Un roman dystopique de Laurent Gounelle : à quand "Le Réveil" ?

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Corine Moriou, grand reporter pour FranceSoir
Publié le 23 décembre 2022 - 13:15
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Laurent Gounelle
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Corine Moriou
"Si je n’avais pas écrit ce livre, je me serais senti lâche" Laurent Gounelle dans le salon bibliothèque de Calmann-Lévy
Corine Moriou

Entretien exclusif avec Laurent Gounelle, l’auteur du best-seller “Le Réveil”. Ce roman dystopique invite les lecteurs à réfléchir sur la manipulation de masse et la mise en place graduelle de mesures liberticides. Documenté, facile à lire, distrayant.

Rendez-vous un lundi après-midi, à Montparnasse, dans le salon bibliothèque de la maison d’édition Calmann-Lévy. Laurent Gounelle nous accueille avec son doux sourire et ses grands yeux bleus. L’auteur de “L’homme qui voulait être heureux”, best-seller mondial publié en 2008, traduit en 40 langues, est toujours bien décidé à être heureux !

Nous nous étions rencontrés à l’occasion de ce premier roman et parlions alors spiritualité. Quinze ans plus tard, le monde n’est plus le même. La crise sanitaire mondiale a bouleversé nos certitudes et nos choix. Laurent Gounelle vit désormais à Vannes avec sa femme et ses deux enfants. Ses succès littéraires ne lui sont pas montés à la tête. Au contraire, il profite de sa notoriété solidement installée dans le monde de l’édition pour publier “Le Réveil”, un roman dystopique qui ne ressemble pas à ses créations littéraires habituelles.

“La population en général ne sait pas ce qui est en train de se passer. Et elle ne sait même pas qu’elle ne sait pas.” Cette citation de Noam Chomsky, célèbre linguiste américain, 94 ans, est mise en exergue du roman. Elle donne parfaitement le ton du livre.

C’est la première fois que Laurent Gounelle, économiste de formation, ancre autant l’un de ses romans dans l’actualité. Et il s’en explique : “On est parfois confronté à des situations exceptionnelles qui méritent une action inhabituelle. J’ai choisi d’écrire ce livre car je crois que, dans le contexte qui est le nôtre, l’éveil des consciences est salutaire.”

S’appuyant sur des concepts sociologiques, philosophiques et économiques référencés, ce livre s’apparente aussi à un essai pour mieux comprendre le XXIème siècle. L’auteur n’hésite pas à affirmer ses points de vue. Au risque de déplaire. Plus de 100 000 exemplaires ont déjà été vendus. Les lecteurs qui lui écrivent n’ont jamais été aussi nombreux. Ils le remercient d’éclairer leur chemin de vie.

Halte aux accidents : confinement des voitures… et de leurs conducteurs

“J’ai trouvé mon inspiration dans la situation que nous vivons depuis le Covid-19. Il me semblait curieux en 2020 de remplir une attestation moi-même pour sortir sans pouvoir faire plus d’un kilomètre. Pourquoi s’entasser sur les trottoirs devant les magasins au lieu d’aller respirer dans la nature ? L’instauration du passe sanitaire a été le déclencheur pour écrire ce livre”, confie Laurent Gounelle pour FranceSoir.

Dans ce roman - très court qui se lit en deux ou trois heures (hélas !) -, les deux principaux protagonistes sont des amis qui se sont connus en colocation lorsqu’ils étaient étudiants. Tom, le narrateur, est célibataire, ingénieur ; il vit à Paris dans un petit appartement. Une vie somme toute banale comme celle de millions de gens. Son ami Christos, franco-grec, réside à Athènes. Après des études de linguistique et de psychosociologie, il exerce le métier de sociologue, mais ne gagne pas une fortune. Il est heureux de sa liberté au pays du berceau de la démocratie. Le soleil brille sur l’Acropole.

