Covid-19 : l'écho de Waterloo

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Le Collectif citoyen
Publié le 07 décembre 2020 - 16:46
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Waterloo
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Tragédie, puis farce...
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Il y avait comme un semblant de Restauration lors de l’élection d’Emmanuel Macron. On donnait alors à la Cinquième République ses lettres de noblesse, cette allure de monarchie républicaine qu’elle portait en elle. Macron serait Jupiter. La grandeur de la France serait restaurée. Même les Gilets jaunes, qui firent office de Commune de Paris, participaient de ce fumet qui sentait bon le 19ème et la monarchie bourgeoise qui seyait si bien à la noblesse catholique française. Nous savons à quoi a abouti cette éternelle remise en cause des acquis de la Révolution par nos élites nobles et bourgeoises : la République moderne. Malheureusement, la France n’a eu de cesse de perdre des batailles depuis, et à la manière de Waterloo, c’est souvent cette courtisanerie bien française, qui se cache pour mieux se faire pressante, qui se fait appeler élitisme ou mérite républicain pour se légitimer, qui nous précipite dans le ravin de la défaite. La Covid-19 ne fait pas exception : la cour du roi a failli et a été de mauvais conseil.

Entre le choix des membre du Conseil scientifique dont le seul objectif était de placer le remdesivir de Gilead ou le Kaletra d’AbbVie, ou la nomination de Véran à la Santé, lui qui a été la cheville ouvrière de la précarisation de l’hôpital public, Emmanuel Macron s’est embourbé à la manière de Napoléon à Waterloo. Il ne peut qu’apercevoir ses hommes se faire avaler par le ravin, comme Dominique Martin, directeur de l’ANSM démissionnaire quelques jours après l’annonce du scandale remdesivir. Jupiter à la manière de l’Aigle qui a conquis l’Europe, s’est pensé trop fort, pensait avoir déjà gagné et de manière presque fantaisiste s’en remis à de mauvais guides. L’information est cruciale en temps de guerre. Avoir des informateurs fiables est vital comme l’expose merveilleusement cet extrait des Misérables relatant la fameuse bataille. Gageons que le peuple français, après l’épisode Macron, finisse par choisir la démocratie et par proscrire cet élitisme républicain, qui même s’il n’est plus de droit divin, nous précipitera inlassablement dans le ravin.

« Il y eut un silence redoutable, puis, subitement, une longue file de bras levés brandissant des sabres apparut au-dessus de la crête, et les casques, et les trompettes, et les étendards, et trois mille têtes à moustaches grises criant: vive l'empereur! toute cette cavalerie déboucha sur le plateau, et ce fut comme l'entrée d'un tremblement de terre.

Tout à coup, chose tragique, à la gauche des Anglais, à notre droite, la tête de colonne des cuirassiers se cabra avec une clameur effroyable. Parvenus au point culminant de la crête, effrénés, tout à leur furie et à leur course d'extermination sur les carrés et les canons, les cuirassiers venaient d'apercevoir entre eux et les Anglais un fossé, une fosse. C'était le chemin creux d'Ohain.

L'instant fut épouvantable. Le ravin était là, inattendu, béant, à pic sous les pieds des chevaux, profond de deux toises entre son double talus; le second rang y poussa le premier, et le troisième y poussa le second; les chevaux se dressaient, se rejetaient en arrière, tombaient sur la croupe, glissaient les quatre pieds en l'air, pilant et bouleversant les cavaliers, aucun moyen de reculer, toute la colonne n'était plus qu'un projectile, la force acquise pour écraser les Anglais écrasa les Français, le ravin inexorable ne pouvait se rendre que comblé, cavaliers et chevaux y roulèrent pêle-mêle se broyant les uns sur les autres, ne faisant qu'une chair dans ce gouffre, et, quand cette fosse fut pleine d'hommes vivants, on marcha dessus et le reste passa. Presque un tiers de la brigade Dubois croula dans cet abîme.

Ceci commença la perte de la bataille.

Une tradition locale, qui exagère évidemment, dit que deux mille chevaux et quinze cents hommes furent ensevelis dans le chemin creux d'Ohain. Ce chiffre vraisemblablement comprend tous les autres cadavres qu'on jeta dans ce ravin le lendemain du combat. Notons en passant que c'était cette brigade Dubois, si funestement éprouvée, qui, une heure auparavant, chargeant à part, avait enlevé le drapeau du bataillon de Lunebourg. Napoléon, avant d'ordonner cette charge des cuirassiers de Milhaud, avait scruté le terrain, mais n'avait pu voir ce chemin creux qui ne faisait pas même une ride à la surface du plateau. Averti pourtant et mis en éveil par la petite chapelle blanche qui en marque l'angle sur la chaussée de Nivelles, il avait fait, probablement sur l'éventualité d'un obstacle, une question au guide Lacoste. Le guide avait répondu non. On pourrait presque dire que de ce signe de tête d'un paysan est sortie la catastrophe de Napoléon.

D'autres fatalités encore devaient surgir. Etait-il possible que Napoléon gagnât cette bataille? Nous répondons non. Pourquoi? A cause de Wellington? à cause de Blücher? Non. A cause de Dieu. Bonaparte vainqueur à Waterloo, ceci n'était plus dans la loi du dix-neuvième siècle. Une autre série de faits se préparait, où Napoléon n'avait plus de place. La mauvaise volonté des événements s'était annoncée de longue date. Il était temps que cet homme vaste tombât.

L'excessive pesanteur de cet homme dans la destinée humaine troublait l'équilibre. Cet individu comptait à lui seul plus que le groupe universel. Ces pléthores de toute la vitalité humaine concentrée dans une seule tête, le monde montant au cerveau d'un homme, cela serait mortel à la civilisation si cela durait. Le moment était venu pour l'incorruptible équité suprême d'aviser. Probablement les principes et les éléments, d'où dépendent les gravitations régulières dans l'ordre moral comme dans l'ordre matériel, se plaignaient. Le sang qui fume, le trop-plein des cimetières, les mères en larmes, ce sont des plaidoyers redoutables. Il y a, quand la terre souffre d'une surcharge, de mystérieux gémissements de l'ombre, que l'abîme entend. 

Napoléon avait été dénoncé dans l'infini, et sa chute était décidée. Il gênait Dieu. Waterloo n'est point une bataille ; c'est le changement de front de l'univers. »

Les Misérables. Livre II, "Waterloo", Victor Hugo.

La Covid-19 n’est point une guerre, c’est le changement de paradigme de notre civilisation.

Espérons du moins que cette pandémie aboutisse à un renouveau dans lequel la République daignera s’inscrire, dans le cadre de la démocratie. Espérons que la citoyenneté, fondement de toute démocratie, devienne enfin l’étalon-or du mérite républicain et chasse cet élitisme courtisan qui offre le bien commun à des intérêts privés.

Que la démocratie réelle renaisse des cendres de nos illusions républicaines que cette pandémie aura mises à nu.

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