La revue d’actu de France-Soir : semaine du 17 juillet 2023

Auteur(s)
Wolf Wagner, pour France-Soir
Publié le 23 juillet 2023 - 10:19
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Manifestation taxi contre l'arrivée d'Uber sur le marché à Paris - 27-01-16
Crédits
FLORIAN DAVID AFP
Paris, 27 janvier 2016 - Les taxis manifestent contre les plateformes de VTC, tandis qu'en coulisse, depuis 2014, Emmanuel Macron "deal" avec Uber
FLORIAN DAVID AFP

La revue d’actu de France-Soir est une revue de presse hebdomadaire articulée autour de l’actualité politique, économique et médiatique, tant française qu’internationale. Sans pour autant chercher à les ignorer, cette rubrique n’a pas forcément vocation à s’attarder sur les sujets les plus discutés de la semaine. Elle s’attache plutôt à revenir – avec un regard gentiment acerbe – sur des nouvelles parfois passées inaperçues au milieu de l’intense flux d’informations hebdomadaires.

Au programme de la RDA de France-Soir cette semaine : Uber Files et complotisme ou Renaissance versus LFI, Darmanin et ses forces d’élite, permis de conduire dématérialisé, Dupond-Moretti, Drahi et son empire (sous tension), révolte en Israël, une américaine persona non grata en Europe, Kissinger l’ami de Xi Jinping, scandale d’État autour d’un proche de Macron, le budget de Brigitte en hausse, comme la facture d’électricité et d’alcool des français… sans oublier les Européens qui s’appauvrissent, ou encore Justin Trudeau et Ursula qui nous divertissent !

Une huitième RDA riche et variée, mais surtout « complotiste » !


FRANCE


Cette semaine, si la presse a consacré une large partie de ses colonnes au spectacle proposé par le remaniement gouvernemental, de nombreux
autres sujets, souvent bien plus intéressants, ont eux aussi alimenté l’actualité française.

À commencer par le salissant scandale des Uber Files qui embête Emmanuel Macron depuis un an.

Mardi, France Info se penchait justement sur le « rapport parlementaire consacré [à ces] Uber Files, une vaste fuite de documents révélée (…) en juillet 2022 (…) [qui démontrent] une proximité étroite entre Uber et Emmanuel Macron qui s’est poursuivie après son élection à la présidence de la République ».

Avant toute chose, la chaîne d’information du service public tient à nous avertir : il n’est « pas facile de conduire une commission d’enquête lorsque les deux personnes qui la dirigent appartiennent à des partis opposés et ont des intérêts et des points de vue divergents ».

Voilà un bien doux euphémisme !

France Info nous indique que « cette commission, initiée par la France Insoumise (LFI), a été présidée par le député Renaissance Benjamin Haddad, un proche du président de la République, tandis que sa rapporteure, Danielle Simonnet, est membre de LFI ».

Résultat, France Info remarque « une dissonance dès l’introduction [du] rapport : "La rapporteure regrette que la commission d’enquête n’ait pu auditionner aucun des anciens membres du ministre de l’Économie de l’époque, puisque le bureau de la commission d’enquête s’y est systématiquement opposé. ».

En d’autres termes, la présidence de cette commission, asservie au chef de l’État, a tout fait pour entraver le bon déroulement de l’enquête parlementaire diligentée par l’opposition.

C’est tout du moins ce qu’affirmait, devant les caméras de LCP, Danielle Simonnet… qui se trouvait justement aux côtés de Benjamin Haddad… dans une atmosphère tendue.

Pour la rapporteure de cette commission, « les documents sont franchement incontestables. Vous regarderez dans le rapport qui est public l'ensemble des échanges de mails, de messages, de SMS entre Emmanuel Macron lui-même et Travis Kalanick, le PDG d'Uber, entre les membres de la direction d'Uber et d'autres membres du cabinet, il y a bien eu deal ».

Danielle Simonnet rappelle qu’elle a aussi eu accès « à des échanges de messages où Uber exige d'Emmanuel Macron ; demande à Emmanuel Macron, d'intervenir… et Monsieur Emmanuel Macron répond qu'il va personnellement s'en charger face à un arrêté qui était défavorable à Uber ».

