Le transhumanisme se nourrit du légalisme transexuel

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Teresita Dussart, pour FranceSoir
Publié le 05 avril 2022 - 13:50
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Personne trans.
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Olivier Donnars/NurPhoto - AFP
Marche «Existrans» pour les droits des personnes trans et intersexes à Paris - octobre 2017
Olivier Donnars/NurPhoto - AFP

TRIBUNE - Si le XXᵉ siècle restera comme le siècle des utopies politiques, le XXIᵉ se manifeste comme celui des dystopies sociétales.  La souche transformiste des projets prométhéens, la promesse d’ingénierie d’un homme nouveau débarrassé de ses vicissitudes, uniformisé, robotisé n’est pas morte en 1845, pas plus qu’en 1989. Ce millénaire reprend le témoin, là où les grandes et dangereuses utopies l’avaient laissé, en doublant la mise. Cette fois, le projet de déshumanisation n’a plus pour horizon la rupture radicale avec un ordre politique, économique, religieux, mais plutôt de réussir ”l’autodétermination” du sujet face à sa condition biologique. En un mot, il s’agit d’une dystopie transhumaniste, et il va des dystopies comme des utopies. Il est de celles qui s’écrivent et de celles qui se vivent. Les questions sur la malléabilité de la nature, la part du conditionnement culturel, et celle de l’héritabilité sont loin. Le transhumanisme se caractérise par le négationnisme biologique. Dans le meilleur des cas, relégué au rang d’un déterminisme dépassable, comme n’importe quel autre.

Le 30 juillet, Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, poste un tweet, choyant la communauté LGBTI+ : ”Our treaties ensure that every person in Europe is free to be who they are”. Là où les termes devraient s’opposer, la formule associe la liberté avec une impossibilité radicale. Selon la plus haute autorité institutionnelle de l’UE, non seulement un Sujet peut potentiellement se convertir ce en quoi il désire, mais encore, formidable tautologie, il est ce qu’il veut être.

Faisons comme si

Plus le fonctionnaire mainstream s’éloigne du folklore almodovarien, plus grand sera le zèle à garantir la participation de tout un chacun à la matrice schizophrénique du comme si, propre à la culture transsexualiste. L’inflation de lois aberrantes sur le sujet impressionne. Jamais le delta entre droit positif et droit naturel n’aura été aussi important. La volonté implacable est de faire entrer à tout prix dans les livres de droit, l’expression d’une sexualité ultra personnelle ce, brèche par brèche. En vrac : le mariage homosexuel -, le dénigrement de la matrice anthropologique père-mère -, les systèmes de reproduction sous-traités imposant la commercialisation du corps humain -, l’inclusion dans les espaces réservés aux femmes, tels que système pénitentiaire, disciplines sportives, discrimination positive pour celles-ci, d’hommes auto perçus femme -, l’eugénisme dans le cadre des chimères reproductives -, la confusion entretenue entre procréation et reproduction -, l’identité filiale interdite en tant que clause contractuelle dans les transactions d’acquisition d’enfants par le biais de la GPA -, le transfert du droit de tutelle des parents vers l’État -, l’éradication du mot femme, voire mère, considéré comme discriminant par les hommes auto perçus femme -, la promotion de la prostitution de la part du lobby queer, forcément animé d’une libido masculine -, l’effacement du sexe biologique dans les états civils (Hollande en 2024/25), considérant que cela n’est ni ”inclusif”, ni utile -, l’héroïsation de la victime désignée. L’endoctrinement des cerveaux en clé orwellienne est fabuleux. Les carrés entreront dans les cercles et les triangles dans les losanges.

Cancel culture

La forclusion de la nature n’est pas sujette à débat. La violence des anathèmes et la rapidité de condamnation, via les réseaux sociaux, est là pour garantir le bannissement de l’intempérant. C’est ce que les Anglo-saxons ont baptisé ”cancel culture”. Perdre un travail pour délit d’opinion, voire simplement parce que la personne n’aime pas ou ne fait pas état d’un activisme voyant, pire marque des doutes, revient à être déclaré ”phobique”. Ne pas aimer quelque chose s’est graduellement transformé en sujet d’opprobre. Perdre un travail, ce ne serait que le début de l’acharnement. L’ostracisme est systémique. Il affecte tous les aspects de la vie du ”phobique”.

