Acheminé au Japon pour le G7 par les autorités françaises, Zelensky rate son rendez-vous avec les dirigeants du "Sud global", dont Lula

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France-Soir
Publié le 25 mai 2023 - 17:00
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Louise Delmotte / Pool / AFP
Le 20 mai 2023, le président ukrainien Zelensky était présent au G7, à Hiroshima (Japon).
Louise Delmotte / Pool / AFP

DIPLOMATIE - Au lendemain de sa visite à Djeddah en Arabie Saoudite, où il s’était rendu à bord d’un airbus français pour assister au Sommet de la Ligue arabe, Volodymyr Zelensky s’est déplacé le 20 mai 2023 au Japon pour participer au G7 à Hiroshima. Une visite surprise encouragée par Emmanuel Macron, pour plaider la cause ukrainienne auprès des dirigeants du "Sud global" et alliés de la Russie.  

Tout comme à Djeddah, où le président Ukrainien a critiqué les "pays arabes qui ferment les yeux sur l’invasion russe", Zelensky devait s’entretenir avec le Premier ministre indien, Narendra Modi et son homologue brésilien Lula. Cette dernière rencontre n’a pas eu lieu, malgré le forcing de la délégation française.  

Macron se félicite de la présence de Zelensky 

Le programme officiel du G7 prévoyait l'intervention du président ukrainien par vidéo-conférence. C’est le président français qui a confirmé dimanche 21 mai 2023 la présence en personne de Zelensky à Hiroshima, où se tenait le sommet du G7.

L'information a été confirmée dans un tweet de Macron. L'Élysée a répondu favorablement à la demande ukrainienne en dépêchant un Airbus A330 de l'armée de l'air pour récupérer Volodymyr Zelensky à la frontière polonaise, l’emmener en Arabie saoudite avant de s’envoler vers le Japon.  

"Je pense que c'est l'honneur de la France d'avoir fait cela et je pense que c'est tout à fait cohérent avec notre politique de soutien. En permettant au président Zelensky de se rendre devant la Ligue arabe et de venir ici pour pouvoir plaider devant la troïka des présidences du G20 (Indonésie en 2022, l’Inde en 2023 et le Brésil en 2024, ndlr), c'est une manière de bâtir la paix”, a-t-il déclaré à la fin du sommet. 

Une visite de dernière minute qui bouscule l’agenda et à laquelle Tokyo a dû s’adapter. "Lors de son déplacement à Kiev en avril, le Premier ministre Fumio Kishida avait invité Zelensky à intervenir en ligne. Sa venue a été décidée et annoncée à la dernière minute", selon les Japonais, mis devant le fait accompli. Le Japon, qui souhaite servir de pont entre l’Occident et l’Asie, s’est assuré de la participation des dirigeants du “Sud global”, comme ceux de l’Inde ou encore du Brésil. La délégation de ce pays sud-américain n’aurait d’ailleurs pas apprécié l’arrivée soudaine du dirigeant ukrainien.

Le chef de l’Élysée, lui, s’est félicité de la présence de son homologue ukrainien à Hiroshima. Sa présence “peut changer la donne” pour l’Ukraine car, estime-t-il, “c’est une occasion unique” pour Zelensky de plaider la cause de son pays auprès des dirigeants du Sud. Emmanuel Macron aurait même demandé personnellement à Luiz Inácio Lula da Silva de rencontrer le président Ukrainien, selon The Financial Times.  

Bilan “mitigé” à Hiroshima 

Tout comme à Djeddah, le bilan de la présence de Zelensky, qui souhaite impliquer des pays alliés de Moscou pour accentuer la pression sur la Russie, est "mitigé" selon la presse. Il a uniquement rencontré le Premier ministre indien, Narendra Modi, qui lui a promis que l'Inde ferait "tout son possible" pour mettre fin le conflit, exprimant sa "compréhension" quant à la "souffrance" du peuple ukrainien. Le président ukrainien n’a pas pu rencontrer Lula, "contrariéde ce rendez-vous manqué.  

La délégation brésilienne a vite écarté les rumeurs selon lesquelles son président a refusé de rencontrer son homologue ukrainien. Lula a expliqué qu’une rencontre avec Zelensky aurait dû avoir lieu dimanche après-midi, au dernier jour du G7. L’arrivée en retard du président ukrainien et son agenda trop chargé ont compromis cette rencontre.  

Selon le quotidien Folha de S.Paulo, citant des sources au sein de la délégation brésilienne, celle-ci a même proposé trois horaires différents. Lula a affirmé ne pas "être déçu" comme le sous-entendait Zelensky mais "contrarié, car j'aimerais le rencontrer et discuter du sujet", a-t-il poursuivi. "Mais Monsieur Zelensky est une grande personne. Il sait ce qu'il fait", a-t-il ajouté

Au lendemain de la clôture du G7, Lula, qui avait estimé en 2022 que Zelensky était "tout aussi responsable du conflit que Poutine", a condamné dans un tweet l’occupation territoriale de l’Ukraine tout en regrettant que les deux dirigeants ne fassent pas un pas vers une résolution pacifique du conflit. "J'ai l'impression que ni Poutine ni Zelensky ne parlent de paix en ce moment. Il semble que les deux soient convaincus que quelqu'un va gagner. Mais seule la paix empêchera plus de gens de mourir", a-t-il écrit.  

Le président brésilien, qui a repris la présidence en janvier 2023 à Jair Bolsonaro, a ensuite rappelé les efforts de son pays tout comme ceux de la Chine, l’Inde et l’Indonésie pour "construire la paix". "Nous condamnons tous l'occupation territoriale de l'Ukraine, les Russes n'avaient pas le droit de le faire. Mais combien de temps cela va-t-il durer ?", a-t-il ajouté.  

Le 6 avril 2023, quelques jours avant sa visite en Chine, Lula a suggéré à Kiev de céder la Crimée, estimant que Zelensky ne pouvait "pas tout vouloir". À Pékin, il souhaitait convaincre Xi Jiping de jouer un rôle prépondérant dans la résolution pacifique du conflit.  

À Hiroshima, le président ukrainien a obtenu de nouvelles expressions de soutien et des garanties d’aides matérielles. Quelques heures avant son arrivée, l’Occident annonçait de nouvelles sanctions contre Moscou, visant la limitation du commerce des diamants russes par l’Union européenne, et un embargo décrété par le Royaume-Uni. De son côté, Joe Biden a annoncé un nouvel envoi américain d'armes et de munitions. 

Zelensky a profité de sa visite pour faire un parallèle entre Hiroshima, victime d’un bombardement atomique par les États-Unis à la fin de la Seconde guerre mondiale, et la situation dans laquelle se trouve son pays. "Nous avons les mêmes images, terribles. Comment des humains peuvent-ils faire cela à des enfants ? Je ne comprends pas", a-t-il déclaré, faisant référence à Bakhmout, théâtre de la plus longue bataille depuis le début du conflit et que les Russes affirment avoir définitivement pris.

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