Alerte de sécurité pour les Américains présents en Ukraine: qu’y-a-t-il derrière?

Auteur(s)
Jean Neige, pour FranceSoir
Publié le 30 août 2022 - 11:05
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Exercice nucléaire Zaporizhzhia Ukraine
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Dimitar DILKOFF / AFP
Un exercice dans la ville de Zaporizhzhia en Ukraine, en cas d'un éventuel incident nucléaire à la centrale nucléaire de la ville, le 17 août 2022.
Dimitar DILKOFF / AFP

CHRONIQUE — Le 23 août, l’ambassade des États-Unis en Ukraine a publié un message enjoignant tous les Américains présents en Ukraine de quitter le pays. L’inquiétude, déjà élevée, est montée d’un cran.

La dernière fois que les Américains ont ordonné l’évacuation de leurs ressortissants était le 11 février dernier. À l’époque, seuls quelques pays proches des États-Unis avaient pris cet avertissement au sérieux et emboité le pas. Depuis le 24 février, on sait qu’ils avaient raison. On est donc tenté cette fois de ne pas prendre à la légère cette nouvelle alerte.

Une intensification de l’offensive russe ?

Quand on regarde en détail le message d’alerte de l’ambassade américaine à Kiev, il fait allusion expressément au fait que « la Russie augmente ses efforts pour lancer des frappes contre les infrastructures civiles et les enceintes gouvernementales de l’Ukraine dans les prochains jours. » Le bombardement de la gare de Chapline (voir ci-dessous) semble s’inscrire dans cette perspective.  Mais, on est encore loin de quelque chose de majeur qui serait un tournant du conflit.

Par ailleurs, il n’est pas précisé si ce message d’évacuation s’adresse aussi au personnel de l’ambassade.

D’après l’expert américain indépendant Scott Ritter, qui dit se fonder sur des sources ouvertes, la Russie serait en train de constituer 3 grands groupes d’attaque, au nord, au centre et au sud, pour reprendre sa progression en Ukraine. Cette nouvelle phase offensive serait appuyée par le déploiement de 400 à 500 avions de combat, un nombre qui n’aurait jusqu’ici jamais été atteint sur le front. L’information est disponible notamment sur le compte Telegram russe Masno, qui dénombre 400 avions et 360 hélicoptères de combat, dont 150 d’attaque, aux frontières de l’Ukraine.

Cependant, le site understandingofwar (ISW), très proche du Pentagone, n’est pas du même avis et estime que la Russie a atteint le maximum de son potentiel. Il est utile de préciser que ce site américain ne cesse de dénigrer la Russie, minimisant systématiquement ses succès sur le front, et annonçant sa défaite. Ils sont plus dans la propagande stratégique que dans l’analyse objective. Ils semblent absolument chercher à convaincre le public que l’Ukraine peut et va gagner, pour le convaincre qu’il faut soutenir l’effort de guerre colossal en sa faveur.

Sur le terrain, après une pause opérationnelle qui a suivi la conquête de la région de Louhansk, les forces de la coalition russe ont repris ces derniers jours leur progression dans la région de Donetsk, s’attaquant à des zones fortifiées ukrainiennes qu’ils n’avaient pas osé affronter jusque-là, comme à Marivka, Peski ou Zaitseve, alors que l’offensive plus au nord, sur Siversk, Soledar et Bakhmut, semble stagner. Le ministre de la Défense russe, Sergei Shoigu, a déclaré le 24 août que le ralentissement des opérations était dû à la volonté de réduire les victimes civiles, ce que l’ISW s’est empressé de railler, affirmant que c’est le manque de capacité qui est responsable du ralentissement de la progression russe depuis début juillet. Il demeure que l’ISW semble contredire l’ambassade américaine sur les capacités offensives de la Russie en Ukraine. 

Une vengeance suite à l’assassinat de Daria Douguina ?

