Le vaccin est-il un Pharmakon comme les autres ?

Le vaccin est-il un Pharmakon comme les autres ?

Publié le 06/08/2021 à 18:20 - Mise à jour à 18:21
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Auteur(s): Michel Rosenzweig, pour FranceSoir

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TRIBUNE - L'obsession qui anime les agités du bocal sanitaire est celle du vaccin élevé au rang de fétiche en tant que remède unique et absolu considéré comme seule solution à l'évolution cyclique des courbes épidémiques actuelles. Or, lorsque l'on prend un peu la peine d'examiner l'objet vaccinal à l'aide de la trousse à outils dont disposent la philosophie des sciences et l'histoire de la médecine, on s'aperçoit assez rapidement que la nature de l'objet vaccin ne va pas nécessairement de soi, du moins si l'on accepte de dépasser l'au-delà du langage et des discours usuels et consensuels qui le définissent selon la norme politico-médico-scientifique en vigueur.

Un petit détour en forme de petits prolégomènes s'impose ici avant d'aborder le vif du sujet: qu'est-ce qu'un pharmakon et comment fonctionne-t-il ? *
D’abord, le pharmakon est le terme grec désignant au neutre singulier toute substance, activité ou objet (philtre ou venin) considéré comme remède (ou poison, Toxikon), selon la dose et l'usage (posologie). Les pharmaka (neutre pluriel) sont donc des remèdes.

Ensuite, au masculin singulier, "pharmakos" désigne le bouc émissaire, la victime expiatoire. A l'époque de la Grèce antique le rituel de purification du  pharmakós consistait à entretenir un certain nombre de miséreux, criminels, vagabonds, infirmes, et en cas de calamité réelle ou annoncée par les augures, les prêtres procédaient à un sacrifice en choisissant un de ces individus comme pharmakós. Le rite d'exécution du pharmakós est la lapidation et l'éloignement de la cité pour la purger du mal, la purifier.
Du pharmakon au pharmakos, une seule lettre les sépare et les distingue d’une ambiguïté qui n’est qu’apparente, les deux figures partageant une parenté symbolique évidente : la purification, le remède, la guérison. 

Le Phármakon, que nous nommons «drogue» ou "médicament" selon la catégorie lexicale choisie (légale, illégale, juridique ou médicale), était considéré par Hippocrate et Galien, les pères de la médecine, comme une substance qui, au lieu d’être vaincue par le corps comme le sont les aliments, est capable de «vaincre» le corps par elle-même et de produire à des doses infimes d’importantes modifications organiques ou psychiques, (psychotropes, de psukhê — âme sensible, esprit — et tropos — mouvement, transformation) voire les deux à la fois.

La méthode, est celle exprimée par "Contraria contrariis curantur", l’aphorisme célèbre des pères de la médecine qui fondèrent la thérapeutique par les contraires. 

Qu'est-ce qu'un médicament ?
Le médicament est un objet étrange, entre science, marché et société pour reprendre l’expression de Philippe Pignarre.

Le médicament est ce curieux alliage alchimique entre le placebo (je plais), effet de suggestion important toujours mystérieux et mal compris, et la molécule, celle-ci étant la seule à objectiver les effets sur l'organisme. Le passage de la molécule au médicament représente ce que P. Pignarre * appelle dans le sillage des travaux de F. Dagognet d'une manière constructiviste la socialisation de la molécule par le marquage et l'effraction opérés par le médicament dans le corps et entre les hommes. Il s'agit d'une épreuve destinée à organiser la rencontre délicate entre deux corps, celui de la molécule et celui de l'être humain parlant défini par le langage et l’institution symbolique.
Cette rencontre doit faire l'objet d'un apprivoisement et suppose par conséquent un art et un savoir-faire, un domptage qui précisément autorise au phármakon des Grecs de ne pas devenir poison, mais remède. Le médecin prescrit et le pharmacien délivre.

Les mots medicus, « médecin » et medicina « médecine », qui proviennent du latin mederi « soigner, donner des soins à » sont sans équivoque sur leur sens. Autant de substantifs formés à partir de la racine « med », attestée d’un bout à l’autre du domaine indo-européen et qui, d’après le linguiste Benveniste, a le sens de « prendre avec autorité des mesures appropriées », d’où ses différentes valeurs dans les langues indo-européennes : « penser, réfléchir, méditer » avec l’idée d’une pensée qui règle, ordonne, gouverne, règne, mesure et juge, le médecin réglant et dominant la maladie. Signalons aussi à cet égard que le mot « méditation » provient de la même racine.