L’auteur de la saga de Harry Potter, J.K. Rowling, en a fait l’expérience. Elle a eu le toupet d’ironiser sur les efforts sémantiques d’une employée d’ONG, préposée à l’éducation sexuelle d’enfants de communautés pauvres, qui s'évertuait à éviter d’employer le mot "femme”. Formule choisie pour remplacer le vocable mis à l’index : “Personne qui menstrue“. Dans un tweet du 6 juin dernier, Rowling écrit :  “People who menstruate. I’m sure there used to be a word for those people. Someone help me out. Wumben ? Wimpund ? Woomud ?“ La réponse ne s’est pas fait attendre : contrats dénoncés, conférences annulées, boycott de son nouveau livre et, en général, toute la litanie de bashing de la part de personnes faisant très peu de cas de la liberté d’expression. Il va sans dire que le sens de l’humour n’est bienvenu que s’il s’inscrit dans l’histrionisme ambiant. Le juge Ketanji Brown Jackson, pressentie par Joe Biden pour occuper une chaire à la Cour suprême parce que "femme et noire", ne peut pas répondre à la question de “qu'est-ce qu'une femme“, "parce qu'elle n'est pas biologiste". Examen réussi.

Le lobby queer considère l’usage du mot femme comme une offense qui lui est faite. Une forme de proscription de l’espace du comme si. Un acte de discrimination. Il recommande donc l’usage de formules “plus inclusives”, telles que “personne avec vulve, utérus ou personne qui menstrue“. Que cette réduction anatomique constitue une violence psychologique pour la moitié de l’humanité ne pose pas de problème. La prescription vient de Clue, une application qui se propose d’aider ”à expliquer le corps”, en faisant de la biologie une idéologie à géométrie variable, ajustée aux besoins du credo trans.  Ce type d’entité diffuse une nomenclature sexuelle (cis, trans, binaires, non binaires, fluides etc.) comprise des activistes seuls. Cependant, l’idée serait d’installer que nul ne saurait ignorer plus longtemps les fruits des mutations endocrino-sociétales. D’où la nécessité d’une heuristique ad hoc. À terme, une personne “éduquée“ devrait pouvoir s’expédier avec facilité sur les péculiarités génitales de la licorne, créature de fantaisie, emblème du transsexualisme.

En Espagne, la première réaction est arrivée d’où on ne l’attendait pas, au travers de “l’Alliance contre l’effacement des femmes” (Alianza contra el Borrado des Mujeres), une émanation du Parti socialiste espagnol (PSOE), fédérant des organisations féministes. “La théorie queer est en train de générer une utilisation intéressée des termes de l’identité sexuelle et de l’identité de genre, mettant en danger le propre concept juridique du sujet politique femme”.  L’alliance s’est constituée en réaction à une initiative législative de Podemos, le parti de l’extrême gauche populiste espagnole. Il s’agit de la ”Loi organique de protection intégrale de l’enfance et de l’adolescence face à la violence”. Depuis approuvée le 10 juin. La loi n’apporte rien de nouveau au dispositif de protection de l’enfance préexistant, lequel était parfait. En revanche, il introduit deux nouvelles thématiques. La plus médiatique, repose sur le concept “d’auto-détermination du genre”. Ce n’est pas un fait nouveau que l’extrême-gauche aime à broder sur les processus de colonisation imaginaire. “Les enfants et les adolescents auront droit à ce que leur orientation sexuelle et identité de genre, perçue ou exprimée, soit respectée dans tous les entourages de vie ». [i] À noter que l’enfant peut ne pas exprimer son orientation sexuelle. Ce serait donc à l’adulte de présupposer ce que le mineur perçoit. C’est tout en dentelle.

Parentalité positive

L’autre thématique plus insidieuse, moins médiatique, non moins désanthropisante, est le rôle inquisiteur des États où gouverne le wokisme. Une tendance dans tous les pays occidentaux : envahir l’espace familial. S’opposer à la dysphorie de genre, ou tout simplement ne pas l’encourager, ne pas percevoir ce désir que l’enfant n’exprime pas, sera assimilé à une violence contre le mineur (jamais qualifié de fils, fille). De cette nouvelle loi découle une forme préventive, voire de facto, de privation de la tutelle parentale. "À cet effet, la loi renforce les recours d’assistance, de conseil et d’attention aux familles pour éviter les facteurs de risque et augmenter les facteurs de prévention" (Espagne). Le terme “prévention”, dans ce contexte, sortant de la bouche de politiques professant l’archétype de l’idéologie autoritaire populiste, revêt des connotations inquiétantes. Dans ce même texte de loi, l’article 25, propre à la ”Prévention dans la sphère familiale” porte en lui, sans l’ombre d’un doute, les germes de l’Etat totalitaire. ”Les administrations publiques, dans le cadre de leurs compétences respectives devront proportionner aux familles, dans leur multiple forme, et aux personnes qui convivent habituellement avec les garçons, filles et adolescents, le soutien nécessaire pour prévenir dès la petite enfance, les facteurs de risques et renforcer les facteurs de protection”. Entre ces facteurs de risques, le deuxième de l’énumération n’est autre que ”la non-acceptation de l’orientation sexuelle, l’identité de genre ou les caractéristiques sexuelles de la personne mineur”. Il n’y a pas de minima d’âge pour le signalement de la famille coupable.

