Solstiss fait dans la dentelle

La finesse au bout des doigts

Solstiss fait dans la dentelle

Publié le :

Jeudi 26 Mars 2015 - 14:29

Mise à jour :

Mercredi 01 Avril 2015 - 21:43
Reconnue pour ses dentelles raffinées, ses innovations et son large choix de motifs et de coloris, Solstiss est devenue au fil du temps une référence dans le monde du luxe. Créée en 1974, la marque a récemment fait parler d’elle, notamment, pour les costumes de "Gatsby le magnifique" et la robe de mariage de Kate Middleton.
©DR
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Quelque 30.000 coloris, une offre de 6.000 dessins originaux, deux collections présentées chaque année, soit environ 30 nouveaux dessins et 250 créations à chaque saison: Solstiss est devenue une référence dans le milieu de la mode et de la création.

Après avoir été l’un des fournisseurs de dentelle de la robe de mariée de Kate Middleton en 2011, Solstiss a réussi un coup de maître en confectionnant la dentelle des costumes du film Gatsby le magnifique il y a deux ans.

Si elle est donc aujourd’hui numéro-1 mondial de la dentelle dans le prêt-à-porter de luxe, la PME française, basée à Caudry dans le Nord, a pourtant connu des hauts et des bas. 

L'envolée

Tout commence en 1804 près de Nottingham, en Angleterre. Un jeune tulliste du nom de John Heathcoat se met en tête de créer une mécanique qui effectuerait le même travail que les doigts des dentellières. Perfectionnée plus tard par John Leavers, son invention arrive en 1879 dans le nord de la France, à Caudry, le fleuron de la dentelle française. 

De fil en aiguille, la mécanique s’adapte aux spécificités de la dentelle et les machines "Leavers" se développent. Pendant près d’un siècle, ce secteur connaîtra une activité régulière, malgré les deux guerres mondiales.

C’est au début des années 1960 –notamment en 1963– que la dentelle connaît une crise majeure due à l’évolution de la société et des mœurs: le mouvement féministe donne moins d’importance aux soutiens-gorge et à la lingerie, la mode (Courrèges notamment) délaisse la dentelle et le Vatican n’exige plus le port de la mantille pour la messe (le marché perd trois-quarts de ses commandes).

En 1974, quatre grandes familles dentellières (Ledieu Beauvillain, Edouard Beauvillain, Belot et Machu) décident de fusionner leurs activités dans une société unique, qui prend le nom de Solstiss. L’objectif: rassembler leur savoir-faire, développer leur activité, maintenir une tradition et se donner des moyens de production plus importants et plus rapides. 

Cette crise profonde sera l’occasion, pour la nouvelle marque, de montrer une force d’adaptabilité exemplaire. En modernisant un métier qui a déjà fait ses preuves et en y investissant des moyens humains plus que financiers, les dirigeants de Solstiss font renaître la dentelle pendant que d'autres peinent à trouver un second souffle.

Forte de cette ascension, Solstiss ouvre en 1981 un showroom (lieu d’exposition et éventuellement de vente) à Paris, afin d’être plus proche des créateurs et de leur offrir un service sur mesure, tant par la disponibilité des articles que par les larges gammes de coloris présentées. 

La marque 100% made in France plait et s'exporte en 1985 à l'international. Solstiss s'installe à New York et ouvre, au cœur du quartier de la mode new-yorkaise, sur la 7ème Avenue, le showroom de sa filiale Solstiss Inc. Quelques années plus tard, s'en suivra l'ouverture d'un nouveau lieu d’exposition à Los Angeles puis d'un bureau à Miami. 

Si pendant 20 ans l’entreprise tisse sa toile sans embûches, elle rencontre en 2001 des difficultés avec le passage aux 35 heures. Grande surprise, après la présentation, par le président de Solstiss, Joël Machu, des risques encourus pour l’avenir de la société en cas d’application des 35 heures et au regard du contexte économique difficile dans le secteur textile, le personnel décide unanimement de ne pas bénéficier des effets de la loi. Une législation qui aurait inévitablement assuré une perte de compétitivité et une baisse du chiffre d’affaires de la marque, assurent ses dirigeants. 

Encore une fois, la volonté farouche des employés sauve l’entreprise du déclin. La détermination paie. En 2002, le chiffre d’affaires de l’entreprise est multiplié par 20 par rapport à 1974. Une année marquée par la création du premier évènement majeur de Solstiss, l’exposition "Corps de Dentelles" au Carrousel du Louvre, suivi deux ans plus tard de l’exposition "Détournement de Dentelles" aux Galeries Lafayette Haussmann. 

La progression du chiffre d’affaires est constante, et la marque compte parmi ses clients les plus grands couturiers du monde (Chanel, Dior, Chantal Thomass, Armani, Escada, Ralph Lauren, etc.).  

La consécration

Avec pas moins de 110 métiers pour la fabrication de ses dentelles haut de gamme, la société familiale devient en 2006 l’une des premières maisons du monde dans cette spécialité et reçoit le Prix de l’entrepreneur de l’année pour la région Nord-Pas de Calais. La même année, les dirigeants mettent en place un partenariat avec la maison Baccarat (cristal). 

Les bonnes nouvelles n’arrivent jamais seules: Solstiss, qui est reconnue par l’Etat pour son savoir-faire artisanal et la qualité de sa fabrication traditionnelle, obtient quelques années plus tard, en 2011, le label Entreprise du patrimoine Vivant (EPV).

Si l’entreprise produit de la dentelle pour les secteurs de la haute couture, du prêt-à-porter, de la lingerie et même de l’ameublement, elle est aussi réputée pour être le fabricant de dentelles des mariages royaux.  

La PME a notamment fourni de la dentelle à la Maison Alexander McQueen pour la confection de la robe de mariée de Kate Middleton en 2011. Mais c’est en 2013 que Solstiss brille sous le feu des projecteurs: les costumes du film Gatsby le magnifique de Baz Luhrmann, l’un des évènements phares du 66e Festival de Cannes, sont récompensés, en mars, par l’Oscar des meilleurs costumes. 

Unique fournisseur du film, la marque a ainsi produit près de 1.400 mètres de dentelle pour les besoins du long-métrage, avec plus de 210 dessins uniques sélectionnés par la directrice artistique, Catherine Martin et son équipe. Des motifs floraux et géométriques, agrémentés de plumes, perles, rubans, paillettes et cristaux, transportant les spectateurs dans l’effervescence du style Art déco des années 20 aux Etats-Unis. "Le film nous a apporté de la notoriété, nous a permis de faire des rencontres et de faire parler de nous", raconte à FranceSoir Hervé Protais, directeur commercial de Solstiss. 

Aujourd’hui, la PME française réalise en moyenne une vingtaine de millions d’euros de chiffre d’affaires, dont 90% à l’exportation, et compte un peu plus de 200 salariés. Forte de la notoriété acquise grâce à Gatsby le Magnifique, Solstiss travaille actuellement sur plusieurs projets à l’étranger…

 

La société familiale est aujourd'hui numéro-1 mondial de la dentelle dans le prêt-à-porter de luxe.

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