L’assassinat de la fille du philosophe Alexandre Douguine a choqué la Russie. Pour Douguine, l’épreuve a dû être terrible, puisque qu’il a vu pour ainsi dire sa fille mourir sous ses yeux, dans l’explosion de la voiture qu’il aurait dû conduire. Les Ukrainiens comme les Anglo-saxons se sont empressés de mettre l’assassinat sur le dos de « résistants russes ». D’autres, dans une démarche de renversement accusatoire, ont supposé que le régime de Vladimir Poutine avait lui-même commis cet acte odieux dans le but d’accuser l’Ukraine et de justifier une escalade de la violence. Une nouvelle théorie du complot bien poussive ! Vladimir Poutine a le soutien de près de 80% des Russes, ce qui est 15 à 20 points de plus qu’à la veille de l’invasion. Comment peut-on imaginer qu’il ait pu avoir l’idée de sacrifier un des esprits russes les plus brillants de sa génération pour justifier quoi que ce soit dans l’opération militaire spéciale qu’il a lancée ? Il fait ce qu’il veut.

Il demeure que, pour des âmes binaires, de tels actes comme l’assassinat d’une jeune et brillante intellectuelle russe, qui était francophone, appellent un désir de vengeance immédiat. Mais la réaction d’Alexandre Douguine a été digne. Il a déclaré que sa fille n’avait « jamais appelé à la violence et à la guerre. (…) Il a rajouté : « Elle était une étoile montante au début de son voyage. Les ennemis de la Russie l'ont sournoisement tuée. Mais nous, notre peuple, ne pouvons pas être brisés même par des coups aussi insupportables. Ils voulaient écraser notre volonté par une terreur sanglante contre les meilleurs et les plus vulnérables d'entre nous. Mais ils ne l'obtiendront pas. Nos cœurs aspirent à plus qu'une vengeance ou un châtiment. C'est trop mesquin, pas russe. Nous n'avons besoin que de notre Victoire. Ma fille a déposé sa vie de jeune fille sur son autel. Alors, gagnez, s'il vous plait ! […] ».

La peur de l’incident nucléaire

En fait, suite aux récentes polémiques autour de la centrale nucléaire dite de Zaporojie, qui se situe à Energodar, le premier réflexe est de craindre un incident majeur sur place, un nouveau Tchernobyl, qui pourrait justifier cette évacuation des Américains.

Les Russes sont accusés de maintenir des troupes dans le périmètre de la centrale, mais ces derniers rétorquent que les troupes sont là pour parer à d’éventuelles opérations de sabotage. Et les faits semblent leur donner raison.

La première attaque ukrainienne contre la centrale, passée relativement inaperçue, a eu lieu le 21 juillet, via des drones kamikazes. Une vidéo filmée avec un drone et mise en ligne par Инсайдер UA, un compte Telegram ukrainien, montre une explosion sur un véhicule isolé, puis une explosion près d’un groupe de tentes, suivie de la panique de dizaines d’individus qui sortent des tentes et se sauvent en courant. Le message accompagnant la vidéo précise que l’attaque a fait trois morts et douze blessés. Le plus probable est que ces hommes étaient sur place pour renforcer la sécurité de la centrale, car les tentes n’apparaissent pas sur les images de Google Maps, à moins que ce ne furent des civils appelés en renfort pour assurer le fonctionnement de la centrale. Rien ne montrait qu’il s’agissait de militaires. La musique accompagnant la vidéo commence par ces mots : « Energodar, c’est l’Ukraine », un slogan que les nationalistes ukrainiens aiment afficher partout où les villes sont contestées.  Le véhicule ciblé, d’après le commentaire, était équipé de canons anti-aériens – un type d’armement qui semble légitime sur ce genre de site – et de lance-roquette Grad.

En août, les bombardements sur la centrale sont devenus presque quotidiens. Les Russes ont répliqué par des bombardements, notamment vers Nikopol, situé sur le versant nord du fleuve Dnepr contrôlé par l’Ukraine, d’où viendraient les tirs. On ne parvient pas à savoir d’où les Russes ont tiré sur la région de Nikopol. Cependant, si les preuves qu'ils ont tiré à partir de la centrale existaient, l’Occident ne se serait pas privé de les montrer. 

Pour se faire une idée plus précise de qui bombarde la centrale et la ville adjacente, on peut consulter cette étude rapide faite avec les moyens du bord.

Lire aussi : Études d’impact sur la zone de la centrale nucléaire de Zaporojie

L’enjeu de la perte de la centrale pour l’Ukraine

La centrale nucléaire de Zaporojie, la plus grande d’Europe, fournissait 20 % de l’électricité pour l’Ukraine. Sa perte est un handicap majeur pour le pays.