Le texte de loi définit les critères de "l’exercice positif de la responsabilité parentale". En conséquence, dispose "de mesures destinées à favoriser et acquérir de telles aptitudes". L’idée sous-jacente n’est pas moins dystopique que la négation du sexe biologique. Il s’agit de désautoriser père et mère, cohérent en cela avec l’analyse lacanienienne de forclusion du Nom- du-Père dans le syndrome de "pousse-à-la-femme" ou dysphorie de genre. Face aux failles parentales, dans le cadre de l’exercice de la parentalité positive, l’Etat n’aurait d’autre choix que d’assumer l’éducation, en l’espèce l’endoctrinement.

Cette parentalité positive n’est autre que celle qui consent fournir les traitements hormonaux irréversibles aux enfants. Traitements dont les effets collatéraux dépassent de loin la question sexuelle ou reproductive. Cette forme objective de maltraitance infantile ferait penser à une forme de syndrome de Münchhausen par proxy. Soit un parent induisant chez son enfant une maladie fictive, obéissant en cela à une nécessité pathologique d’attention, de compassion, d’approbation, et d’admiration de la part du personnel médical et de la communauté en général. Dans une lecture transsexualiste, les parents héroïques soutenant leurs enfants dès leur plus jeune âge dans la réalisation de leur "comme si". Angelina Jolie est l’archétype de la personne souffrant de ce syndrome.

Avec le temps, en découdre avec l’autorité parentale sera d’autant plus facile que les enfants cesseront d’être le fruit de la procréation naturelle, pour devenir les produits de la technoscience reproductive, chaque fois plus sophistiquée, plus éloignée de l’intimité d’un rapport humain non planifié père-mère. Ces systèmes de reproduction sont idéaux pour une société totalitaire, en droite ligne avec le Meilleur des Mondes. La mémoire transgénérationnelle est effacée, le lien de filiation de même, ainsi que ses loyautés perçues comme aliénantes, et sans doute le sont-elles. Pères et mères sont forcément imparfaits. L’éducation humaine se voit éclaboussée de regrettables expressions verbales, d’injustices, d’arbitraire, du manque de temps, d’erreurs. C’est de ce que chaos émotionnel que surgit, en partie, le génie humain.  L’ingénierie reproductive, associée à la parentalité “positive” garantissent que ces fléaux ne puissent avoir cours. Une société totalitaire est une société qui ne bugge pas. Une société sans conflits, sans crimes, sans maladies, sans interactions humaines en free style.

Vecteur idéologique de l’ingénierie de reproduction

La loi votée en France en juillet 2021 sur la procréation médicalement assistée (PMA), fait tabula rasa de principes fondateurs de la bioéthique, sous pression du lobby queer, incroyable vecteur de l’ingénierie de reproduction, bien plus que la demande qu’exercent les personnes souffrant de stérilité. C’est pratique pour les laboratoires. La doxa du politiquement correct offre les poncifs hors débats, sauf à vouloir se suicider socialement, pour mener à bien toutes les recherches sur les chimères reproductive ou biotechnique, telles que les études de souche.

La gestation pour autrui (GPA), ou location de ventre, si répandue dans le monde, avec ses granges de bébés blonds comme en Ukraine n’est, toutefois, pas passée. La France continuera à défendre le principe de non-commercialisation du corps humain et la reconnaissance de la mère porteuse, comme mère de plein droit. En revanche, l’eugénisme poursuit son infiltration. Cette fois au travers du diagnostic préimplantatoire de détection des anomalies chromosomiques. Tout est fait pour satisfaire la demande de ce que, le Dr Emmanuel Hirsch qualifie de ”stérilité sociétale”. Les enfants en adoption, une forme très humaine de devenir parents, ne font pas le poids. Le cadre juridique est tel qu’il permet d’avoir plus facilement recours à la reproduction en laboratoire qu’à l’adoption légale d’enfants organiques. Les eugénistes devraient se méfier. Le développement d’une civilisation biotech s’oppose de plus en plus aux règles darwiniennes de sélection de l’espèce. Il n’est que d’observer le déclin intellectuel des générations qui montent et d’autres mutations physiologiques. La seule chose qui évolue est l’intelligence artificielle.

Le transhumanisme se nourrit du transsexualisme pour rompre les chaines anthropologique et biologique de l’espèce. Plus le sujet s’éloigne de la réalité biologique, plus il s’approche et dépend de la machine. Inculquer que le sexe biologique est dissocié de l’identité de genre, nivèle la genèse de l’humain avec celui de la machine, et finit par privilégier celle-ci.

Voir aussi : Disney, de la magie à l’hypersexualisation de la petite enfance

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