Les enjeux de demain : Les vaccins créent un "nouveau désordre mondial"

Les enjeux de demain : Les vaccins créent un "nouveau désordre mondial"

Publié le 26/02/2021 à 11:43
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Auteur(s): Yan Labêche pour FranceSoir
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Sputnik, Pfizer-BioNtech, Moderna, Astra Zeneca, Sinopharm,… Des noms qui sont dorénavant connus de tous ! Derrière ces marques, se cache aussi une réalité de zones d’influences de la santé qui modifie la donne et dont la France et l’Europe sont exclues. Entretien avec Jacques Soppelsa, professeur de géopolitique à l’institut de Géographie de Paris I et à l’ENS.

France Soir : Avec l’émergence de tous ces vaccins, y a t’il une redistribution des cartes au niveau des zones d’influences ?

Jacques Soppelsa : Plutôt que de redistribution, je parlerais plutôt de la concrétisation du « nouveau désordre mondial ». Les vaccins sont, tout de même, un bon exemple de mondialisation. La recherche en pharmacologie montre que dorénavant ça se joue à Moscou, Pékin, Washington, etc..  Les grandes puissances mondiales sont présentes. Ce n’est pas le cas de la France et de l’Union Européenne.

FS : Pourquoi parlez vous de « désordre mondial » ?

JS : Si l’organisation supra étatique comme l’OMS était efficace, on aurait pu imaginer, même de manière utopique, une gestion plus coordonnée entre les pays. Dans le cas présent, on est plus dans le chacun pour soi avec des intérêts géopolitiques et surtout géoéconomiques majeurs. Ce n’est pas pour leurs « beaux yeux » que Poutine aide des pays à se fournir en vaccin Sputnik. Même chose pour les autres puissances et notamment pour la Chine. L’empire du milieu a dorénavant un rôle prépondérant en particulier dans les pays en voie de développement, notamment sur le continent africain.

FS : Pourquoi la Chine met elle à disposition cette aide ?

JS : C’est pour leur influence qui est grandissante en Afrique. Prenez l’exemple du Gabon ou de la Guinée Equatoriale où je me rends régulièrement depuis 10 ans. Dorénavant, de nombreux commerces sont tenus par des chinois. En termes de géo économie, ils concrétisent leurs places fortes, notamment dans ce continent. La Russie joue aussi ce rôle. Les deux puissances peuvent d’ailleurs avoir des relations amicales et inamicales selon les circonstances.

FS : Les pays producteurs de vaccins fournissent ils leurs alliés en priorité ou jouent ils le jeu du marché ?

JS: Les deux ! Pfizer joue par exemple l’America First mais tout est bon pour avoir des parts de marché ultérieurement. Cela explique ces compétitions entre producteurs de vaccins au niveau international.

FS : Comment les pays choisissent ils les vaccins (rapidité de fourniture, logistique, prix, efficacité) ?

JS : Je pense qu’en premier lieu, il y a le critère de fiabilité. Le deuxième point est le prix. Le troisième critère est la rapidité d’obtention des contingents de vaccins.

FS : Dans ce concert des nations, la France n’a pas réussi à faire son propre vaccin, alors qu’elle a posé, notamment avec Pasteur, les bases de la vaccination mondiale. Est ce que cela va avoir des conséquences ?

JS : On ne peut que déplorer cette absence de vaccin français. L’Hexagone a perdu des points, notamment dans ce qu’on appelait auparavant la France-Afrique. On a pris du retard dû à la faiblesse des moyens mis en œuvre. La France qui est impliqué depuis des décennies sur le domaine de la santé sur le continent africain, peut perdre effectivement pas mal de terrain, à cause de son inaction durant cette période.

FS : L’Union européenne a pourtant des arguments forts sur les vaccins (présence de Sanofi parmi les géants de Big Pharma, unités de productions suffisantes et bien équipées, qualité de ses chercheurs). De plus, le vaccin Pfizer-BioNtech est un partenariat entre le géant américain et une start up allemande. N’aurais t’on pas pu avoir un vaccin européen ?

JS : Si, bien sûr. On devrait en avoir un. On peut parler à nouveau d’incohérences et de désordre mondial. Si l’Union Européenne marchait sur ses deux jambes, elle aurait dû en toute logique, avoir une coopération franco-allemande ou germano-européenne pour sa mise en oeuvre. Ce vaccin américano-allemand donne à réfléchir sur la gestion peu efficiente de l’Union Européenne dans le domaine.

FS : Cuba a expliqué travailler sur un vaccin universel. Quelles conséquences peut avoir celui-ci sur les relations internationales ?

JS : La force d’influence de Cuba est assez modeste mais cela peut avoir un certain nombre de conséquences sur les relations en Amérique Latine. Ca peut aussi modifier les relations conflictuelles entre les Etats-Unis et l’île. Si le vaccin universel se concrétise, ce serait un grand pas vers l’uniformisation et l’homogénéisation mondiale. Encore faut-il avoir les capacités de production, ce qui n’est pas à la portée de tous les pays ! C’est sûr que les bénéfices de Big Pharma s’en trouveraient altérés. Pfizer, comme les autres, ne sont pas des philanthropes. L’élément fondamental de ces sociétés est de faire des bénéfices. Le vaccin universel serait incontestablement une pierre dans le jardin de ses sociétés productrices de vaccins.

Auteur(s): Yan Labêche pour FranceSoir

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