La députée LFI ajoute qu’elle possède également « des échanges, qui n'avaient pas été transmis par la presse, de dirigeants d'Uber avec le cabinet de monsieur Bernard Cazeneuve ».

Or, Danielle Simonnet se souvient que « Monsieur Cazeneuve [a] dit : Je n'ai pas subi de pression de Monsieur Emmanuel Macron », ce qui, selon elle, rendrait finalement coupable le Premier ministre de l’époque d’un « mensonge par omission parce qu'il ne dit pas que les membres de son cabinet étaient [en réalité] en lien direct avec les dirigeants d'Uber ».

Des foutaises pour Benjamin Haddad ! L’élu de la majorité présidentielle est formel. À ses yeux, « il n’y a aucun conflit d’intérêts ».

Face à cette fin de non recevoir, Brigitte Boucher, journaliste de LCP, essaie d’interpeller ce proche du chef de l’État en lui lisant l’un des SMS envoyé à la direction d’Uber par Emmanuel Macron : « Nous avons eu une réunion hier avec le Premier ministre. Monsieur Cazeneuve a calmé les taxis. Je vais réunir tout le monde la semaine prochaine pour préparer la réforme et corriger la loi. Monsieur Cazeneuve a accepté le deal ».

En réaction, Benjamin Haddad tente d’abord de noyer le poisson, mais Brigitte Boucher revient à la charge, lui demandant de reconnaître que ces décisions prises à l’époque l’ont été « au prix d’un deal, vous êtes d’accord ? ».

Que nenni pour le député macroniste ! Il persiste et signe : « Non, il n’y a pas eu de deal ».

Au final, pour l'élue LFI, tout ceci démontre surtout pourquoi il « y a une urgence à organiser la séparation des lobbies et de l'État », d’autant que, selon elle, « lorsque les macronistes interviennent dans l'hémicycle [ou sur les plateaux de TV], ils n'assument pas d'avoir des amendements qui sont défendus par Uber, qui sont du copier coller de Total [ou] qui sont du copier coller de gros intérêts privés ».

Du coup, pour Danielle Simonnet, l’enseignement principal de cette enquête parlementaire est claire : « Il faut de la transparence »… là où Benjamin Haddad ne voit, lui, qu’un vulgaire « rapport complotiste et partisan de la France Insoumise ne reposant sur aucun élément nouveau ».

Une accusation en complotisme qui ne laissera d’ailleurs pas indifférent Olivier Dussopt.

Toujours ce même mardi, au cœur de l’hémicycle, le ministre du Travail s’attaquait lui aussi à Danielle Simonnet : « Que de mensonges, vous dites, Madame la députée ! Il y aurait eu un deal sacré ! (…) Chacune des assertions, chacune des affirmations qui sont les vôtres sont au mieux des mensonges ou au pire relèvent du complotisme ».

D’un ton narquois, Olivier Dussopt ponctuait sa tirade en affirmant : « Votre rapport est creux et c'est bien là la difficulté pour vous. Vous pensiez trouver un complot, vous n'avez trouvé que le droit et la loi ».

Deux jours plus tard, jeudi, sur Sud Radio, Danielle Simonnet s'amusait de ces réactions : « C'est vraiment moche parce que, franchement, d'avoir ça comme unique réponse, c'est considérer finalement que dans [ce] complot[isme], il n’y aurait pas simplement Simonnet, mais la majorité de la commission d'enquête qui a adopté le rapport, les journalistes du Monde, les journalistes de Radio France, de The Guardian et le lanceur d'alerte, Mark MacGann ».

En définitive, il faut bien admettre que le gros avantage de vivre sous le règne de partis qui ont vocation à devenir uniques, c’est que tout ceux qui ne sont pas d’accord avec eux sont des complotistes… voilà qui a au moins le mérite de décomplexifier considérablement les débats politiques.

Toujours est-il que cette semaine, par précaution, dans le cas où ces odieux complotistes diffamants à l’égard de la macronie deviendraient
toujours plus nombreux et menaçants, Gérald Darmanin a implicitement souhaité rassurer tout le monde.

Mercredi, LCP diffusait l’audition du ministre de l’Intérieur par la Commission des lois de l’Assemblée nationale.

