Solex rayonne encore

Ça roule

Solex rayonne encore

Publié le :

Lundi 01 Décembre 2014 - 10:24

Mise à jour :

Mercredi 03 Décembre 2014 - 22:10
C’est l’histoire d’un projet fou né de l’imagination de deux ingénieurs de l’Ecole normale supérieure de Paris. En inventant le Solex, Marcel Mennesson et Maurice Goudard ne se doutaient pas que leur petit vélo à moteur, soixante ans plus tard, ferait le lien entre Histoire et protection de l’environnement dans sa version électrique, le e-Solex.
©DR
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Astrid Seguin

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Ce célèbre deux-roues aux allures de gros insecte noir a donné un coup de pouce aux pédaleurs fatigués sur près de trois générations. Le Solex, emblème bien français,  continue sa route au XXIe siècle. 

L’histoire du vélosolex est liée à deux hommes: Marcel Mennesson et Maurice Goudard. C’est sur les bancs de l’Ecole normale à Paris que ces deux jeunes ingénieurs vont se rencontrer et se lier d’amitié. Tous deux passionnés par les moteurs, ils montent très rapidement leur atelier de confection de moteurs automobiles. 

La Première guerre mondiale va ajourner la mise en place de certains de leurs travaux. Mais l’année de service militaire qu’effectuent les deux hommes ne les empêche pas de se retrouver chaque mois pour parler projets. Marcel Mennesson et Maurice Goudard sont sans moyens à l’ouverture de leur atelier et les débuts, rue de Montreuil à Paris, sont difficiles. L’entreprise, peu connue, a du mal à faire rentrer de grosses commandes. Marcel sera tour à tour ingénieur, dessinateur, chef d’atelier, contremaître et balayeur. Maurice quant à lui occupera les fonctions de commercial, de représentant, de secrétaire, de comptable et de dactylo. 

Tout bascule quelques années plus tard, en 1909, lorsqu’ils remportent le concours organisé par la Compagnie générale des omnibus. Leur radiateur centrifuge, moteur en forme de cône, dans un premier temps considéré comme inadapté à l’automobile, est commandé à 400 exemplaires. L’entreprise devient prospère. 

La bicyclette qui roule toute seule

Les explications manquent encore aujourd’hui pour affirmer avec certitude ce qui a conduit Marcel Mennesson à se pencher ensuite sur la motorisation d’un vélo. C’est du rachat de la petite affaire de deux de leurs collègues de l’école Centrale -Jouffret et Renée- que va naître la marque Solex. Les deux associés cherchent un nom à donner à leur nouvelle entreprise. "Goudard et Mennesson" était trop long et trop compliqué à inscrire sur les moteurs. Maurice Goudard pressentait déjà à l’époque que la communication et la publicité seraient les premiers moteurs de leur futur succès. 

Pour lui, la publicité "doit être intense et efficace", "alliant le faire savoir au savoir-faire". Il décide d’organiser auprès de sa famille et de ses proches un petit concours pour trouver l’appellation idéale. L’acronyme devra comprendre cinq lettres maximum, deux syllabes, être euphonique et se prononcer de la même manière dans toutes les langues. Après de très nombreuses propositions, c’est son frère aîné Jacques qui remporte les dix francs or mis en jeu avec ces cinq lettres devenues mythiques: SOLEX. 

Si certains prototypes datent de 1942, les premiers exemplaires du vélosolex ne sortiront de l’usine de Courbevoie qu’en 1946. La France d’après-guerre est alors en phase de reconstruction, ruinée par les six années de combat de ce second conflit mondial. Le Solex va constituer pour la société française une petite révolution et devient très rapidement un moyen de locomotion de masse. 

La publicité faite par l’entreprise Solex pour faire vendre son vélo à moteur s’appuiera constamment sur trois arguments: moindre coût, simplicité et sécurité. Peu consommateur, le Solex peut en effet parcourir 100km avec un litre de solexine, liquide à base d’huile et d’essence. Un levier permet de mettre en contact le moteur à galet avec les roues et de faire avancer le vélo jusqu’à 30km/h. L’argument de la sécurité du vélosolex, que l’on retrouve très souvent sur les panneaux publicitaires de l’époque, justifiait cette vitesse moyenne. 

