Le trafic de drogue a réussi à s’adapter aux contraintes sanitaires et n’a pas souffert de la crise

Le trafic de drogue a réussi à s’adapter aux contraintes sanitaires et n’a pas souffert de la crise

Publié le 03/06/2020 à 10:23
Shaah Shahidh / Unsplash
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Auteur(s): FranceSoir

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Le 15 mai, lors d’une conférence de presse, au siège de l’Office antistupéfiant (Ofast), à Nanterre, le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner a déclaré que le  confinement avait fait chuter le trafic de drogue de 30 à 40%. Cependant, une récente enquête journalistique de l’OCCRP montre que les réseaux de trafic international de drogue ne se sont jamais arrêtés, contournant le blocage général lié à la pandémie. Cela a permis aux grossistes et dealers d'être toujours approvisionnés. Internet  a joué un rôle important dans cette adaptation rapide. De nouveaux itinéraires ont remplacé les routes bloquées, la livraison à domicile a remplacé la vente dans la rue. Et dans certains cas, la crise a provoqué une augmentation des prix qui profite aux trafiquants.

Malgré une production plus faible, des stocks importants ont permis la continuité du trafic

Selon les journalistes de l'Organized Crime and Corruption Reporting Project (OCCRP), l'industrie mondiale de la cocaïne, qui transporte environ 2000 tonnes par an et des milliards de dollars, s'adapte bien mieux au coronavirus que de nombreuses entreprises.
Initialement, la pandémie a affecté la production dans les pays d'Amérique du Sud où les feuilles de coca sont cultivées et transformées pour produire de la cocaïne. Au Pérou, d'où provient environ 20% de la cocaïne consommée dans le monde, le confinement a paralysé les cultures de coca et la fabrication de pâte de base. "Ce que l'organe directeur de la lutte contre la drogue n'a pas pu faire en près de quatre ans, le coronavirus l'a fait en quelques semaines", a-t-il déclaré. En Bolivie, au contraire, le coronavirus a limité la capacité des autorités étatiques à contrôler la culture de coca, ce qui a pu entraîner une augmentation de la production. En Colombie, la police a profité de la baisse de la criminalité pour s’attaquer aux stupéfiants et a éradiqué plus de 1 969 hectares de plantations de coca dans les trois semaines suivant la déclaration de l'état d'urgence le 25 mars.
Cependant, cela n'a jamais réellement réduit le commerce, car la plupart des cartels de la drogue avaient de grandes quantités de drogue stockées. Les membres du cartel du Golfe (dans le nord-ouest de la Colombie) se sont tournés vers les réserves accumulées avant la pandémie, ainsi que vers les petites plantations de coca, qui continuent de fonctionner et ne nécessitent pas beaucoup de main-d'œuvre.
Selon l’enquête, les cartels prévoient toujours une réserve (pour quelques mois), éparpillée dans les plantations de fruits, qui leur permet en temps normal de contrôler les prix du marché.

Les fruits, porte d'entrée des cargaisons de drogue

Six nouveaux itinéraires, ou anciens réactivés, seraient actuellement utilisés. Il s'agit notamment des routes vers le Panama passant par les régions indigènes.
Les cargaisons vers l’Europe sont camouflées dans les moyens de transport aériens et maritimes légaux, en particulier au beau milieu des produits frais tels que les fleurs et les fruits. Ces derniers, comme les denrées alimentaires en général, ont circulé sans barrières majeures pendant la pandémie.

Cela a involontairement contribué à maintenir la dépendance de l'Europe à la cocaïne, dont le trafic illégal génère des revenus de 9 100 millions d'euros par an.


Adaptation des itinéraires

En Europe, la pandémie a entraîné une augmentation des saisies importantes dans les ports et a accéléré l'importance croissante de l'Espagne comme point d'entrée de la drogue sur le Vieux Continent. Malgré le grand nombre de saisies, pour les trafiquants de drogue européens, il n'y a pas d'interruption majeure de l'approvisionnement en cocaïne.
Les mafias italiennes et leurs partenaires ont envoyé de la cocaïne principalement à Algeciras ou à Barcelone, en Espagne et de là ils l'ont transportée sur route vers le reste de l'Europe et l'Italie. Pour cacher la drogue, ils ont utilisé des camions de fruits frais ou de farine de soja. En Europe du Nord, comme à Rotterdam (Pays-Bas) et Anvers (Belgique),

les expéditions continuent d'arriver comme si rien n'était caché dans des conteneurs renfermant des produits légaux.

L’ubérisation du trafic de drogue et les circuits dark web

Les trafiquants ont trouvé des moyens de s'adapter à la hausse des prix en partie expliquée par l’augmentation des saisies policières. Selon un haut responsable du syndicat de la police de Marseille, le prix de 100 grammes de résine de cannabis était passé de 280 euros à 500 euros en une semaine.
Après quelques semaines, de nouveaux modes de distribution ont été trouvés. Comme les personnes confinées pouvaient se faire livrer des repas, les dealers ont réussi à se servir des livraisons pour faire circuler leur merchandise pendant cette période. En Italie, certains vendeurs se sont cachés dans des files d'attente des supermarchés.
Le Dark Web, la zone d'Internet qui est invisible pour les moteurs de recherche et qui n'est accessible que par le biais d'un programme spécial qui cache l'identité des utilisateurs, a aussi permis le trafic en période de distanciation sociale.
Comme avant la pandémie, la cocaïne représente 15% de toutes les ventes de drogues sur le Dark Web, derrière la marijuana, qui représente un quart du marché des drogues illicites en ligne.
Ces nouvelles méthodes, liées à l’adaptation aux contraintes sanitaires, risquent de perdurer après le retour à la normale. Le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner a donc bien raison de : 

mettre en garde contre ces nouvelles formes de trafic et la pérennisation de ces nouvelles pratiques.

Auteur(s): FranceSoir


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