Avec le recul, après les récentes violences urbaines, Gérald Darmanin en « est certain, l'utilisation du RAID, de la BRI, du GIGN, voire des PSIG, (…) a permis de rétablir le calme dans des conditions où chacun a vu que les gens étaient à la fois très violents et très jeunes ».

Même si le ministre n’oublie pas qu’à la base, ces « unités d'élite sont là soit pour le terrorisme, soit pour la très grande délinquance organisée, soit (…) pour pouvoir faire des filatures, interpeller des gens qui font des go fast, des choses extrêmement graves », il n'empêche que Gérald Darmanin aimerait tout de même bien aussi avoir le droit de jouer avec elles pour pouvoir, « peut être, mettre fin définitivement à certains axes de délinquance qui existent dans certains de nos quartiers et qui ne sont pas réglés par la police du quotidien, si j'ose dire, avec des moyens qui ne sont pas à la hauteur des gens très organisés que nous avons en face de nous ».

Mazette ! Le ministre de l’Intérieur n’aurait-il pas trouvé là la solution idoine pour enfin satisfaire tout le monde ?

De manière à rétablir, une bonne fois pour toutes, « le calme dans des conditions où chacun a vu que les gens étaient [par]fois très violents et très jeunes », pourquoi ne pas en effet laisser intervenir RAID, BRI et consorts afin « de mettre fin définitivement à certains axes de délinquance qui existent dans certains de nos quartiers [financiers et politiquement influents] et qui ne sont pas réglés par la police du quotidien, si j'ose dire, avec des moyens qui ne sont pas à la hauteur des gens très organisés que nous avons en face de nous » ?

Très en vue cette semaine, le locataire de Beauvau s’était déjà
exprimé, ce lundi, pour annoncer une nouvelle mesure « progressiste ».

Lors d’une conférence de presse retransmise par BFMTV, le ministre de l’Intérieur proclamait « la dématérialisation totale du permis de conduire ». Gérald Darmanin précisait toutefois « [qu’]il ne s’agit pas de remplacer de manière dématérialisée un permis physique, il y aura toujours un permis physique (…), mais parallèlement à ce permis physique, il y aura [désormais aussi] un permis dématérialisé que vous pourrez avoir sur votre téléphone ».

Traduction : la dématérialisation est « totale »… mais pas immédiatement.

Sortis en meute gouvernementale ce jour-là : outre le ministre de l’Intérieur et la Première ministre, Élisabeth Borne, se trouvait également à leurs côtés Éric Dupond-Moretti… qui, pour sa part, semblait heureux d'annoncer la fraîche « création d’un délit de dénonciation frauduleuse [pour les] conducteurs auteurs d’une infraction ».

Dans un style dont lui seul a le secret, le ministre de la Justice explicitait ce charabia : « Vous savez, c’est ces petits malins qui, pour ne pas perdre de points, dénoncent la grand-mère », puis en se retournant vers Gérald Darmanin, tout en le pointant de la main, il ajoutait : « ou le grand-père, qui accepte naturellement d’être le faux auteur de l’infraction ainsi commise ».

Éric Dupond-Moretti, alias le seul garde des Sceaux d’un pays dit démocratique à être lui-même menacé d’un procès pour prise illégale d’intérêts, concluait son discours en affirmant qu’il « ne veut plus de cela ! C’est trop facile. Chacun doit évidemment assumer sa responsabilité ».

Bien dit ! Ne serait-il d’ailleurs pas plus efficace de directement envoyer la BRI et le RAID interpeller ces usurpateurs d’identité de la route… sans oublier leurs grands-parents complices… et donc certainement complotistes ?

Qui roulera verra.

Petit point noir malgré tout au milieu de ces nouvelles toujours plus réjouissantes les unes que les autres, celle corrélée à une récente mesure macroniste qui pourrait,
cette fois, peut-être, courroucer le ministre de la Justice.

Une information qui nous était rapportée lundi par Les Échos. Le quotidien explique que « Bercy envisage d'augmenter les taxes sur l'alcool ». Selon un député interrogé par le journal économique, « cette piste semble [même] déjà arbitrée ».