La Russie, qui occupe le site depuis début mars, serait en phase de déconnecter la centrale du réseau ukrainien pour exclusivement fournir en électricité tous les territoires du sud de l’Ukraine qu’elle contrôle, notamment la Crimée en déficit d’énergie.

D’après Petro Kotin, le chef de l’agence atomique ukrainienne interviewé dans le Guardian, l’opération de déconnection de la centrale du réseau ukrainien serait dangereuse, car il ne resterait plus qu’une seule source de courant pour refroidir les réacteurs. L’Ukraine a aussi tout intérêt à dénoncer cette opération qui nuirait à son propre approvisionnement en électricité.

Dans des circonstances similaires de perte de contrôle de ressources énergétiques, en 2015, le pouvoir ukrainien avait secrètement passé un accord avec les séparatistes du Donbass pour leur acheter le charbon qu’ils contrôlaient et dont l’Ukraine avait un besoin impérieux.

Mais depuis, l’Ukraine de Zelensky a arrêté et poursuivi pour haute trahison l’architecte supposé de cet accord, Viktor Medvetchuk, par ailleurs opposant principal à ce même Zelensky. L’ex-président Poroshenko a même été inquiété dans le cadre de l’enquête, et avait reçu en décembre 2021 l’injonction d’un tribunal à Kiev de ne pas quitter le territoire. Aux dernières nouvelles, il avait réussi à s’échapper vers Londres.

Que cherche Kiev ?

Le gouvernement ukrainien actuel ne parait donc certainement pas dans la logique de négocier quoi que ce soit avec les Russes, même si cela signifie se tirer une balle dans chaque pied. Seul le rapport de force semble pour eux envisageable, même s’il ne leur est pas favorable et même s’il s’agit ici de faire du chantage à la catastrophe nucléaire.

Ne pouvant reprendre militairement le contrôle de la centrale, au moins à court terme, les Ukrainiens pourraient avoir pour objectif d’obtenir sa démilitarisation et son contrôle effectif par l’ONU. Or, ils ne peuvent obtenir cela spontanément des Russes, sauf à ce que les bombardements répétés rendent la situation ingérable pour ces derniers. Kiev a donc intérêt à forcer la main de l’occupant, à créer des incidents en lui faisant porter le chapeau, et ce, afin de le discréditer aux yeux du monde, de l’empêcher de démontrer sa bonne gestion de la centrale et d'opérer la rupture du réseau. Ce faisant, même si cela est contradictoire avec l’objectif que l’ONU prenne la centrale en main, l’Ukraine a également intérêt à retarder la visite de l’Agence internationale de l'énergie atomique, ou à la perturber. Du point de vue ukrainien, il faudrait que les Russes soient convaincus qu’ils n’auront jamais la paix dans cette centrale stratégique. C’est bien sûr un jeu dangereux, mais l’Ukraine est dans une situation économique désespérée. Et, quoi qu’ils fassent, ils savent qu’ils bénéficieront toujours de la protection des Anglo-saxons, des Baltes et des Polonais.

L’approche ukrainienne a plutôt bien fonctionné jusqu’ici, puisque le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres a déclaré que l’électricité produite à la centrale appartenait à l’Ukraine, et tous les pays occidentaux ont appelé au départ des Russes de la centrale pour régler les problèmes. Cela reste largement un vœu pieux, car tout indique que la Russie est là pour rester.

Le compromis possible serait le statuquo, que les Ukrainiens continuent à bénéficier du courant de la centrale, sans plus avoir à en assumer le coût de fonctionnement, tout en laissant les Russes la connecter aussi à leur réseau.

Que cherche Moscou ?

La Russie n’aurait aucun intérêt à créer des incidents autour de la centrale. Prétendre le contraire est un grave défi au bon sens et réclame des contorsions de logique absolument ubuesques dont seul BHL et ses adorateurs comme Aline Le Bail-Kremer sont capables.

Petro Kotin prétend que ce serait les Russes qui bloqueraient la visite de l’AIEA. Mais Moscou a objectivement intérêt à la visite sur place de l’Agence Internationale pour l’énergie atomique, et ce, afin de prouver qu’ils maitrisent la gestion de la centrale, mais également pour montrer les dégâts dus aux bombardements de Kiev. Sur le site de la délégation russe aux Nations Unies, on peut lire leurs déclarations officielles.

