Le professeur Didier Raoult répond aux accusations de l’IGAS et des ministres

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FranceSoir
Publié le 07 septembre 2022 - 13:25
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Didier Raoult, à l'IHU Méditerranée Infection (Marseille) le 30 mars 2022
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F. Froger / Z9, pour FranceSoir
Didier Raoult à l'IHU-MI
F. Froger / Z9, pour FranceSoir

Le lundi 5 septembre, l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) a fait paraître le rapport final sur le fonctionnement de l’Institut hospitalo-universitaire Méditerranée Infection. Ce rapport qui émane à la fois de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) et de l’Inspection générale de l’éducation, du sport et de la recherche (IGESR), vient d’être remis aux ministres de la Santé et de l’Enseignement supérieur et de la Recherche.

Le rapport pointe de « graves dysfonctionnements » de l’IHU-MI dont le comportement et le management de l’équipe dirigeante serait « générateur de mal-être au travail, voire de harcèlement ». Cependant, les critiques ne s'arrêtent pas là puisque l'IHU-MI aurait également fait paraître des publications scientifiques de piètre qualité et se serait autorisé à des prescriptions médicales qui iraient à l’encontre du Code de la santé publique.

Suite à cette publication, la procureure de Marseille, Dominique Laurens, a annoncé lundi soir, à l'AFP, l'ouverture d'une information judiciaire sur les dysfonctionnements de l'IHU-MI au temps où le Pr Didier Raoult en avait la direction. 

Mis en ligne sur le site de l’Igas, chacun peut aller le consulter et lire ce qui est reproché à l’IHU-MI et à son ancien directeur, le Pr Didier Raoult, qui a quitté ses fonctions les 31 août 2022, cédant son poste à Pierre-Edouard Fournier.

Ce rapport présente également la phase contradictoire avec les arguments des principaux médecins et scientifiques dont Didier Raoult, mais également la Fondation Méditerranée Infection, l’AP-HM et l’université d’Aix Marseille. 

Les réponses du professeur Raoult face aux allégations dont il est accusé par le rapport de l'Igas

Face à toutes ces allégations, le Pr Raoult n'a pas tardé à répondre. Tout d'abord, comme il l'a écrit dans un tweet, il « regrette que la mission IGAS/IGAENR ne tienne pas compte de la réponse détaillée sur les plans juridique et scientifique » qu'il leur a fournie. 

Puis, il se félicite que le rapport souligne « les capacités de réactivité et d'action de l'IHU-MI dans le cadre du soin et de la recherche » au cours de la crise du Covid-19 : 

« La période Covid a permis de démontrer les capacités de réactivité et d'action de l'IHU-MI dans le cadre du soin et de la recherche. Ainsi près d'un million de tests PCR y ont été réalisés, permettant de diagnostiquer 75 0270 patients infectés. La mission souligne la contribution importante du pôle MIT et de l'IHU-MI dans le cadre d'une pandémie liée à une pathologie infectieuse. »

Dans Morandini Live, Didier Raoult dénonce un rapport « pas intelligent ».

Sur la question du comportement et du management de l’équipe dirigeante qui seraient « générateurs de mal-être au travail, voire de harcèlement », il répond : « Nous avons le taux d'absentéisme le plus bas du CHU et le taux de mutation le plus haut du CHU. Alors si on me dit qu'il y a un malaise chez nous, je pense que le malaise est ailleurs »

Accusé pour ses prescriptions de l'hydroxychloroquine et de l'ivermectine, Didier Raoult, explique que la prescription et la dispensation hors AMM sont possibles et qu'elles sont même une pratique très courante dans de nombreux domaines de la médecine, notamment dans le cadre de la médecine pédiatrique.

Si cette affaire de l'hydroxychloroquine a beaucoup agité le monde scientifique et médiatique qui se sont dits inquiets pour la sécurité des patients, il faut rappeler que cette molécule prescrite depuis très longtemps et parfois quotidiennement pour d'autres pathologies est parfaitement maîtrisée par les équipes de l'IHU-MI, qui l'ont considérée indispensable à l'amélioration ou à la stabilisation de l'état clinique des patients traités.

Cependant, il ne faut pas oublier qu'à l'IHU-MI, la prise en charge d'un patient, sa surveillance et l'évaluation de son état général va bien au-delà du traitement précoce qui a défrayé la chronique. Et, si la prescription des molécules est importante, elle n'est qu'un élément du soin qui est bien plus vaste comme l'atteste le protocole mis en place par cet institut. 

Tenu par le secret médical, le professeur rappelle qu'il ne peut pas divulguer les noms des personnes qu'il a soignées, mais précise que de nombreuses personnalités de ce pays et du monde sont venues se faire soigner chez lui.

Cependant, certains patients, ont tenu à témoigner de leur reconnaissance envers le professeur et ses équipes pour leurs bons soins. Ainsi, en avril 2020, Mylène Demongeot avait apporté tout son soutien au professeur, déclarant que le traitement reçu lui avait permis de ne pas succomber au Sars-CoV-2. En effet, dans un témoignage à Ouest France, l'actrice, âgée de 84 ans à l'époque des faits, avait rappelé qu'elle sortait d'un cancer du péritoine au moment où elle a contracté le Sars-CoV-2. Hospitalisée à l'hôpital de Laval en Mayenne, elle avait expliqué que les médecins hésitaient à l'intuber : 

« Ils ne me voyaient pas passer la semaine. J'étais quelque part entre la vie et la mort (...). On me descendait au scanner pour m'expliquer que mes poumons étaient dans un état épouvantable... », a rappelé l'actrice qui a déclaré dans les médias avoir été sauvé par le professeur Raoult. 