Les Échos expliquent que, « concrètement, l'idée serait d'indexer les droits d'accise perçus sur les boissons alcoolisées sur l'inflation de l'année » précédente, plutôt que sur celle d’avant.

D’après les bruits de couloir entendus à Bercy par le quotidien, cette mesure permettrait, à terme, de rapporter « quelques centaines de millions d’euros » supplémentaires dans les caisses d’un État décidément très glouton.

 

MONDE

 

Lundi, Le Figaro s'attardait sur ces « proches de Patrick Drahi empêtrés dans un scandale de corruption au Portugal ».

Selon le quotidien, « le Département central d'investigation et d'action pénale du ministère public portugais s’inquiète de pratiques de corruption passive et active dans l’attribution de contrats passés par Altice Portugal avec des fournisseurs locaux ».

Ce qui aurait pu rester une vulgaire affaire de corruption comme tant d'autres s’avère être finalement bien plus problématique pour le propriétaire de BFMTV et de SFR. Selon Le Figaro, « l’un des plus vieux compagnon de route de Drahi et parfois considéré comme son bras droit officieux, Armando Pereira, a même passé le week-end en prison ».

Le Figaro précise que « Armando Pereira était régulièrement missionné par Patrick Drahi, qu’il connaît depuis trente ans, sur certaines tâches stratégiques, comme la remise sur pied de SFR en France l’an passé. Plus qu'un associé, c'est un véritable ami et frère en affaires de Patrick Drahi, son homme de confiance qui est, aujourd'hui, au cœur d'une tempête judiciaire ».

Cette procédure ne fait pas seulement grand bruit parce qu’elle touche le « frère » de l’empereur Drahi. Selon Le Figaro, « de l’autre côté de l’Atlantique par exemple, le scandale éclabousse [aussi] l’un des hommes forts de la firme, Alexandre Fonseca. Ex-directeur général d’Altice Portugal et désormais codirecteur général du groupe au niveau mondial ainsi que président du conseil d’administration d’Altice USA ».

Patrick Drahi, l’un des géniteurs de la macronie, a manifestement encore beaucoup de choses à apprendre à son « frère » et à ses plus proches collaborateurs.

Mardi, i24News, une autre chaîne de l’empire Drahi, nous rappelait que du côté de l’État hébreu, « depuis l'annonce en janvier du projet de réforme du système judiciaire, des dizaines de milliers de personnes manifestent chaque semaine dans l'un des plus grands mouvements de contestation de l'histoire d'Israël ».

Un peu à la manière de BFMTV en France, la chaîne d’info israélienne semble chercher à minimiser l’importance de la mobilisation observée dans les rues du pays. i24News estime par exemple qu’ils n’étaient que « des milliers d'Israéliens [à s’être] à nouveau mobilisés, bloquant des gares et des routes, pour dénoncer le projet de réforme judiciaire porté par le gouvernement de Benjamin Netanyahou, qu'ils voient comme une menace pour la démocratie ».

Enfin, tous ne verront plus forcément cette menace avec le même regard après ce rassemblement puisque i24news précise que « plusieurs manifestants ont été blessés, l'un d'entre eux ayant été touché à l'œil par le jet d'[un canon à] eau ».

De son côté, Radio France internationale estime « [qu’]Israël [vient] de nouveau [d'être] paralysé ce mardi 18 juillet par des manifestations d’ampleur ».

Même constat du côté d'Anonyme Citoyen. Le compte Twitter spécialisé dans la couverture de mouvements sociaux français et internationaux commentait, le même jour, une vidéo montrant le déploiement d’un « canon à eau de la police contre des manifestants à Tel Aviv alors que les manifestations contre la réforme judiciaire de Netanyahu prennent de l'ampleur en Israël ».

Rebelote samedi, où Anonyme Citoyen partageait une nouvelle vidéo montrant une importante foule participant à une « marche partie mardi soir pour relier Tel Aviv à Jérusalem (70 km) [et qui] rassemble aujourd'hui des milliers de manifestants »

RFI résume assez bien l’impasse politique dans laquelle se trouve actuellement le pouvoir israélien : si « ses détracteurs dénoncent une réforme antidémocratique, le gouvernement du Premier ministre Benyamin Netanyahu, défend au contraire une réforme nécessaire ».

