La grande illusion

Auteur(s)
Xavier Azalbert, directeur de la publication de FranceSoir
Publié le 04 août 2022 - 18:15
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Chien et moutons
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Pixabay
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EDITO — Nous, Français, subissons depuis plus de deux ans la politique sanitaire du gouvernement. 

Dans l'espace public de l'information (médias, internet et documents papier), combien avons-nous observé d'interprétations différentes, d'analyses argumentées et débattues de cette politique, en théorie fondée sur des données acquises, admises, confirmées et validées de la science ?

Hormis la lecture rendue « non-contestable », quasiment aucune !

Alors je pose la question : l'enfermement dans une unique information, alimentée de « vérités » (1) incontestables, sous peine d'être taxé de complotiste ou traduit en justice (2), n'est-il pas le plus grand scandale de tous les temps ?

(1) Pour certaines « vérités », l’authenticité est plus que discutable

(2) en France, le « complotisme » n'est pas un délit. Pas encore.

Un consensus défini par les experts pour notre bien

Dans notre nouvelle ère prospèrent les « consensus scientifiques », défendus par des personnes dont l'index « H factor » (indice de qualité de chercheur) est parfois inexistant. Ces « télétoubibs », « experts en tout » ont investi les plateaux de télévision, sur BFM TV, CNEWS et consorts ; ils ont « opinion à tout » et dessinent les contours des « consensus » qui deviennent la « norme ».

Pourtant, certaines sommités scientifiques se sont risquées à publier des études qui infirment les choix stratégiques du gouvernement, mettant à mal le justement mal nommé « consensus scientifique ». Malgré ces voix dissonantes, les études, avis et discours qui justifient la politique gouvernementale constituent 99 % des informations à notre disposition (bien que les langues se délient depuis le changement d’Assemblée nationale).

Malgré cela, nous avons fait un grand saut dans le nouveau monde : ce métaverse ou chaque aspect de notre vie est redéfinie pour notre plus grand bien. Ah bon ?

Les experts prônent une nouvelle forme de civisme. Nous, citoyens, devons faire davantage d'efforts, encore plus que dans l'ancien. Pourquoi ? Pour contribuer individuellement et collectivement, aux efforts de guerre contre une maladie peu létale, ou à d’autres coûts (colossaux) résultant des sanctions prises contre la Russie.

C'est comme ça et puis c'est tout ! Point de nécessité d'un débat au Parlement. Pardi ! Pourquoi pas non plus un référendum ?

Non débattues au Parlement, ces décisions perdent de leur légitimité au regard du principe de la République : « Gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple. » Mais qu'importe, ces décisions sont prises « en notre nom et pour notre bien. » Et pour gouverner, il est plus facile d'avoir une population homogène. L’hétérogénéité n’a plus de raison d’être ; chacun préfère, cherche et se rassure avec le « consensus ». Dès lors, il devient utile socialement, de penser que le gouvernement agit dans l'intérêt des citoyens, de la nation et que ses choix sont les bons. Plus besoin de débats, laissons-le aux « experts ».

Des définitions évolutives

Gouverner sans débattre, sans risque d'être renversé, s’accompagne de redéfinitions des définitions, autant pour les mots qui incarnent les valeurs sur lesquelles notre société est fondée, que pour certains principes de base.

Prenons par exemple le mot « vérité ». Sa définition première, que donne le dictionnaire ; la définition qui avait cours dans l'ancien monde est celle-ci : « (la) vérité est la correspondance entre une proposition et la réalité à laquelle cette proposition se réfère. »

Dans le monde d'aujourd'hui, la vérité peut être redéfinie comme étant ce que le plus grand nombre pense vrai. Plus besoin de challenger les composantes de cette vérité, surtout si cela a déjà été fait par les « experts ». À partir du moment où la majorité s’accorde sur un point, c'est la nouvelle vérité, une sorte de « vérité de référence », « officielle », peu importe qu’elle soit vraie.

Le mot « expert » a lui aussi été redéfini. De nos jours, est « expert » celui qui a pignon sur rue, c’est-à-dire pignon sur médias. Peu importe sa spécialité, c'est un « expert », et peu importe aussi qu’il ait la reconnaissance de ses « pairs ».

« Les pairs », voilà également une expression dont la définition a été totalement renouvelée. À ce point que « la revue par les pairs » a été jugé comme un processus défaillant par le journal Le Monde en 2017.

Vider les mots de leur sens, ou en changer le sens, facilite la translation des valeurs et l'homogénéisation des pensées.

