Du danger des protocoles de parade et des états d'urgence liberticides

Auteur(s)
Laurence Waki*
Publié le 06 septembre 2023 - 12:00
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Protocole
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Photo de Melanie Wasser unsplash.com
"Toutes ces 'visibilités' contrôlables qui ne créent que la peur. Puis les dérapages qui s’accumulent. Et du danger qui ne sera plus contrôlé. La fin d’un pays en paix."
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TRIBUNE/OPINION - Alors que les médias parlent du variant Eris... Alors que les masques reviennent sur les visages... Alors que le ministre de la Santé dit qu'il faut "reprendre le réflexe de mettre un masque"... Il faut sortir de l'amnésie, cette amnésie qui pousse à l'apathie, afin d'agir, afin d'être acteur politique, pour soi et pour tous. Repérer les mêmes dysfonctionnements, à des fins dites sanitaires, mais aussi climatiques, mais aussi d'antiterrorisme. Voir ces points communs qui amènent à toujours plus de restrictions, de suppressions des libertés fondamentales, à de plus en plus de contrôles sur tout, même sur les actes les plus quotidiens et anodins, de dématérialisation vers un tout-Numérique pour un mode mécaniste, vers la pensée unique pour ne suivre que les injonctions dénuées de sens et contradictoires ; à devenir obéissants sans conscience, à fonctionner en marionnettes. Troisième partie : du danger des protocoles de parade.

Pourquoi tous ces protocoles très - trop ? - visibles, qui s’empilent auprès de la population depuis ces dernières années, avec une recrudescence accélérée ces derniers mois ? (1)

D’aucuns répondront, par principe de précaution, afin de se rassurer et de se dédouaner quand ils sont eux-mêmes les instruments qui y participent. D’autres, qu’il faut bien faire quelque chose, qu’importe quoi, mais faire. Et même certains qui pensent que contrôler les autres, c’est permettre la sécurité, l’Ordre, qu’il faut que les gens soient soumis, se taisent, se résignent, sinon ce serait le chaos.

Vers quoi allons-nous ainsi ? Que devient notre pays ainsi ceinturé de ces contrôles sans raison ? Car il suffit de les étudier, pour constater certes leur inefficacité, mais pas leur innocuité sur le devenir démocratique, et les libertés fondamentales de nos concitoyens.

À quoi servent ces vigiles des centres commerciaux et salles de spectacles, qui vous font ouvrir votre sac sans d’ailleurs ne rien y voir, et pire encore demandent d’ouvrir les manteaux - et bientôt à devoir se déshabiller ? - et qui ne sont même pas formés professionnellement aux techniques de combat ? Incapables qu’ils seront de défendre le moindre lieu si quelqu’un voulait commettre un carnage…

Cette recrudescence des vigiles, ces emplois précaires à destination très souvent de personnes non qualifiées, qui là trouvent un job, à défaut d’autre chose, là où l’on recrute fort, très souvent issues de l’immigration, quasiment que des hommes et eux-mêmes victimes de discriminations, qui n’ont rien à perdre… Et qui parfois là, y trouvent un petit pouvoir que l’on leur a dénié si souvent. Rien ne doit leur résister, sinon ils pourraient le prendre personnellement…

À mesure qu'augmente le nombre des vigiles, le nombre de caissiers et de caissières dans les magasins, de personnels dans les lieux culturels et même d’artistes s'amenuise. Car ce coût qui enfle ne laisse plus de place à d'autres emplois que ceux dédiés au sécuritaire. Et augmente aussi le nombre de bornes automatisées avec lesquelles le client fait lui même son encaissement comme un robot. Qui fait une diminution drastique du contact humain, de cette rencontre de quelques minutes du client, du spectateur, avec les lieux de vie et les humains qui y travaillent et fournissent ces petits échanges quotidiens nécessaires, du concret.

Ces suppressions nous déconnectent de tous, des autres, de soi. Sans ces contacts, nous devenons peureux des autres, puis méfiants ; puisqu’on ne les fréquente plus, qu’on ne les connaît plus.