Tout démarre par un président de la France qui décide de partir en guerre contre la mort. Entouré de son “Conseil de défense”, il annonce que “la première bataille viserait la plus injuste des morts : celle qui survient sans prévenir lors des accidents de la route... Les médias se mirent à annoncer chaque jour le nombre de morts de la veille, le nombre de blessés admis à l’hôpital, le nombre de mourants en réanimation. On ne pouvait allumer la radio ou la télévision ni ouvrir un journal sans être happé par cette information brutale, glaçante, implacable. Incessante."

La manipulation est aux démocraties ce que la matraque est aux régimes totalitaires

Cela vous rappelle quelque chose ? Ce roman ne manque pas d’humour pour des sujets qui restent anxiogènes. Même si la narration n’est pas celle d’une pandémie, la gestion de l’urgence est la même. Tic tac, tic tac… Toute une série de mesures suivent : le confinement des voitures, l’obligation de présenter un papier pour chaque sortie exceptionnelle, le port d’une minerve au volant. Les gens devaient patienter avant l’arrivée de nouveaux véhicules autonomes, les seuls sûrs, car exempts de toute erreur humaine. Tom est reconnaissant envers le gouvernement de prendre le problème à bras-le-corps. Il laisse sa voiture au parking, passe au télétravail, ne voit plus personne… excepté la gardienne de son immeuble. Un bon petit soldat.

“Celui qui contrôle la peur des gens devient le maître de leurs âmes”, disait Machiavel. Au téléphone, Christos tente de réveiller l’esprit critique de son ami. Il veut sortir Tom de sa torpeur, de sa soumission au diktat gouvernemental. Pour cela, il lui explique les stratégies de manipulation de masse qui existent depuis plus d’un siècle. Il lui parle des thèses de Noam Chomsky qui a été son professeur. Celui-ci a écrit des ouvrages de référence sur la fabrication du consentement, le contrôle de la population. L’une de ses citations fait froid dans le dos : “La manipulation est aux démocraties ce que la matraque est aux régimes totalitaires.”

Pendant le confinement, Laurent Gounelle s’est beaucoup documenté. Toutes les théories économiques et références historiques sont sourcées avec une bibliographie importante en annexe. Une démarche plutôt rare, mais ce roman a pour objectif d’informer, de faire réfléchir. Aucune forme d’élitisme de la part de Gounelle, car il énonce simplement des phénomènes complexes.

“J’ai mis en avant Edward Bernays, neveu de Freud, qui a repris de son oncle l’idée que les gens se croient dotés d’un esprit rationnel alors qu’en réalité, ils sont soumis sans le savoir à leur inconscient, souligne-t-il.  Il ne sert à rien de convaincre les gens avec des arguments ciblant leur raison : il faut faire appel à leur instinct et à leurs émotions.”

Puce biométrique pour traquer le sucre

Guerre contre la mort, acte II : le sucre est jugé comme un ennemi mortel causant diabète et maladies cardio-vasculaires. Lorsque le ministre de la Santé annonça la possibilité de se faire implanter une puce biométrique sous la peau, Tom fut carrément enthousiaste. Dès qu’il y eut accès, selon sa tranche d’âge, il se porta volontaire. Relié à une application de son smartphone, il a pu ainsi ajuster sa consommation de sucre. 

La plupart des gens ont des valeurs comme la liberté, la sécurité, l’honnêteté, la loyauté, la gentillesse… En jouant sur la peur des individus, la hiérarchie des valeurs est bouleversée. La sécurité prime sur la liberté, car des gens pensent qu’en renonçant à leur liberté, ils vivront plus longtemps, explique Laurent Gounelle. Les scientifiques ont constaté que les éléphants dans les zoos, bien nourris, vaccinés, vivaient deux fois moins longtemps que ceux qui étaient en liberté, confrontés aux virus et à la famine. Pour moi ‘ma liberté’ est très supérieure à ‘ma sécurité’ !”

Au fil des pages, l’auteur interpelle le lecteur sur des pratiques existantes : les subventions accordées aux grands médias, les méfaits des jeux vidéos, les relations adultérines entre les multinationales et les chefs d’État, les 25 000 lobbyistes à l’œuvre auprès de l’Union européenne, la mondialisation, le Forum de Davos…

Suspension du chauffage, revenu universel, fin de la maison individuelle

“Mon entourage m’a déconseillé d’écrire ce livre, car je risquais de me faire démolir, perdre la moitié de mes lecteurs. En fait, cela n’a pas été le cas. Bien au contraire. J’ai mis quinze ans à me libérer de mes peurs. Si je n’avais pas écrit ce livre, je me serais senti lâche !”, nous confie le romancier.