Dans les faits, les outils et les moyens mis en œuvre depuis des siècles pour protéger la démocratie, les débats, les discussions sur la place publique, sont devenus obsolètes : nous avons les « experts » pour cela. À ceci s’ajoute un culte de la complexité, qui rend difficile pour le citoyen l’investissement dans certains sujets. Comprendre ? Ce n'est pas utile : nous avons les « experts ».

Une nouvelle question

Du coup, il ne me reste plus qu'à me poser une question. LA question !

Est-ce que ma nouvelle « vérité » à moi — ce mot dont la définition vient d'être modifié par consensus populaire sous l’influence des « experts », ne devrait pas être celle de la masse ?

La logique, le bon sens et la raison ont beau me hurler que non, cela me permettrait de vivre en paix avec mes proches, mes amis, de recréer du lien social.

Mais voilà, j’ai fait un rêve. Je demandais à Antoine de me dessiner un mouton. Il me tendait le Littré, ce dictionnaire qui m'a accompagné durant mon enfance... version 2022. Même la définition de « mouton » en était changée. Car d'après une boutade sur les consultants, l'ancien consultant que je suis ne serait pas capable de différencier un mouton d'un chien. En voici le lien. Je vous en ai mis la substance en annexe (3).

Donc allez ! Si l'hydroxychloroquine est toxique, si l'ivermectine est inefficace contre la Covid (bien que ces traitements soient utilisés dans des pays qui comptent des milliards d’habitants), si les vaccins protègent de la contamination et des formes graves d'une maladie qui ne touche que 0.005 % de la population, si la HAS (qui n'est pas un organe élu) peut décider qu'il n'est pas opportun de réintégrer les soignants dans une décision plus politique que sanitaire, si l'on punit ces soignants qui ont soigné, et que sais-je encore, alors oui ! Je peux bien croire qu'un mouton est un chien.

Voilà. N'étant qu'un simple citoyen, j'ai toutes les raisons de croire les « experts ». Mieux ! De croire « aux » experts, sans trop réfléchir.

« Réfléchir ». Encore un mot réservé aux experts. 

Je prône la simplicité, un choc de simplification. Pourquoi ? Parce que trop d'expertises, trop d'experts, annihilent notre pouvoir, le pouvoir de l'esprit, notre capacité à penser le monde et nous enferment.  Phénomène encore plus accentué quand les « experts » se trouvent en situation de lien d’intérêt. Alors l’information perd une de ces composantes vitale : la loyauté.

Reprenons confiance en nous et en nos prochains, aux liens, en l’amour.

Ah, l'amour ! C'est le sujet d'une vidéo avec une tirade d'un autre monde, la tirade d'un prétendant au concours ultime pour faire partie des « experts ». Et ça vaut son pesant d'or. Jugez-en par vous-mêmes à travers les deux extraits ci-dessous et en ouvrant ce lien :

Le prétendant au concours des « experts » : « L’amour permet la synthèse dynamique de toutes les virtualités. »

Pour les examinateurs : « L'Amour, ce fleuve de 4 300 km qui sépare la Sibérie de la Chine du Nord-Est. »

Alors quand les prétendants à l’élite arrivent à confondre l’amour et l’Amour…


(3) Il était une fois un berger et ses moutons au bord de la route. Tout d'un coup, surgit une Jeep Cherokee flambant neuve, conduite par un jeune homme en chemise Hugo Boss, pantalon YSL, baskets Nike. La voiture s'arrête et le jeune homme s'adresse au berger :

« Si je devine combien de moutons vous avez, vous m'en donnez un ? »

Le berger regarde le jeune homme, regarde les moutons qui broutent, et dit « Oui. »

Le jeune homme gare la voiture, branche le notebook et le GSM, entre dans un site de la NASA, scrute le terrain à l'aide du GPS, établit une base de données, 60 tableaux Excel pleins d'algorithmes et d'exponentielles, plus un rapport de 150 pages imprimé sur sa mini imprimante high-tech.

Cela fait, il se tourne vers le berger et dit : « Vous avez 1 586 moutons. »

Le berger répond : « C'est tout à fait correct. Vous pouvez prendre votre mouton. »

Le jeune homme prend le mouton et le met dans le coffre de la Jeep. À ce moment-là, le berger lui demande : « Si je devine votre profession, vous me rendez mon mouton ? »

Le jeune homme répond : « Oui. »

Le berger dit alors tout de suite : « Vous êtes consultant. »

« Comment avez-vous deviné ? », lui demande le jeune homme.

« Très facile ! », répond le berger, « Vous êtes venu ici sans qu'on vous appelle. Vous me donnez des réponses que j’ai déjà. Et vous ne comprenez rien au business... Allez : rendez-moi mon chien ! »

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