La station de radio internationale note aussi que Washington « se dit préoccupé par la situation », notamment parce que « les employés de la high tech (…), un secteur économique clé en Israël, organisent des débrayages », ou encore parce que « dans l’armée, les pilotes de combat refusent également de s'entraîner pour protester contre la réforme ».

Manifestations hebdomadaires d’ampleur, usage de canons à eau, blessure à l’œil d’un manifestant, situation considérée comme préoccupante à l’internationale, mesure jugée antidémocratique mais nécessaire… Qu’importe cette liste, d’après RFI, Benyamin Macronyahu reste « déterminé à mener [jusqu'à son terme] sa réforme de la Justice ».

Deux jours plus tard, jeudi, RFI remarquait que les répercussions politiques de cette situation étaient telles qu’elles auraient même été jusqu’à atteindre Tsahal en pleine opération.

Selon la station de radio internationale, « une vidéo qui circule sur les réseaux sociaux en Israël et qui est partagé par plusieurs ministres de l’aile droite du gouvernement [montrerait] des soldats en difficulté en terrain ennemi [qui] demandent le soutien de l’aviation. La réponse des pilotes sur l’appareil de transmission est cinglante : Êtes-vous en faveur de la réforme judiciaire ? ».

RFI explique que le Premier ministre israélien s’est ensuite présenté à la télévision pour déclarer que « si des éléments dans l’armée tentent par des menaces d’agir sur la politique du gouvernement, c'est contraire aux principes de toutes les démocraties. Et s’ils arrivent à mettre à exécution leur menace, c’est la fin de la démocratie, véritablement la fin de la démocratie ! ».

Un peu à l’image de ceux qui passent en force leurs réformes contre l’avis de leur peuple (souverain).

De retour sur le continent américano-européen, mercredi, France-Soir nous apprenait « [qu’]après une semaine de polémique, l'Américaine Fiona Scott Morton renon[çait] [finalement] elle-même au poste clé de la direction générale de la concurrence européenne, faute d'une confiance nécessaire de la part des Vingt-Sept ».

France-Soir explique que « si sa candidature était soutenue par Ursula von der Leyen, nombreux ont été les responsables politiques à s'y opposer. Et pour cause ! Fiona Scott Morton est une Américaine qui a passé l'essentiel de sa carrière au service des GAFAM, mais aussi au ministère américain de la Justice ».

Le même jour sur Twitter, le journaliste Alexis Poulin réagissait à ce désistement de dernière minute : « Fiona Scott Morton refuse poliment sa nomination à la DG concurrence. Pour un ballon d’essai, il s’est dégonflé.

Les potentats européens ne sont pas (encore) prêts à être gouvernés par les US directement. Ils leur préfèrent encore des Young Leaders locaux, élevés au bon grain de Washington ».

Pas tous… puisque, par exemple, pour rappel, le jeune Darmanin aurait plutôt été du genre à préférer le bon grain de l'Action française à celui de Davos.

Ce pedigree différent de la norme macronienne pourrait-il expliquer pourquoi le Caliméro de Beauvau « se sent [aujourd'hui] trahi » de ne pas avoir été choisi à Matignon pour remplacer Élisabeth Borne, tel que le rapportait Le Parisien samedi ?

Seul Jupiter... et McKinsey ont la réponse.

Autre
continent, autre pays, autres mœurs.

Jeudi, Le Figaro mettait en avant une nouvelle surprenante : le président chinois, Xi Jinping, a déclaré éprouver de la considération pour un être humain. L’heureux élu n’est autre que l’ancien secrétaire d’État américain Henry Kissinger.

À l’occasion d’une visite à Pékin, le centenaire américain a été reçu en grande pompe par les autorités chinoises. Dans une courte vidéo soigneusement montée, les deux hommes font face à un parterre de diplomates masqués, Xi Jinping déclare sa flamme à Kissinger : « Le peuple chinois apprécie l'amitié, et nous n'oublierons jamais notre vieil ami et votre contribution historique à la promotion du développement des relations sino-américaines et au renforcement de l'amitié entre les peuples chinois et américain ».

