L'habitat participatif, symbole d'une autre manière d'habiter

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Par Hélène DUVIGNEAU - AFP
Publié le 01 août 2023 - 13:05
Cet article provient directement de l'AFP (Agence France Presse)
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TP Bien-être
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F. Froger / Z9, pour FranceSoir
F. Froger / Z9, pour FranceSoir

DÉPÊCHE — Chacun chez soi, mais tous solidaires : à Fontenay-sous-Bois, près de Paris, onze familles occupent en habitat participatif trois petits immeubles enserrés d'espaces verts. Un mode de vie soucieux du vivre-ensemble et de la planète, qui connaît un engouement malgré sa confidentialité.

Sorti de terre fin 2020, soit quatre ans après la création de son collectif d'habitants, "l'îlot Michelet participatif" ressemble à première vue à une copropriété classique.

Devant l'un des bâtiments en bardage bois, des enfants jouent sous le soleil d'été. Pelouses, bacs potagers de 2,50 m par famille, vigne vierge... Le lieu est champêtre, à seulement quelques kilomètres de Paris.

"La particularité, c'est que nous partageons trois espaces collectifs, une salle commune avec cuisine et jeux pour enfants, une buanderie, et une chambre d'amis avec salle de bains qu'on peut réserver pour la famille ou les amis", détaille Emilie Durochat, l'une des copropriétaires, salariée dans l'économie sociale et solidaire.

Cette mère de deux fillettes dit s'être intéressée à l'habitat participatif après avoir vu le film "Demain" de Cyril Dion.

"On a grandi à la campagne avec mon mari, où le lien social est plus dense qu'en ville, et l'idée de vivre une certaine proximité avec ses voisins, qu'on peine à retrouver en milieu urbain, nous a vite emballés", raconte la quadragénaire.

Un état d'esprit d'entraide qui se traduit au quotidien par des petits services entre voisins : garde ou récupération d'enfants à l'école, prêt d'outils comme de voitures, échanges de livres...

Si la plupart des projets d'habitat participatif sont réalisés en autopromotion avec des habitants qui se regroupent pour acheter un terrain et y construire le logement qu'ils souhaitent, ce n'est pas le cas ici, le projet ayant été porté par la mairie.

"On a acheté sur plan, mais on a pu modifier l'appartement à la marge avec l'architecte", convient Emilie Durochat. Le gros du travail a donc consisté à aménager les espaces communs et à élaborer une "charte de valeurs" axée notamment sur le respect de l'environnement.

"Pas un kibboutz"

Étudiante, familles, retraités... Tous les âges ou presque sont représentés. Pour prévenir les conflits et éviter des votes générateurs de frustration, les décisions sont prises au consensus.

"On a eu énormément de réunions pour apprendre à se connaître, mais aujourd'hui, je suis ravi", assure Thierry Lerévérend. "On a mis sur la table toutes nos appréhensions. J'avais peur de devoir tout faire en collectif, mais on n'est pas dans un kibboutz ! Les autres restent nos voisins, ce ne sont ni des amis ni de la famille", poursuit le quinquagénaire, qui travaille dans le développement durable.

À moins de 5.000 euros le m2, le facteur prix a également beaucoup pesé. "On habitait un 50 m² à quatre dans Paris et c'était trop cher pour s'agrandir", reconnaît Gaëlle Arnan, aujourd'hui propriétaire d'un 80 m².

Moins en avance que l'Allemagne, la Suisse ou la Norvège, la France compte près de 10.000 logements en habitat participatif.

"Il y a un réel engouement, on a beaucoup de demandes de familles monoparentales et de séniors", observe Jean-Baptiste Dupont, gérant de la coopérative CAHP-IDF, chargée de promouvoir l'habitat participatif en Île-de-France.

En cause selon lui, la volonté des habitants de "vivre en société différemment" et d'être "acteurs de leur logement".

"Les élus, qui sont en échec pour faire la ville, sont de plus en plus intéressés", constate M. Dupont, pour qui l'habitat participatif peut "contribuer au vivre ensemble dans les quartiers et répondre aux enjeux de mixité sociale".

Interrogé, le maire PCF de Fontenay-sous-Bois, Jean-Philippe Gautrais, estime qu'"on vit aujourd'hui une telle crise du logement qu'on est obligés d'innover pour garder la ville accessible".

"L'habitat participatif est un outil intéressant intellectuellement, mais ça reste une niche et non une réponse structurante", nuance-t-il.

"Cela nécessite du temps et de l'engagement, contrairement au modèle dominant de nos sociétés", admet Nicole Roux, maîtresse de conférences en sociologie à l'Université de Bretagne occidentale.

Mais l'habitat participatif se caractérise aussi par la "conscience écologique de ses habitants", rappelle-t-elle. "Ce n'est pas chacun son jardin ou sa grande salle de bains, mais un jardin et une buanderie partagés, autant de vertus qui paraissent intéressantes pour l'avenir", remarque-t-elle.

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