Le 11 août, I’Ambassadeur russe auprès de l’ONU, Vassily Nebenzia, déclarait que la délégation russe avait donné son accord à une visite de l’AIEA sur le site de la centrale depuis le 3 juin, mais que cette dernière avait été bloquée par le Département de la Sureté et la Sécurité des Nations Unies. Il ajouta : « Nous sommes convaincus que l'annulation d'une mission internationale a fait le jeu du régime de Kiev et de ses parrains occidentaux qui s'étaient initialement opposés à cette visite. Ils ne voulaient pas que l'AIEA s'assure que l'usine de Zaporozhye fonctionnait de manière routinière et que l'environnement de travail parmi le personnel était normal. » Le territoire étant de jure ukrainien, l’AIEA a aussi besoin de l’accord de l’Ukraine pour visiter la centrale.

Le 23 août, le même ambassadeur donnait la longue liste des attaques contre la centrale et ses environs, quasi-quotidiennes, dont la plupart seraient effectuées avec des systèmes d’armes de l’OTAN, dont des M777 américains, illustrations à l’appui.

Le 24 août, il précisait que ce qui semble bloquer la visite de l’AIEA est l’incapacité de la Russie de garantir la sécurité de l’AIEA si les Ukrainiens décident de continuer à bombarder la centrale : « Nous l'avons dit dès le premier jour que nous sommes prêts à donner des assurances sur ce dont nous sommes responsables. Nous ne pouvons donner aucune assurance au nom des Ukrainiens étant donné que la centrale est bombardée par la partie ukrainienne, ce qui est un fait accompli. Malgré ce qu'ils disent à ce sujet, nous ne pouvons pas donner des garanties en leur nom. Nous pouvons le faire en notre nom ». Voilà où achoppent les négociations.

Du reste, cela rappelle beaucoup les problématiques gérées par l’OSCE dans le Donbass pour négocier des « fenêtres de silence » sur la ligne de front afin de permettre des réparations d’infrastructure cruciale pour les populations. Selon des sources variées, ces fenêtres de silence étaient souvent violées par la partie ukrainienne. Ils sont donc parfaitement capables de créer un incident pendant la visite de l’AIEA.

Au passage, dans une approche toujours aussi manipulatrice, le Figaro prétend qu’Emmanuel Macron a « réussi à arracher » un accord avec Vladimir Poutine pour que l’AIEA visite la centrale. Sauf que les Russes, comme on l’a vu, sont favorables à cette visite depuis des mois.

D’après le site Waronfakes, les Ukrainiens chercheraient à empêcher la visite sur place des inspecteurs de l’Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) pour qu'ils ne puissent pas enquêter sur la fabrication de bombes sales que les Ukrainiens auraient commencé à construire sur place avant de perdre le contrôle de la centrale. Rien de plus n’est indiqué sur ces accusations.

La tentation de la politique du pire…

À défaut de pouvoir sauver la connexion de la centrale au réseau ukrainien, un incident majeur profiterait encore au pouvoir kiévien, dans un effort désespéré de créer un choc mondial afin de mettre définitivement la Russie au ban des nations, espérant rallier tous les pays qui refusent d’appliquer des sanctions contre Moscou, voire de justifier une cobelligérance assumée pleine et entière des pays de l’OTAN. Est-ce là le « prix à payer pour notre liberté et nos valeurs » qu’Emmanuel Macron a évoqué dans son discours énigmatique et catastrophiste de Bornes-les-Mimosas ? Les Britanniques préparent déjà les esprits à la confrontation directe avec la Russie. La guerre ferait-elle partie de la Grande Réinitialisation (Great Reset) ? Au point où nous en sommes, il serait idiot d’éviter de se poser la question. 

Il faut rappeler que, sans l’aide américaine, à la fois économique et militaire, directe ou indirecte, l’Ukraine s’écroulerait probablement en quelques semaines. L’Ukraine n’est plus qu’un pion dans les mains de Washington, comme l’UE. Un tel coup de poker ukrainien avec la centrale pourrait donc difficilement se concevoir sans l’approbation, voire l’initiative des États-Unis. Donc, si les Américains évacuent leurs ressortissants, c’est peut-être parce qu’ils savent qu’un incident grave se prépare, d’autant plus qu’ils en seraient à l’origine. On ne peut qu’espérer que les dirigeants ukrainiens et américains ne soient pas aussi fous… Mais, l'évolution du monde depuis deux ans ne rend pas excessivement optimiste…

