Fermer les bars, "c'est arrêter la vie sociale"

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Par Myriam CHAPLAIN RIOU - Lyon (AFP)
Publié le 09 octobre 2020 - 15:15
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Un bar vide de clients à Lyon, le 9 octobre 2020
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© JEFF PACHOUD / AFP
Un bar vide de clients à Lyon, le 9 octobre 2020
© JEFF PACHOUD / AFP

Fermer les bars, "ça ne tient pas debout alors qu'on se bouscule dans le métro, c'est arrêter la vie sociale", s'exclame le gérant d'un café de Lyon, désormais en alerte maximale en raison de la dégradation des indicateurs liés au Covid-19.

C'est à 22h00 ce vendredi soir que les bars doivent baisser leurs rideaux. Pas de sursis pour le week-end comme ce fut le cas à Marseille.

"Notre fermeture, ça aura une incidence sur toute la vie autour, les magasins... ça va être une ville morte", estime vendredi Nouredine Aouchiche, gérant du Monopol, un café de l'hyper centre, qui emploie 5 salariés.

Pourquoi viser les bars ? "Les clients sont à 5 ou 6 mètres les uns des autres, masqués quand ils se déplacent... Nous, on porte des masques. Quelque 20% de notre chiffre d'affaires, c'est le soir et il avait déjà chuté avec la fermeture à 22h00", poursuit-il tout en servant cafés et bières.

Au soleil sur la terrasse du Monopol, Sophia, est venue comme chaque matin partager un café avec ses collègues. "Je ne comprends pas" cette mesure, s'insurge-t-elle. "On ferme les bars, les restaurants se vident, mais on continue de prendre des risques dans les transports blindés, on autorise la Fashion Week...".

A ses côtés, Hakima approuve. "Le virus, il est partout, pas seulement dans les bars. Les fermer, c'est inutile. On a besoin de ces moments conviviaux. Il faut laisser les gens vivre !".

Pour Gilbert Coupaud, un autre client attablé en terrasse, "les cafés, c'est la vie. Ca fait partie de la culture aussi. Ca commence à devenir oppressant; on a l'impression qu'on nous réduit de plus en plus nos libertés".

"Les professionnels, et nous tous, on a déjà été tellement pénalisés. Même si bien sûr il faut tout faire pour éviter aux gens de tomber malades", admet-il.

- Injustice -

Un peu plus loin, le manager du Mos, un grand café branché qui compte 14 salariés, se montre sévère envers une partie de la clientèle. "C'est aussi leur responsabilité si on nous oblige à fermer. Certains soirs, il faut répéter à des clients de s'asseoir à table, de porter un masque quand ils bougent", explique Gilles Lebrun.

Comme beaucoup, il juge "injustifiée et injuste" la décision de fermeture. "Pourquoi les bars ?", se demande le manager, tatouages et barbe soignée de hipster dépassant du masque.

"Ca risque autant dans les transports, les magasins... Et les gens vont du coup boire et se rassembler chez eux, à quinze ou vingt, sans protection !".

"La fermeture, c'est évidemment une mauvaise nouvelle financièrement parlant. On a déjà eu du mal à se remettre du confinement. Et nous avons déjà perdu trois heures cruciales pour le chiffre d'affaires avec la fermeture à 22h00 ".

Plutôt orienté bar, mais avec une partie restauration, le manager dit devoir "faire ses calculs. Fermer totalement, ou faire quelques couverts, payer les employés, l'électricité et tout... Et travailler à perte ?".

De même, Christophe Berthier, l'un des managers du Hopper, un vaste café de l'autre côté du Rhône, qui sert des repas le midi, s'interroge. "C'est à partir de 16h00, et le soir, que nous faisons notre plus gros chiffre d'affaires. Si le patron décide que ce n'est pas rentable en faisant seulement restaurant, en servant des cafés le matin, on fermera".

Lille, Lyon, Grenoble et Saint-Étienne, où l'incidence a dépassé le seuil d'alerte de 250 nouveaux cas pour 100.000 habitants et où plus de 30% des lits de réanimation sont occupés par des malades du Covid sont passés en zone d'alerte maximale, avec pour principale conséquence la fermeture des bars.

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