Fait rarissime, Xi Jinping regarde ensuite son interlocuteur droit dans les yeux en lui expliquant qu’il lui porte « un grand respect ».

Une marque d’affection qui a sans nul doute touché l’ancien lieutenant de Richard Nixon, connu pour avoir permis le rapprochement entre la Chine et les États-Unis au cours des années 70. Période durant laquelle, cet humaniste, ami des plus grands, avait également su apprécier les mouvements politiques qui secouaient alors l’Amérique latine… comme, par exemple, au Chili, où il avait notamment assuré à Augusto Pinochet être « de tout cœur avec » lui après son putsch fasciste contre Salvador Allende.

Cet indécrottable défenseur de la liberté des peuples rendait ensuite la politesse au président chinois, avant de lui rappeler que « les relations entre [leurs] deux pays seront cruciales pour la paix dans le monde et le progrès de nos sociétés ».

Ou pour la guerre et le déclin démocratique.

 

ÉCONOMIE


Lundi, Marianne nous racontait l’histoire d’une « opération financière [qui] a tout de la fable libérale : faire ruisseler l’épargne populaire vers les entreprises, [mais qui] a [finalement] tourné à la farce ».

Le magazine explique que « le fonds baptisé Bpifrance Entreprises 1, lancé en plein Covid et piloté par la Banque publique d’investissement (la BPI, désormais Bpifrance), pourrait même virer au scandale d’État ».

Selon Marianne, « 200 collaborateurs de la BPI » seraient soupçonnés de « prise illégale d’intérêts », « dont le grand patron, Nicolas Dufourcq (...), un [autre] proche d’Emmanuel Macron ». Pour appuyer ses conclusions, le magazine cite « un rapport de la Cour des comptes passé totalement inaperçu » qui démontrerait que, dans cette affaire, « le profit est énorme : les [bénéficiaires] ont doublé leur mise en moins de deux ans et demi, soit un gain d’un peu plus de 100 millions d’euros ».

En bon macroniste avisé, Nicolas Dufourcq ne devrait néanmoins pas avoir trop de mal à s’absoudre de toute critique en accusant les journalistes de Marianne, ainsi que les membres de la Cour des comptes, d’être des complotistes.

Mardi, BFMTV s'intéressait à un autre « rapport de la Cour des comptes sur les services de la présidence [qui] dévoile le coût de "l'activité propre" de Brigitte Macron à l'Élysée en 2022 ».

Selon la chaîne d’info, « le fonctionnement de son cabinet, [avec] ses quatre collaborateurs en partie partagés avec Emmanuel Macron coûtent à la présidence de la République 315.808 euros. [Un] chiffre en légère augmentation par rapport à 2021 (292.454 euros) ».

BFM précise que « cette estimation ne comprend cependant pas les activités mutualisées avec le chef de l'État comme les déplacements communs, la "coiffeuse maquilleuse pour les activités officielles" ou sa sécurité », ni ses « dépenses de vêtements » puisque « les tenues arborées par l'ancienne professeure de français lors de représentations officielles comme lors des dîners d'État sont généralement prêtées par des maisons de couture ».

Le montant de la rémunération de Mimi Marchand n’a pas non plus été communiqué.

Toujours ce même
mardi, le journal allemand Bild relayait un article (réservé aux abonnés) du Wall Street Journal paru la veille. Le journal économique américain remarque que « les Européens s’appauvrissent » et que « les dépenses de consommation en Europe sont en chute libre ».

Le Wall Street Journal, qui joue avec les clichés, observe par exemple que « les Français boivent moins de vin. Les Espagnols [consomment moins] d'huile d'olive. Les Finlandais ne s’autorisent un sauna que lorsqu'il y a du vent. En Italie, il y a des réunions de crise à cause du prix des pâtes et en Allemagne, les ventes de produits bio se sont effondrées ».

Bild ajoute qu’en 2008, « selon le Fonds monétaire international, [le produit national brut] était de 12,6 billions d'euros en Europe et de 13,1 billions d'euros en Amérique. [Or,] il s'élève actuellement à 13 300 milliards d'euros en Europe, soit une maigre augmentation de 6 % [alors qu’]aux États-Unis il a grimpé à 23 100 milliards d'euros. [Soit] plus de 82 % !