Le Solex était surtout peu cher comparé aux mobylettes qui existaient déjà à l’époque mais correspondaient à un usage tout à fait différent, comme la Vespa, notamment, qui était réservée à l’élite citadine. A ses débuts, un Solex coûtait environ 19.500 anciens francs. Le coût augmentera au fil des années. 

Le Solex va s’exporter du Canada à l’Inde en passant par l’Italie, l’Angleterre et l’Autriche. Les modèles se succèdent et tout semble rouler pour l’entreprise. En 1964, près de 380.000 Solex se vendront en France, soit près de 1.500 exemplaires par jour ouvrable!

1988, l'année noire

Mais en 1968 le déclin du Solex s’amorce. Les ventes sont en forte baisse et les derniers modèles parus (le Flash et le 6000), originaux à l’excès, ne répondent pas aux attentes. La confection du Micron et du Ténor, nouveaux modèles en couleurs, ne parvient pas à enrayer la chute. Le contrôle de l’entreprise est cédé à plusieurs reprises. A Renault, puis à Motobécane en 1974 qui sera ensuite absorbée par Yamaha sous le nom de MBK en 1983. Le groupe japonais décide finalement l’arrêt de la production du Solex le 7 novembre 1988

L’assurance rendue obligatoire en 1958 ainsi que le port du casque, hors agglomération en 1976 puis de manière générale en 1980, n’auront probablement pas aidé le Solex à continuer son ascension. Les 80 derniers vélosolex sortis de l’usine de Rouvroy (Pas-de-Calais) feront l’objet d’une vente aux enchères organisée en 1988 par TF1 et une radio libre au profit des Restos du coeur, avec Jean-Pierre Foucault comme commissaire-priseur. 

En 1988, la production a beau s’être arrêtée, le Solex n’est pas pour autant enterré. Les vieux exemplaires se vendent et se revendent entre particuliers, et une véritable nostalgie est cultivée par les amoureux.

Le Solex a ses stars 

Car le vélosolex fait partie intégrante du quotidien des Français. Il fait son apparition à de très nombreuses reprises à l’écran. Dans Mon oncle, film de Jacques Tati sorti en 1958, Monsieur Hulot y emmène en Solex son neveu dans ses virées. L’héroïne du très célèbre feuilleton diffusé en 1963 Janique aimée fut également ambassadrice du Solex, sans parler de Brigitte Bardot ou plus récemment du journaliste Alain Duhamel. 

En 1998, le groupe Magneti-Marelli, filiale du groupe Fiat, reprend la marque Solex. Il accorde à la société hongroise Impex une licence d'exploitation. C’est Alexandre Gathy Kiss, un médecin hongrois reconverti en industriel, qui tentera de relancer la machine, mais les problèmes juridiques feront échouer le projet. A cette date il se sera vendu près de 8 millions de Solex dans le monde. 

Solex se met à l’électrique 

Six ans plus tard, en 2004, le Solex renaît sous une forme tout à fait inédite. Le groupe Cible, initialement implanté dans le domaine immobilier et hôtelier, rachète la marque Solex à Magneti-Marelli dans l’idée de faire du Solex un vélo électrique. Dessiné par Pininfarina (designer des Ferrari) et fabriqué en Chine, le e-Solex voit le jour en 2006. Entièrement électrique, sa batterie, logée cette fois-ci à l’arrière du vélo et non plus au dessus de la roue avant, se détache et se recharge sur une prise tous les 30km environ. Silence et protection de l’environnement sont les deux attributs des nouveaux modèles mis aujourd’hui sur le marché. 

Le e-Solex a conservé de son prédécesseur une vitesse limitée autour de 35km/h. Originellement uniquement distribué en France pour un prix de 1.200 euros, le solex électrique coûte aujourd'hui entre 1.200 et 2.500 euros. Cette nouvelle version produite en Asie a été relocalisée en partie en France en 2014. Une usine de Saint-Malo (Manche) produit des Solex, vendus dans l'unique boutique en France, située dans le 4e arrondissement de Paris.

Le Solex électrique prétend toujours être inter-générationnel mais son design le destine à un public plutôt citadin, jeune (15-35 ans) et féminin. La "bicyclette qui roule toute seule" reste depuis 1946 dans l’esprit des Français un symbole, au même titre que la deux-chevaux ou La vache qui rit. 

 

Brigitte Bardot sur un Solex.

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