Nicole Notat: "aujourd’hui, la CFDT connaît une grande cohésion"

Secrétaire générale de la CFDT de 1992 à 2002

Nicole Notat: "aujourd’hui, la CFDT connaît une grande cohésion"

Publié le :

Lundi 03 Novembre 2014 - 12:10

Mise à jour :

Vendredi 07 Novembre 2014 - 16:55
A l'occasion des 50 ans de la CFDT, Nicole Notat revient sur les racines du réformisme porté par la centrale. L'ex-secrétaire générale rappelle également l'histoire de ce syndicat qu'elle a dirigé de 1992 à 2002 et qui, s'il est aujourd'hui apaisé, a connu des périodes tumultueuses.
©Lelluch/WPA/Sipa
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Propos recueillis par Pierre Plottu

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Au fil des ans, la CFDT a affirmé sa vision réformiste du syndicalisme. Cela a-t-il été facile? Où en est-on maintenant?

La conception cédétiste du syndicalisme vient de loin. Ainsi, dans les années post-Mai 68, l’organisation a décidé de réhabiliter le rôle et la place de la négociation dans la régulation des relations professionnelles. C’est ce qu’on avait alors appelé le "recentrage". A cette époque, les visions plus fidèles à un syndicalisme révolutionnaire trouvaient des adeptes en interne mais, progressivement et à force de débats, la CFDT est passée au réformisme.

Je trouve par ailleurs que ce mot fini par être un peu galvaudé et je me retrouve beaucoup plus dans le concept de "syndicalisme de transformation sociale". Cette formule, qu’on a promue dans les années 1990, signifie qu’on ne mise plus sur un "moment révolutionnaire" pour tout rendre magiquement plus beau, mais que c’est en agissant dans la société telle qu’elle est que le syndicalisme peut être le plus efficace. Cette orientation a également été associée à la volonté de faire du syndicalisme d’adhérent, c'est-à-dire qui ne soit pas élitiste ou avant-gardiste. Il s'agissait d'affirmer que ce sont d’abord ses membres et ses adhérents qui donnent sa force à la CFDT pour pouvoir agir.

 

Première centrale en nombre d’adhérents et deuxième en ce qui concerne la représentativité, la CFDT fête ses 50 ans en beauté et paraît enfin apaisée en interne. Ce qui n’a pas toujours été le cas: vous-même, quand vous étiez secrétaire générale, vous avez dû faire face à une forte contestation…

Oui, bien sûr. Je me souviens en particulier du congrès de Montpellier, en 1995, qui avait été assez houleux. Mais je me souviens aussi du congrès de 1998, à Lille, qui était un congrès de rassemblement. Cela montre tout le travail fait entre ces deux dates pour clarifier la ligne, permettre à tous ceux qui le souhaitaient de débattre et de se prononcer, et donc de rassembler le plus grand nombre.

C’est vrai qu’à la CFDT il peut y avoir des moments de turbulences, de débat, d’animation. L’extérieur à tendance à dramatiser ce qui se passe dans ce genre de situations mais on voit bien que s’il y a des moments de paroxysme du débat, voire de la conflictualité interne, à chaque fois cela a été un tremplin pour ensuite rassembler l’organisation. Aujourd’hui, la CFDT connaît une grande cohésion et c’est un atout majeur dans la période actuelle, d’autant que cette cohésion est au service d’une vision exigeante.

 

Quel est votre meilleur souvenir en tant que secrétaire générale de l’organisation?

C’est en 1995, à l’occasion de la réforme Jupé sur l’assurance maladie ayant entraîné un grand mouvement social. C'est d'ailleurs paradoxal car la CFDT s'est démarquée de ce mouvement, avec une position de soutien au plan de réforme, ce qui a entraîné de très forts remous. C’est pourtant mon meilleur souvenir car c’est un moment de fierté: à travers la parole que je portais en son nom, la CFDT a tenu le cap de ce qui était la conception de son action, à savoir l’idée que l’organisation se prononçait à partir de ses propres analyses et non en fonction de la couleur politique du gouvernement. Il s'agissait d'être "ni neutres, ni partisans" par rapport aux politiques. C'est l'affirmation d'une certaine vision de notre indépendance.

 

Et le pire?

C'est aussi 1995 (rires). Nous avons vécu un moment de fortes turbulences internes car des grandes manifestations et des grèves se développaient alors que nous même CFDT n'en étions pas partie prenante, ce qui n'était pas simple pour nos adhérents et nos militants. C'est à ce moment que j'ai été la cible d'injures, de grossièretés et d'insultes sexistes. C'est allé bien au-delà de ce que j'aurais pu imaginer. J'ai aussi connu l'agression physique (Nicole Notat fait ici référence à l'attaque de sa voiture lors des mêmes manifestations de 1995, NDLR), mais ces insultes sexistes sont presque plus dures. Autant on peut comprendre être l'objet de critiques quand on exerce une fonction publique, autant ces attaques vont au-delà: la volonté était de blesser non pas la responsable de la CFDT, mais la femme que j'étais.

 

Vous avez été la première femme à diriger une grande centrale syndicale. Depuis, peu ont occupé de telles fonctions. Y a-t-il un problème de féminisation des syndicats français?

Au plus haut niveau, c'est une évidence. Même si la féminisation existe chez les adhérents et dans les structures de base. La CFDT a beaucoup œuvré d'ailleurs pour qu'il y ait une mixité. Mais, lorsque l'on va dans la sélection des responsabilités pour en arriver au numéro un, ou une, on voit bien que le masculin l'emporte encore majoritairement. Il y a pourtant des avancées sociétales par rapport à la réalité d'il y a 20 ans et les femmes commencent à faire leur entrée dans les postes de ministres ou les conseils d'administration en entreprise. Mais quelle lenteur! D'autant que ce n'est jamais définitivement acquis. Enfin, je tiens à rappeler que, lors du congrès de Marseille (en 2012, NDLR), la CFDT a élu pour la première fois un exécutif qui connaît la parité complète.

Nicole Notat a dirigé la CFDT de 1992 à 2002.

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