Conséquence : l'Europe est en récession depuis le début de l'année, alors que l'économie américaine affiche actuellement une croissance de 2,3 %. De plus en plus d'entreprises choisissent d'investir aux États-Unis plutôt qu'en Europe ».

Fiona Scott Morton serait dégoûtée… de ne pas avoir pu encore davantage creuser l’écart.

Autre joyeuseté économique de la semaine : 
mardi, Les Échos nous prévenaient que « le gouvernement se résout à [imposer] une hausse de 10% des prix de l'électricité ».

Le quotidien économique précise que cette nouvelle augmentation « s'appliquera à tous les ménages, commerçants, artisans, petites TPE dont la consommation est inférieure à 36 kVA. Elle représentera un surcoût moyen d'un peu plus de 160 euros par an pour une facture moyenne qui tourne autour de 1.640 euros, pour les ménages qui se chauffent à l'électricité ».

Le lendemain, mercredi, CNews donnait la parole à Nicolas Meilhan, présenté par la chaîne d’info comme un « expert en énergie ». D’après lui, cette « hausse est incompréhensible, puisque le coût de l'électricité en France n'a pas bougé depuis 40 ans. Il est de 60 € du mégawatt/heure ».

Nicolas Meilhan souligne « qu'en 2021, nous avons produit 90 % de notre électricité avec du nucléaire et du renouvelable [et] en 2023, nous allons [également] produire 90 % de notre électricité avec du nucléaire et du renouvelable… pourtant, entre les deux, la facture des Français va doubler (…) [notamment à cause de] la fin du bouclier tarifaire ».

Pour l’expert, « l'équation est simple. L'électricité en France coûte 6 centimes du kilowattheure à produire. C'est la moins chère d'Europe. Nous la payons jusqu'ici 15 centimes et demain, nous allons devoir la payer 30 centimes. Il faut [donc] que le gouvernement nous explique où part l'argent, où vont les 15 centimes, comment une facture d'électricité peut doubler si le coût de production n'augmente pas ».

Demander à ce gouvernement « où part l’argent » revient à demander à un enfant s’il a une idée de « où sont passés tous les bonbons qui se trouvaient dans le bocal familial ».

Mercredi, Euronews révélait que « les eurodéputés (…) affirm[ent] qu'un document envoyé par la Commission européenne exhorte les pays de l'UE à affaiblir leurs exigences en matière de transparence fiscale ».

Selon Evelyn Régner, vice-présidente du Parlement européen, « les orientations fournies dans [cette] lettre ne sont pas des orientations techniques. Elles ont [surtout] une influence politique, ce qui constitue une transgression (…) [et] outrepasse clairement le mandat de la Commission européenne et, dans notre dos, celui des colégislateurs ».

L’eurodéputée Manon Aubry (GUE) confirme que, « dans le plus grand secret, la Commission [a] envo[yé] une note aux États membres leur demandant d'appliquer des règles minimales de transparence »… avant de questionner la Commission devant l’hémicycle : « Qui vous a donné ce mandat ? ».

« Mandat » et « transparence », deux mots qu’il faudrait songer à qualifier de complotistes, tant ils menacent le bon déroulement des institutions européennes.

 

MÉDIAS

 

Mardi, le Huffington Post annonçait que « l’ONG Reporters Sans Frontières entame de nouvelles démarches judiciaires en France, après les violences policières subies par des journalistes français en marge de la marche pour Adama Traoré à Paris, le 8 juillet dernier ».

Le média numérique ajoute que « parmi ces journalistes figure Pierre Tremblay, vidéaste du HuffPost. Soutenu par Le HuffPost, il a de son côté déposé plainte jeudi 13 juillet devant l’inspection générale de la Police nationale (IGPN), pour violences volontaires par personne dépositaire de l’autorité publique ».

Le journaliste du HuffPost se plaint « [d’]avoir été violemment bousculé par un policier de la Brav-M, ce qui l’a fait chuter au sol, alors qu’il filmait l’interpellation musclée de Youssouf Traoré ».

