Un oxymore sur pattes [FranceSoir papier]

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Michel Maffesoli, pour FranceSoir
Publié le 19 avril 2022 - 15:04
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Michel Maffesoli edition papier FranceSoir 2
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F. Froger / Z9, pour FranceSoir
Michel Maffesoli - "L'homme qui n'aimait pas la France", édition papier spéciale de FranceSoir, parue le 1er avril 2022.
F. Froger / Z9, pour FranceSoir

TRIBUNE — Dans mon livre Être postmoderne  (2018), une postface d’Hélène Strohl interrogeait :  « Emmanuel Macron, icône ou fake de la postmodernité  ? » 

Le point d’interrogation était superfétatoire, tant il est apparu dès les premières actions du nouveau président qu’il serait tout sauf « postmoderne ». Il représente, d’une manière caricaturale, ce « simulacre » (Baudrillard), ce jeu d’acteur propre à la «  théâtrocratie  » dont, comme le disait Platon, les démocraties décadentes font le lit.  

Figure paternelle dispensant les subsides de l’État face à la grande peur des Gilets jaunes, il a opté ensuite pour la posture du chef de guerre. La menace atomique, reprise en boucle dans les médias mainstream supplantant celle du virus chinois, qu’il combattait d’ailleurs depuis l’abri atomique de l’Élysée. De même, dans la théâtralisation propre à la cyberculture (Instagram, TikTok, réseaux…) il s’est adonné à son jeu favori : le «  en même temps  », celui des déguisements multiples  : jeune, montagnard, pompier, urgentiste, général, bientôt pilote de chasse ?

Voir aussi : "Une époque s'achève, une autre est en gestation" Michel Maffesoli

Emmanuel Macron, dans sa communication, est ce que je nommais un « oxymore sur pattes », dont Nicolas Sarkozy avait dessiné l’esquisse. Il s’adresse aux diverses tribus, quitte à leur donner des messages contradictoires. Il incarne le jeune  (« enfant éternel ») et le Père sévère. Il surjoue l’empathie, mais prend ses décisions tout seul. Car, chassez l’habitus propre à la technostructure moderne, il revient au galop. La seule attitude qui guide(ra) l’action d’un président parangon de la caste bureaucratique, est de donner, quelle que soit la question posée, une réponse a priori et abstraite : le bien ne se construit(ra) pas collectivement, il s’impose(ra) à vous, fût-ce malgré vous. La « théâtrocratie » devient autocratie. En ce sens, il incarne la fin de l’idéal démocratique  !


Cet article est paru dans l'édition papier spéciale de FranceSoir "L'homme qui n'aimait pas la France", disponible en téléchargement.

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