En cela, Laurent Gounelle rejoint Albert Camus qui disait que “les deux charges qui font la grandeur du métier d’écrivain sont le service de la vérité et celui de la liberté.” Force est de constater que le silence des intellectuels et des artistes sur la crise du Covid-19 est assourdissant. Sauf quelques rares exceptions.

Une scène du livre rappelle étrangement l’inquiétude des Français lorsqu’on leur a annoncé d’éventuelles coupures de courant. Tom est informé de la suspension de l’alimentation de son circuit de chauffage. Il a atteint son “quota réglementaire pour le mois en cours”. Suit un message moralisateur assez désagréable sur le réchauffement climatique. Sa voiture autonome refuse de démarrer. Même motif : il a atteint son quota de déplacements pour la semaine. Mais on lui livre un frigo dont l’obsolescence est programmée. Son salaire sera bientôt englouti. “La croissance économique se fait au prix d’un effondrement intellectuel, culturel, psychologique et spirituel…”, souligne l’auteur.

Revenu universel, suppression des paiements en espèces, fin de la maison individuelle : le gouvernement prend ces mesures les unes après les autres. Il s’agit d’assurer la sécurité, la santé et le bien-être de la population. Bien entendu, nous baignons ici en pleine fiction.

Reconnaissance faciale pour éradiquer la violence

Le nombre de dépressions et de maladies mentales a explosé dans le pays. Tom s’est fâché avec la moitié de sa famille et un bon tiers de ses amis avec lesquels il n’est pas du tout d’accord sur l’analyse des événements. Il est seul, coupé de ceux qu’il aimait. Il sent naître en lui un mal-être de plus en plus grand.

Afin de lutter contre la violence et l’insécurité, le gouvernement met en place des caméras de reconnaissance faciale. Ce système permet de lire les expressions du visage des gens pour détecter les émotions susceptibles de pousser à un acte criminel. Certains dénoncent alors une volonté de flicage généralisé et sont taxés d’être des complotistes, une étiquette reprise par tous les médias. Cela ne rappelle-t-il pas un système de contrôle social à la chinoise ?

“À la différence du livre ‘Le Meilleur des mondes’ d’Aldous Huxley qui imaginait un futur à 50 ans, l’échéance des événements imaginés dans mon roman est à cinq ans”, souligne Laurent Gounelle.

Codé, pucé, fiché, répertorié… Coincé, fait comme un rat

Il n’y a pas de happy end pour cet opus qui n’est pas une production hollywoodienne.

Tom cesse d’être un être humain libre. Il est à vie “codé, pucé, fiché, répertorié… “. Il est coincé, fait comme un rat.

Bon, vous l’avez compris : tout ceci n’arrivera jamais. Ce n’est que pure fantaisie. Les dirigeants qui nous gouvernent aiment trop la liberté pour se retrouver piégés avec leurs familles et leurs proches dans un mode de vie carcéral étendu à l’ensemble de la planète.

“Avec la crise du Covid-19, nous avons une fenêtre d’opportunité pour élever nos consciences. Il faut cristalliser notre esprit sur un monde libre et sain. C’est ainsi que nous avons prise sur notre destin. J’ai confiance en l’avenir”, assure Laurent Gounelle.

“Le Réveil” se lit d’une traite comme un thriller. Le rappel des traditions spirituelles qui élèvent l’âme, les touches humoristiques qui parsèment le récit font passer la pilule qui a un goût particulièrement amer. C’est un livre à offrir au plus grand nombre en espérant “réveiller” les consciences. Des petites bougies sont allumées pour aller vers un chemin de lumière. Merci à Laurent Gounelle.

Le Réveil, Laurent Gounelle, 198 pages, 15 euros (e-book : 10,99 euros)
Pour en savoir plus : https://www.laurentgounelle.com/

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