Touché « au poignet, avec une incapacité reconnue médicalement à faire son travail de journaliste vidéaste en raison de cette blessure », Pierre Tremblay n’est cependant pas un cas isolé, puisque le journal précise qu’il s’agit de « la 22e plainte [déposée par] RSF pour violences policières sur des reporters en France depuis 2019 ».

Trois jours plus tard, vendredi, un communiqué du Syndicat National des Journalistes dressait une « liste des dérives [qui] commence à être trop longue pour estimer qu’il n’y a pas de problème », avant d’ajouter que « malheureusement sur le terrain, les directives ne redescendent pas : la Brav-M et d’autres corps de police (…) continuent à viser expressément des journalistes ».

À quand La nuit des Longues Matraques, BRI et RAID mettraient définitivement fin aux agissements incontrôlables de la Brav-M ?

 

DIVERS

 

Lundi, TF1 nous rapportait une bonne nouvelle.

La première chaîne TV de France écrit : « dimanche 16 juillet, la presse australienne a relayé le récit incroyable de Tim Shaddock. Ce marin australien de 51 ans a dérivé pendant près de deux mois dans l'océan Pacifique, avec pour seule compagnie Bella, une chienne errante qu'il avait trouvée au Mexique et emmenée avec lui ».

TF1 précise que « le voyage fut long pour lui et son acolyte. Partis en avril de la ville balnéaire de La Paz, au Mexique, ils prévoyaient de parcourir environ 6000 km à bord de leur catamaran. Objectif : jeter l'ancre en Polynésie française. Mais, quelques semaines à peine après leur départ, une mer agitée a endommagé l'embarcation au point qu'aucun équipement électronique ne fonctionnait. Avec les appels d'urgence hors service, les deux compagnons ont donc passé près de deux mois, à la dérive, seuls au monde ».

Heureusement, ce « périple a pris fin grâce au secours d'un navire de pêche mexicain qui croisait [leur] chemin ». Une fois les deux pieds (et les quatre pattes) posés sur la terre ferme, Tim Shaddock, l’intrépide marin, déclarait : « J'ai lutté, vous savez. Ma santé se détériorait, j'avais très faim. Aujourd'hui, je suis tellement reconnaissant… [J’avais] perdu tout espoir ».

Une belle aventure et un puissant enseignement pour les esprits les plus pessimistes : quiconque se trouve à la dérive, sans aucun espoir, conserve toutes ses chances de s’en sortir.

La dernière sucrerie de la semaine nous est offerte par Justin Trudeau et Ursula von der Leyen.

Vendredi, L’Actualité, un magazine mensuel canadien, nous apprenait que, plut tôt dans la journée, « le premier ministre Justin Trudeau a[vait] fait l’éloge de la Commission européenne et de sa (…) présidente en remettant à Ursula von der Leyen l’équivalent judiciaire du prix Nobel de la paix ».

Sans blague.

Le magazine précise que « M. Trudeau a effectué un voyage spécial d’une journée aux Nations Unies pour le dernier jour du Congrès mondial du droit, où des juristes du monde entier se réunissent tous les deux ans pour vanter les vertus démocratiques de la primauté du droit ».

Justin Trudeau a alors chaudement félicité la Présidente (pro-américaine) de l'Europe en lui assurant qu’elle « nous montr[e] comment le respect de la dignité de tous conduit à la force de protéger la paix, quoi qu’il arrive ».

Une fois son prix récupéré, Ursula la va-t-en-guerre a d’abord tenu à remercier le Premier ministre (pro-américain) du Canada : « Cher Justin, mon ami. Merci beaucoup pour vos mots »… avant de gratifier l’assemblée d’un discours laconique, d’un bon quart d’heure, pour notamment mettre en avant la manière avec laquelle l’UE permettrait, selon elle, de consolider la paix sur le continent.

Les Ukrainiens, les Nord-Irlandais et autres populations des Balkans apprécieront…

Le plus lunaire, dans cette obscure réunion à la fois divertissante et transgressive, est certainement l’intitulé exact du prix reçu par Ursula : « Prix mondial de la Paix et de la Liberté ».

En bref, une belle histoire... orwellienne.
 

  • Wolf Wagner, journaliste indépendant pour France-Soir

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