La peur ainsi renforcée - car coupé des autres, des échanges les plus élémentaires avec autrui - fait naître chez beaucoup trop, une croyance en un besoin renforcé de sécuritaire. Mais le véritable danger est cette perte de contact. Qui fait faire défaut à la sécurité intérieure de chacun, qui fait trembler, fait mettre aux aguets en permanence, et rend la vie invivable et dangereuse ; tellement pétri de haine de l’autre, devenu une menace, un ennemi.

Ces gens qui ont peur. Dont la contagion est devenue vertigineuse. Que de voir ces contrôles partout leur donnent un court répit, telle une drogue, qui ne soulage qu’un instant, qui obligera d’augmenter les doses, chaque fois un peu plus. Et même avec le résultat d’une société totalitaire dominée par l’hyper-contrôle, ces personnes, de plus en plus nombreuses, auront encore peur. Et en voudront encore plus. Jusqu’à l’autodestruction.

Nous n’y sommes pas encore. Mais nous avons largement dépassé le stade des prémices. Avec cette banalisation des contrôles. Exercés par des gens non qualifiés, à qui on demande de contrôler du superficiel, du visible, en mode binaire, oui ou non. Cela est demandé à des vigiles, mais aussi aux policiers, surtout aux jeunes recrues à la formation déficiente ou incomplète. Cela déteint même sur le comportement individuel des populations ainsi apeurées.

Il faut ouvrir son sac, qu’importe ce qu’il peut contenir, même tout petit, qu'importe le comportement de la personne, désignée comme a priori suspecte. Il faut même ouvrir le manteau, un geste là aussi, du purement symbolique, qui n’en retire pas le caractère agressif et insultant. Il faut porter le masque, non que celui soit "propre", qu’il soit utile, et que ce contrôle associé aux autres suppose de s’approcher très près des gens en portant un masque contaminé puisque porté depuis plusieurs heures. C’est simple, les gens ouvrent leurs affaires personnelles, se montrent masqués, et la sécurité est assurée, ils ont fait leur travail qui ne demande aucune compétence et surtout aucune réflexion.

Pareil pour les policiers ou les gendarmes. Surtout qu’ils ne réfléchissent pas. Pour ce faire a été inventé "l’attestation dérogatoire" durant le confinement. Il ne s’agit pas de vérifier si les personnes font attention, même respectent la distance, mais de simplifier à outrance le contrôle : avoir ou pas l’attestation.

Qu’importent les raisons, le comportement, la situation. On prend notre police, notre gendarmerie, ces gens censés nous protéger, pour des robots sans capacité d’analyser une situation, de voir s’il y a raison d’intervenir ou pas, et à quel degré. Et là, il y a danger, à rendre idiots les forces de l’ordre, qui aussi possèdent des grands pouvoirs de par leur fonction officielle. Eux peuvent utiliser sur autrui du coercitif. Qu’autrui ait commis un délit ou pas, qu’il ait causé un danger ou pas. C’est l’ouverture à toutes les injustices. La sortie de route d’une société de Droit.

Contrôles de masse et systématiques des personnes, de leurs effets personnels, des sacs, même des vêtements, par des gens non qualifiés et non formés pour la protection des personnes, avec des actes inutiles. Le service public qu’incarnent policiers et gendarmes, réduits à voir si les gens ont ou pas une attestation, pour des verbalisations de gens innocents. Des masques dont la seule certitude est qu’ils sont visibles, donc contrôlables, quand ils sont un risque réel d'infection car mal portés, devenus obligés et rendant certains se sentir légitimes à vous apostropher, à vous réprimander, voire à vous insulter. Ces marches de militaires qui se répandent comme des traînées de poudre, faisant parade quand ils sont ainsi empêchés de s’entraîner à leurs véritables missions de défense, pour faire croire que leur présence signifie protection…

Toutes ces "visibilités" contrôlables qui ne créent que la peur. Puis les dérapages qui s’accumulent. Et du danger qui ne sera plus contrôlé. La fin d’un pays en paix.

"Les gens à qui l'on demande de ne surtout pas réfléchir sont rendus ainsi dangereux. Sans pouvoir penser. Ils sont capables du pire."

Note :

(1) Texte original publié le 8 novembre 2020 sur le site de l'auteur, Laurence Waki.

*Laurence Waki est écrivain et philosophe. Retrouvez ses textes sur son site internet.

 

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