Scott Ritter, dans une intervention mise en ligne le 26 août, déclare que bombarder une centrale nucléaire en fonctionnement est un crime de guerre, et même un crime contre l’humanité. Il ajoute que même des drogués n’auraient pas imaginé un scénario aussi stupide que celui vendu par l’Ukraine et les États-Unis, de forces russes qui bombardent leur propre centrale nucléaire, puisque c’est maintenant de facto la leur. Il dit encore que le choix des cibles des lance-missiles HIMARS doit être agréé par les États-Unis, et que si des HIMARS sont utilisés pour bombarder la centrale, les Américains devraient forcément avoir approuvé la cible, ce qui les rendrait complices. Il affirme encore que l’Ukraine et ses soutiens souhaitent la mise en place d’une force d’interposition de l’ONU à la centrale, ce qui expliquerait toute l’activité guerrière pour convaincre les opinions publiques sous contrôle de la propagande de la nécessité du déploiement.

Zelensky ne cesse d’accuser les Russes de tous les maux. Il jouait déjà à faire peur le 16 août en annonçant une catastrophe à la centrale nucléaire qui menacerait toute l’Europe, et il a encore récidivé, en prétendant que les Russes allaient tenter « quelque chose de particulièrement dégoûtant, de particulièrement cruel » pour le 24 août, le jour de la célébration de l’indépendance de l’Ukraine.

Un jour dans la guerre

Mais, rien de spécifique ne semble avoir eu lieu ce jour-là, si ce n’est le bombardement de la gare de Chapline, un village situé dans la région de Dnipro, distant de la ligne de front d’environ 45 kilomètres. La voie ferrée qui passe par ce village est une des deux voies qui connectent le Donbass encore contrôlé par l’Ukraine au reste du pays. L’événement faisait le 24 août la une du Figaro en ligne, Zelenski ayant annoncé d’abord 15 morts, puis 22, puis 25. Initialement, sans plus de précisions, cela paraissait comme un nouveau massacre de civils. Le 25 au matin, l’événement a été rétrogradé du fil d’actualité et n'a plus fait la une. Selon les Russes, c’est un train transportant des recrues ukrainiennes qui a été visé, causant d’après eux plus de 200 victimes. Selon certaines images partagées par les comptes pro-russes, on distingue des véhicules sur des wagons de transport, à proximité immédiate de wagons de passagers qui ont brulé.  L’absence d’images des victimes tend à prouver que ce sont bien des militaires qui ont subi cette attaque. Et, des nécrologies de militaires morts à Chapline ont commencé à apparaitre.

Ce même 24 août, à Donetsk, le centre commercial Galaktika prenait feu suite à un bombardement attribué à l’Ukraine (des images qui rappellent l’incendie d’un centre commercial à Krementchouk suite à un bombardement russe), le chef de l’administration pro-russe du village de Mikhailivka dans la région de Zaporizje était tué dans sa voiture par une bombe, à l’image de Daria Douguina, assassinée de la même façon le 21 août dernier ; et un missile Tochka-U ukrainien faisait au moins deux morts à Rovenki, dans la République populaire de Lougansk, ayant touché une entreprise de transport. Mais, ces nouvelles n’intéressent que peu l’Occident.

Lire aussi : Retour sur les allégations de crimes de guerre russes en Ukraine: la maternité de Marioupol [1/2]

La centrale déconnectée

Le 25 août, à 14 h 53, le Guardian, a signalé que la centrale d’Energodar était coupée du réseau électrique à cause d’un incendie. Le Figaro annonçait la même chose. Bizarrement, les deux journaux ne mentionnaient pas les causes de l’incendie. Une combustion spontanée de l’herbe ?

Il fallait consulter un compte pro-russe sur Télégram pour apprendre qu’un nouveau bombardement ukrainien, avec près de 20 impacts, y compris avec des munitions incendiaires (à confirmer), serait responsable de l’incendie, dont des photos étaient publiées. On apprenait aussi que l’approvisionnement en électricité des régions de Kherson et Zaporizje était perturbé. SouthFront rapporte ces mêmes éléments le lendemain.

Le 26 août, à 13 h 37, on annonçait dans le Figaro que la centrale était reconnectée au réseau ukrainien, on ne sait trop comment. Mais le compte Telegram Vicktop55 a des informations contradictoires à ce sujet.