Le médicament peut alors se concevoir comme un placebo stabilisé par un marqueur, prescrit par ordonnance par un médecin et préparé par les apothicaires et les pharmaciens héritiers d'Hérophile et de Galien, qui considéraient à juste titre qu'il fallait manipuler les pharmaka opportunément pour leur permettre d'exercer leurs effets bénéfiques : « Les médicaments sont les mains des dieux » déclarait Hérophile à propos de la thérapeutique.

D'un point de vue économique et au sens premier du terme « économie »*, le système de diffusion du médicament est un système filiatif, ordonné, vertical et hiérarchique (du médecin qui n'en prend pas au patient qui en prend), et non pas épidémique c'est-à-dire de diffusion par initiation, comme c'est le cas pour les drogues, médicaments échappés de ce système.

La thérapeutique hippocratique repose sur deux principes généraux : s’interdire tout ce qui pourrait nuire au patient (primum non nocere) ; aider en toutes circonstances l’action spontanément favorable de la nature, en ce compris l’emploi des pharmaka comme remède, car l’école d’Hippocrate utilise les pharmaka (remèdes et poisons) selon les deux thérapeutiques au cas par cas, thérapeutiques des contraires, mais aussi des semblables selon le précepte de Paracelse (16ième), similia, similibus, curantur.

Dès lors, qu'est-ce qu'un "vaccin" ? Est-ce une déclinaison du pharmakon, un variant de ce dernier ? Ou un objet médico scientifique au statut indéterminé.

Un vaccin classique est en principe une préparation biologique administrée à un organisme vivant afin d'y stimuler son système immunitaire et d'y développer une immunité adaptative protectrice et relativement durable contre l'agent infectieux d'une maladie particulière.
Si l'on s'en tient à cette définition minimale, un vaccin n'est pas un pharmakon (remède) puisqu'il agit en amont pour prévenir l'infection et la maladie. Un vaccin ne traite pas, ne soigne pas. Il est prophylactique.
La thérapie génique, elle, en revanche peut être assimilée, apparentée au pharmakon dans la mesure où son mode d’action vise à compenser, remédier une partie de l’adn défectueux codant mal pour la production d’arn messager destiné à produire une ou plusieurs protéines indispensables, entraînant ainsi une maladie. Cette thérapie soigne et guérit comme le ferait un pharmakon efficace à dose utile et selon un rythme d'administration défini.

La vaccination genique, quant à elle est une immunotherapie genique active actuellement utilisée dans le cadre de la lutte contre le coronavirus. Il s’agit d’une première mondiale validée selon une AMM conditionnelle.
L’abus de langage consiste à faire croire au public, qu’en l’absence de traitement reconnu officiellement, cette vaccination serait non seulement un remède, mais le seul connu à ce jour.

Il s’agit d’une torsion sémantique habile qui dissimule en réalité une double vérité épistémologique évidente : l’existence de pharmaka connus et reconnus depuis longtemps et qui se sont montrés efficaces dans le traitement de cette virose, et une nomination impropre pour désigner une préparation immunogène qui n’est en aucun cas un remède selon la définition rigoureuse décrite ci-dessus.

La question de la posologie demeure en outre une énigme médicale puisque les doses injectées sont uniques et non adaptées sur mesure à chaque individu (antécédents, comorbidités, sensibilité, allergies etc) tout comme la question de la fréquence (rappel) dont le cumul risque de produire potentiellement des effets nocifs inconnus.


Conclusion : l’immunothérapie génique est un objet épistémique situé aux frontières du pharmakon et du toxikon, quelque part dans un espace indéterminé.
© Michel Rosenzweig 4/08/21


* Rosenzweig Michel, Drogues et civilisation, une alliance ancestrale :De la guerre à la pacification, Préface du Pr. Bernard Roques de l'Académie des Sciences,  Paris-Bruxelles, De Boeck Université, 2008,
*PIGNARRE Philippe, Qu'est-ce qu'un médicament? Un objet étrange, entre science, marché et société, Paris, Éditions La découverte, « Science et Société », 1997.
*L'oikonomos (du grec oikos, « maison » et nomos, « loi ») concerne la gestion des relations entre les personnes (l'art de commander) et l'acquisition des richesses par l'exploitation de la nature. C’est le philosophe Xénophon qui en a fait une théorie : l'oikonomia qui unifie tout ce qui relève de l'oikos, la « maison ».

Photo : Gustav Klimt, Die Medizin, 1900-1907, reproduction d’une peinture réalisée pour l’université de Vienne et détruite en 1945 par les nazi, huile sur toile, 366 x 252 cm, Vienne, Leopold Museum.

Auteur(s): Michel Rosenzweig, pour FranceSoir

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