En mars 2020, la députée Les Républicains des Bouches-du-Rhône, avait également été prise en charge par le Pr Raoult et ses équipes qui lui avaient prescrit le traitement précoce. Témoignant des bons soins prodigués à l'IHU-MI, elle avait déclaré : « Nous n'avons pas affaire à des charlatans, mais à des hommes de science »

Des accusations qui ne sont pas nouvelles

Ce n’est pas la première fois que des allégations sont portées à l’encontre du professeur Raoult et l’IHU-MI puisque le 21 octobre 2021, après avoir été accusé par le journal Mediapart et sa journaliste Pascale Pascariello d’avoir mené « une expérimentation sauvage » contre la tuberculose, mettant en danger les patients, un rapport de l’ANSM concluait après avoir mené son enquête « qu’il n’y a jamais eu le moindre essai thérapeutique sur la tuberculose mené au sein de l’IHU Méditerranée Infection contrairement aux allégations contenues dans l’enquête interne de l’AP-HM et dans les articles de Mediapart ».

Des propos diffamatoires donc puisque lorsqu'on entre dans le rapport complet de l'ANSM, on trouve à la page 91 les conclusions des inspecteurs qui ont écrit qu'il n'a jamais existé de recherche impliquant la personne humaine (RIPH) non autorisé par l'ANSM et « qu'ils n'ont reçu aucune information, alerte ou témoignage, sous quelque forme que ce soit, en amont ou en aval de l'inspection, accréditant la thèse de la mise en œuvre d'une recherche non autorisée portant sur le traitement de la tuberculose ».

Lire aussi : "Expérimentation sauvage" contre la tuberculose: fin de partie pour Mediapart et les détracteurs du Pr Raoult

Extrait du rapport de l'ANSM

Aussitôt disculpé des accusations portées par Mediapart depuis la parution du compte rendu de l’ANSM, le Pr Didier Raoult et l’IHU-MI s’est retrouvée à nouveau sous le feu des critiques : ils n'auraient pas soumis deux projets de recherche à l’avis d’un Comité consultatif de protection des personnes. Qu’en est-il réellement des faits reprochés sur ces deux études ? L'une d'entre elles a été initiée par la direction de l’AP-HM, et non pas par l’IHU ; une confusion qui ne cesse de perdurer et de semer le trouble, tandis que beaucoup peinent encore à différencier ces deux institutions.

Quant à la seconde étude initiée par l’IHU, elle concerne l’analyse des pathologies associées aux voyages des étudiants en médecine se rendant à l’étranger (BMRSTUD).

Qu’était-il reproché à l’IHU-MI ? Les inspecteurs de l’ANSM ont considéré que « plusieurs éléments conduisent à catégoriser la recherche en tant que Recherche impliquant la personne humaine (RIPH) » et que par conséquent un avis de Comité de protection des personnes (CPP) aurait dû être sollicité avant la mise en œuvre de la recherche.

Selon le Pr Raoult, la classification de cette recherche est sujette à interprétation pour plusieurs raisons. D’abord, cette étude est particulière au sens où il est question d’auto-prélèvements réalisés par des étudiants en médecine et qui sont par définition informés et éclairés. Par conséquent, le problème du consentement ne se pose pas dans les mêmes termes que lorsqu’il est réalisé sur les patients.

Par ailleurs, pour le Pr Didier Raoult, « la recherche BMRSTUD a été jugée comme observationnelle en considérant, d’une part, la recommandation par la Haute Autorité de santé (HAS) du « dépistage systématique de bactéries multirésistantes de voyageurs hospitalisés à l’étranger à leur admission dans les hôpitaux français" et, d’autre part en se référant à « une jurisprudence" d’un avis CPP portant sur une autre recherche ».

Après avoir mené l'enquête, FranceSoir avait découvert que l'ancien ministre de la Santé, Olivier Véran et l’actuelle directrice générale de l’ANSM, madame Christelle Ratignier-Carbonneil, commanditaires de cette enquête, avaient tous les deux participé à des études scientifiques (ici et ) quelques années auparavant. Or, à la lecture de ces publications scientifiques, FranceSoir avait pu constater qu'ils avaient eux-mêmes également omis de demander des CPP (qui s'appelaient à l'époque des CPPPRB) pour certains de leurs travaux. Quant à la ministre de l'Enseignement, de la Recherche et de l'Innovation, Frédérique Vidal, également à l'origine de l'enquête, elle s'était vue retirée une étude pour « la manipulation inappropriée d'une image ». 

Lire aussi : À peine innocenté des accusations de Médiapart, l'IHU de Raoult attaqué à nouveau

Aujourd'hui, le professeur Raoult et ses équipes sont accusés sur le management de cet institut, mais également sur le sérieux des études qu'ils auraient fait paraître. Ce dernier point est particulièrement troublant puisque l'excellence de l'IHU-MI et de ses chercheurs est reconnue dans le monde entier. En effet, plusieurs scientifiques et médecins ont été récompensés pour leurs travaux, faisant de cet institut le premier pôle en France et en Europe de recherche dans le domaine des maladies infectieuses. Et, si l'excellence en matière de recherche s'évalue à la réputation de ses chercheurs, est-il encore besoin de rappeler que son ancien directeur, aujourd'hui accusé de mille faits, a été classé, cette année encore, numéro un mondial en tant que microbiologiste, comme l'atteste le document publié ci-dessous ?

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