Dette publique à 99%: est-ce que c'est grave?

Dette publique à 99%: est-ce que c'est grave?

Publié le :

Vendredi 28 Septembre 2018 - 11:10

Mise à jour :

Samedi 29 Septembre 2018 - 15:38
© KENZO TRIBOUILLARD / AFP/Archives
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La dette publique cumulée en France a atteint les 99% du PIB mi-2018 (après une légère baisse), et se dirige tout droit vers la barre symbolique des 100% si la tendance ne s'inverse pas. Un chiffre qui n'est certes pas une bonne nouvelle en soi, mais représente plus une menace hypothétique qu'un danger concret et imminent.

La France échappe, pour quelques mois encore, à la barre symbolique des 100% du PIB. La dette française a grimpé (selon les critères de Maastricht) de 5,2 milliards d'euros au deuxième trimestre 2018 selon les données de l'Insee (pour un total de 2299,8 milliards). La France affiche donc le chiffre de 99% de dette, le cinquième taux de la zone euro après la Grèce (180%), l'Italie (131%), le Portugal (127%) et la Belgique (104%). Soit des pays à la situation économique disparate.

Ce niveau de dette considérable est-il un problème pour l'Hexagone? Y a-t-il un risque particulier lorsque le taux de 100% sera atteint, ce qui signifiera qu'il faudrait théoriquement consacrer un an de toutes les richesses économiques produites en France pour rembourser l'ensemble des "ardoises" accumulées?

Dans l'absolu, le niveau n'a guère d'incidence sur la situation économique française. La France s'endette car des agents économiques acceptent de lui prêter à des taux modérés, les taux à huit ans ne sont que de 0,45%, la France étant considérée comme un débiteur fiable. Le vrai risque immédiat est la charge de la dette, le montant des remboursements sur cette dette colossale, qui représentait 9,3% des crédits du budget général de l'Etat. Soit autant de fonds en moins pour d'autres dépenses qui auraient plus d'impact social sur la population française.

Le seul moyen pour rembourser ses engagements tout en gardant un niveau élevé de prestations sociales dans un contexte de faible croissance: garder un déficit annuel –dépenser donc chaque année plus que ce qui est collecté– ce que la France fait toutes majorités confondues depuis 1975.

Voir aussi: L'Argentine exclut de dollariser son économie ou de restructurer sa dette

Dans l'absolu, la marge de progression de la dette se limite au risque d'un défaut de paiement, notamment si les taux remontent et que l'économie –et donc les rentrées fiscales– ne s'effondrent. L'Etat n'est alors plus capable de faire face aux obligations arrivant à échéance. Le pays ne peut alors plus emprunter –personne ne veut plus prêter vu qu'il ne rembourse plus– et doit donc se restructurer (éventuellement avec l'assistance du Fonds monétaire international) ce qui entraîne des cures d'austérité souvent dramatiques pour les populations.

Mais tant que cette perspective n'est pas à l'ordre du jour, rien n'empêche une dette d'augmenter. Au Japon, celle-ci a dépassé le seuil des 250% (selon l'OCDE) sans que, pour l'instant, les prévisions catastrophistes ne se réalisent. Certes l'archipel bénéficie d'un avantage: à peine 7% de sa dette est détenue par des agents économiques étrangers (susceptibles d'être moins conciliants et sur lesquels les pouvoirs publics n'ont pas forcément d'emprise) contre 60% pour la France.

La dette est donc surtout un problème lors des débats sur les projets de loi de finances, puisque la charge de la dette qu'elle implique réduit la marge de manœuvre pour les dépenses sociales, à niveau de fiscalité constant. Elle fait aussi peser sur l'économie la menace des conséquences d'une remontée des taux ou d'une baisse de la croissance qui prennent alors un tour plus grave au niveau budgétaire en alimentant une dette déjà colossale pour boucler un budget qui risque de se fissurer.

Mais dégonfler ce qui reste une menace hypothétique n'est pas toujours une mince affaire, n'en déplaise à ceux qui appellent à une réduction drastique de cette ardoise à 2.300 milliards. Réduire sa dette impose souvent une austérité marquée (forte baisse des dépenses publiques et maintient d'une imposition élevée pour en éponger une partie) qui peut finir par déprimer les agents économiques, faire baisser la croissance et les rentrées fiscales, et nécessiter en bout de chaîne pour ne pas être en cessation de paiement… de s'endetter.

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La dette française atteint les 99%, un risque pour l'économie, mais pas forcément dans l'immédiat.


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