jérôme Fourquet, directeur du département opinion à l’Ifop, il s'agit là d'une des conséquences de la mondialisation en France. "Leurs motivations sont très différentes : économiques, fiscales, et puis aussi des questions de qualité de vie, de sécurité, d’identité", précise l'auteur de L’Archipel français, qui rapporte que de nombreux compatriotes pensent "que notre pays fout le camp". La France, ils l'aiment. Mais, souligne-t-il, ils se sont résolus à la quitter "par dépit".

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