Délit de solidarité: un Français condamné à 7 ans de prison en Grèce raconte son calvaire

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Délit de solidarité: un Français condamné à 7 ans de prison en Grèce raconte son calvaire

Publié le 08/12/2017 à 15:59 - Mise à jour à 17:48
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Auteur(s): Maxime Macé

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Stéphan Pélissier, un Français accusé d'être un passeur car il a aidé sa belle-famille à fuir la Syrie, a été condamné à 7 ans de prison par la justice grecque. Il a été autorisé à commuer sa peine en jour amende pour près de 13.000 euros, somme réunie grâce à un cagnotte en ligne. Mais un "droit d'accroissement" a fait passer la somme à plus de 27.000 euros, l'obligeant à faire appel. Il témoigne pour "France-Soir".

Stéphan Pélissier est poursuivi par la justice grecque pour avoir aidé, en 2015, sa belle-famille à fuir la Syrie en guerre, les exactions de l'Etat islamique et les frappes aériennes meurtrières des aviations russe et syrienne. Considéré comme un passeur par les autorités grecques, cet Albigeois a été condamné à sept ans de prison par le tribunal de Patras (nord du Péloponèse) mercredi 29 novembre.

Particularité de la législation grecque, sa peine pouvait être rachetée pour l'équivalent de 13.000 euros. Dans l'incapacité de payer une telle somme, Stéphan Pélissier en a finalement appelé à la générosité pour réunir la somme en ouvrant une cagnotte sur Internet. Joint par France-Soir, il explique avec émotion que "la somme a été réunie en cinq jours. J'étais prêt à accepter de payer même si cette décision était difficile car, pour moi, cela revenait à accepter que j'avais commis un délit en aidant ma belle-famille. Je ne voulais pas aller en appel car cela revenait à repartir pour deux ans de procédure, très éprouvante pour ma famille. Sans garantie que ma peine soit abaissée".

"Mais je prends un coup de massue en contactant mon avocate qui m'explique qu'une loi grecque promulgué en 2012 assujetti de 110% toutes les peines de prison converties en jour-amende" poursuit-il.

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En effet, l'avocate de Stéphan Pélissier l'a contacté mercredi 6 et lui a appris qu'en plus des 12.800 euros, il devrait s'acquitter d'un "droit d'accroissement", une sorte de taxe sur les amendes, pour un montant de... 14.000 euros. Cette annonce intervient seulement deux jours avant la fin du délai d'appel, soit ce vendredi 9. Et alors que près de 13.000 euros ont déjà été réunis. "Je ressens un profond dégoût. Cela s'apparente à du racket institutionnel", lâche, écœuré, Stéphan Pélissier. Et de poursuivre: "Je suis très touché , ma famille est complètement effondrée. Cela impacte mes beaux-parents qui finissent par culpabiliser à cause des ces ennuis judiciaires, alors que ceux-ci ont risqué leur vie pour fuir la guerre".

Stéphan Pélissier rappelle par ailleurs qu'en droit français, il n'aurait pas été poursuivi pour être venu en aide à ses beaux-parents syriens, du fait du lien de parenté que ne reconnaît pas la justice grecque. "Je suis obligé de faire appel à contrecœur, je ne peux pas réunir autant d'argent en deux jours" explique ce juriste employé à La Poste. Et d'ajouter avec émotion: "D'autant que j'ai déjà demandé aux gens de m'aider, ils l'ont fait avec beaucoup de générosité, je ne me vois pas retourner vers eux en leur disant +Désolé je me suis trompé ce n'est plus 13.000 euros que je dois mais 27.000+".

"Si je ne paye pas je pourrais faire l'objet d'un mandat d'arrêt européen. Auquel cas si la France faisait un peu de zèle, elle pourrait m'obliger à purger ma peine en France. Je pourrais également être interpellé partout en Europe. Vivre comme ça ce n'est pas possible, fuir mes responsabilités ça ne me ressemble pas. Je veux assumer ce que j'ai fait, je ne regrette pas", souligne Stéphan Pélissier.

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 Il en appelle désormais à l'Etat français, bien que celui-ci brille par son absence depuis le début de l'affaire. "Deux jours avant le procès nous avons reçu un courrier des services du Premier ministre pour nous dire que notre dossier était transmis à la garde des Sceaux, Nicole Belloubet, et au ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian. Depuis c'est silence radio", explique-t-il. "Je pensais qu'avec le verdict, on me contacterait, mais non".

"On se sent tellement abandonné par l'Etat français". Stéphan Pellissier se dit désormais prêt à "faire une grève de la faim ou à m'enchaîner aux grilles de l'Elysée" pour susciter une réaction de l'Etat.

"Je n'abandonnerai pas parce que ce que j'ai fait était en adéquation avec mes valeurs. Des valeurs de solidarité avec les gens qui sont en danger et souffrent que j'ai apprises sur les bancs de l'école de la République", lâche-t-il avec colère. "J'ai l'impression que cette crise des réfugiés a provoqué un inversement des valeurs en France et en Europe. On en vient à condamner des victimes. On assiste à une criminalisation de l'action solidaire, c'est terrible".

Une pétition a été mise en ligne pour demander l'arrêt des poursuites pénales en Grèce contre Stéphan Pélissier. Elle est accessible en cliquant ici

Auteur(s): Maxime Macé


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Stéphan Pélissier (à gauche) en compagnie de ses proches dont sa belle-famille.

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