Poutine : quand Sarkozy dictait son "devoir" à Macron

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Alain Tranchant pour France-Soir
Publié le 01 mars 2024 - 14:58
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Ludovic Marin / Pool / AFP
Nicolas Sarkozy et Emmanuel Macron à la Grande mosquée de Paris (19 octobre 2022)
Ludovic Marin / Pool / AFP

TRIBUNE - S'il a pu jouer avec les mots pendant la période du Covid – rappelons-nous son "Nous sommes en guerre", énoncé à six ou sept reprises au cours d'une même allocution télévisée – il ne faudrait pas que M. Macron veuille aujourd'hui sa guerre, sa vraie guerre.

Pour l'heure, l'option du président de la République d'envoyer des soldats européens, et donc nécessairement des Français, en Ukraine, n'aura abouti qu'à isoler un peu plus la France sur la scène internationale. Le désaveu cinglant des Européens, comme les oppositions qui se sont élevées en France, ne devraient pas permettre à sa funeste idée de prospérer.

Dans ce contexte pour le moins tendu, j'en appelle aux mémoires de Nicolas Sarkozy. Le temps des combats, paru en août 2023, dépasse en effet très largement le récit historique de son mandat ; l'auteur y commente l'actualité, nationale comme internationale. 

Au tout début du livre, il écrit ainsi à propos de la guerre en Ukraine : "Cette crise n'a que trop duré. Nous dansons au bord d'un volcan sous la menace de la première bavure voulue ou subie. Il faut à présent que l'Europe (...) prenne son destin en main et agisse au service de la paix".

"Comme si la guerre était en soi un objectif"

Il poursuit : "J'avoue être lassé d'entendre les déclarations quotidiennes du président Joe Biden annonçant que de nouveaux milliards de dollars seront consacrés à l'achat d'armes pour les Ukrainiens, comme si la guerre était en soi un objectif". Qu'a dû penser Nicolas Sarkozy à l'annonce par Emmanuel Macron des trois milliards d'euros d'aides nouvelles de la France à l'Ukraine, alors que Bruno Le Maire venait d'indiquer que la France devrait réaliser 10 milliards d'euros d'économies dès cette année, et que les agriculteurs devraient se contenter de... 400 millions d'aides de l'Etat français ?

L'ancien chef de l'Etat s'interrogeait encore : "Est-il illusoire d'imaginer l'organisation d'une rencontre où les protagonistes se parleraient vraiment ? Comment espérer quoi que ce soit dans le cas contraire ?". Tant il est vrai qu'il n'y a pas de guerre qui ne se termine pas.

A la fin de son livre, l'auteur évoque le Forum économique de Saint-Pétersbourg auquel il participa en 2010. Il ne retire pas un mot des propos qu'il tenait alors : "La Russie est une grande puissance. Nous sommes des voisins. Nous avons vocation à devenir des amis. Nous devons nous rapprocher". Si le trop inexpérimenté Premier ministre que M. Macron vient de donner à la France avait entendu cela mardi à l'Assemblée nationale, nul doute qu'un dérapage incontrôlé s'en serait suivi...

"C'est aux Russes de choisir leurs dirigeants, pas à nous."

Toujours sur la Russie, Nicolas Sarkozy relie le passé au présent : "Chaque fois que, dans l'histoire, nous nous sommes opposés, ce fut une catastrophe (...). La faute de Poutine ne change rien aux lois de la géographie. La nécessité de défendre l'Ukraine ne modifie pas les intérêts stratégiques de l'Europe et de la Russie, qui devront se parler à nouveau et se réconcilier si elles veulent éviter une catastrophique nouvelle guerre mondiale". Qui peut souhaiter en venir là ?

Sur l'idée que toute coopération avec la Russie serait impossible tant que Vladimir Poutine exercera le pouvoir, Nicolas Sarkozy répond sans ambages : "Je ne partage pas cet avis. C'est aux Russes de choisir leurs dirigeants, pas à nous. Alors qu'il se trouve embourbé dans son ‘erreur ukrainienne’, il devrait être possible de le ramener à un positionnement plus pacifique et plus respectueux des grands principes internationaux tels qu'ils sont définis par la Charte des Nations unies".

Enfin, l'ancien président de la République assigne un devoir à Emmanuel Macron et le prévient que l'histoire le jugera : "En quelques mois, nous sommes revenus plus de trente années en arrière. Et je crains que le pire ne soit encore à venir. La France est la mieux placée pour appeler chacun à la raison (...). C'est le devoir du président français de conserver ouverte la voie du dialogue avec la Russie. L'histoire jugera sévèrement ceux qui n'auront pas eu le courage de le comprendre à temps".

Puisse le locataire actuel de l'Elysée entendre, et mieux encore, suivre le conseil de son prédécesseur ! C'est le souhait ardent que l'on peut formuler aujourd'hui. 

 

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