Qui avait intérêt à bombarder ? Est-il nécessaire de répondre à une telle évidence ? Voilà peut-être la provocation attendue, connue, voire ordonnée par les Américains et tolérée par les Européens. Nous n’avons plus qu’à espérer que les Russes sauront gérer au mieux ces provocations extrêmes, venant d’un occident en état de décomposition morale avancée, et peut-être terminal, qui soutient une Ukraine extrémiste, si ce n’est suicidaire.

Une fois la poussière dissipée…

Le 26 août, sans surprise, Volodymyr Zelensky accusait la Russie d’avoir bombardé la seule ligne électrique reliant la centrale au réseau, dénonçant dans les mêmes termes que le général russe Igor Kirillov, en charge de la protection NBC (Nucléaire, Biologique et Chimique), le risque que cela a causé pour la centrale. La perversité de l’approche est redoutable. À force de mentir et de monter des coups tordus depuis des mois, les Ukrainiens semblent se croire tout permis et repoussent toujours plus loin les limites de la manipulation. Plus c’est gros, plus ça passe. Comme l’Occident laisse faire sans dénoncer, relaie et amplifie les mensonges la plupart du temps (gouvernements et grands médias compris), pourquoi se gêner ? Et, cela fonctionne encore avec beaucoup de gens en Occident. À titre d’exemple, un twitteur comparait Vladimir Poutine à « un singe avec une grenade ». Voilà le niveau d’analyse des gens qui croient coûte que coûte à l’énorme propagande ukraino-occidentale.

Washington, par la voix de Bonnie Jenkins, sous-secrétaire d’État pour le contrôle des armements, prétendrait ne pas savoir qui bombarde la centrale, malgré tous les moyens techniques, radar et satellites espions à sa disposition. En langage décodé, cela s’appelle se ficher de la gueule du monde, ce que souligne l’ex-colonel américain Douglas McGregor. En langage diplomatique, c’est juste un aveu que ce sont bien les Ukrainiens. Mais, l'essentiel est de préserver les apparences. Et, en cas de nuage radioactif, on se doute que les puissants trouveront un moyen de se protéger dans leurs bunkers, ou à l’étranger. Et, les Américains seront à l’abri, ce qui est l’essentiel.

Toujours le 26 août, sans surprise là encore, le ministère de la Défense russe nous donnait les éléments suivants : « Au cours des dernières 24 heures, la centrale nucléaire de Zaporojie a été bombardée à deux reprises par les troupes ukrainiennes avec des canons d'artillerie de gros calibre. Quatre obus ont explosé dans la zone de la station oxygène-azote, et une de plus dans la zone du bâtiment spécial n ° 1. La position d'artillerie des Forces armées ukrainiennes, à partir de laquelle le territoire de la centrale nucléaire a été bombardée, a été identifiée à l'ouest du village Marganets, dans la région de Dnepropetrovsk. (C’est la même direction que le missile qui a frappé Energodar le 15 août) À la suite d'un coup direct de munitions russes de haute précision, un obusier M777 de fabrication américaine a été détruit à cette position de combat. »

Pour ceux qui douteraient encore que le pouvoir ukrainien puisse à ce point mentir et mettre son propre peuple en danger, il faut voir cette interview d’Oleksyi Arestovitch, le principal conseiller de Zelensky (avant qu’il ne soit sélectionné pour son poste, d’après un commentaire sur Twitter). Il y parle du mépris profond des élites ukrainiennes pour leur peuple, si facilement manipulable : « Les autorités ukrainiennes […] méprisent le peuple. Croyez-moi. Ils les méprisent et ne les considèrent pas comme des êtres humains. […] Le peuple ukrainien, les activistes, tous ces hommes d’affaires, tous ces patriotes enflammés, sont tous stupides, incompétents, sans cervelle, émotionnels, contrôlables, pauvres d’esprit […]. Dans ce pays, vous pouvez difficilement trouver des gens avec qui vous pouvez discuter, qui comprennent ce qui se passe. (…) Si ces gens (les stupides) prenaient le pouvoir, je fuirais le pays. » Voilà la réalité du pays pour lequel nous sommes à un doigt d’entrer en guerre.

Lire aussi : Retour sur les allégations de crimes de guerre russes en Ukraine: le théâtre de Marioupol [2/2]

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