Ursula von der Leyen... Quand Schwab pose bien ses pions, l’ascension est fulgurante, les scandales et les magouilles aussi

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France-Soir
Publié le 09 décembre 2023 - 11:28
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Portrait Ursula von der Leyen
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F. Froger / Z9 pour France-Soir
Le parcours d'Ursula von der Leyen ne s’illustre pas par un grand respect des procédures et de la transparence...
F. Froger / Z9 pour France-Soir

PORTRAIT CRACHE - Du début de sa carrière, comme élue locale, à son élection à la présidence de la Commission européenne, l'ascension fulgurante d'Ursula von der Leyen est entachée de magouilles, de controverses et de scandales. La politicienne allemande, pressentie pour occuper les plus hautes fonctions fédérales (auxquelles elle n’est jamais parvenue à se hisser) de l’autre côté du Rhin, a sans cesse pris du galon depuis son passage au ministère de la Défense. Son nom est pourtant lié à toute une série de scandales d’ampleur, de sa gestion budgétaire catastrophique à sa mauvaise administration dans le cadre du SMSGate, lié à l’achat de vaccins anti-Covid Pfizer.

Copy-Past, plagiat, traficotage, ça commençait bien !

Ursula von der Leyen décroche son baccalauréat en mathématiques et sciences en 1976. Elle poursuit, entre 1977 et 1980, plusieurs cursus en sciences économiques, dont un à la London School of Economics dont elle sort diplômée en 1978. Elle entreprend de nouvelles études, cette fois-ci en médecine, à l’université de Hanovre. Sept années à la fin desquelles elle devient médecin assistante. Elle défend sa thèse en 1991 pour devenir docteur, titre remis en cause 24 ans plus tard, lorsqu’un site Internet annonce, en septembre 2015, avoir détecté des passages plagiés dans 27 pages de sa thèse...

Son diplôme de médecine en poche, femme au foyer après la naissance de ses jumelles, elle déménage à Standford en Californie, où son mari, Heiko von der Leyen, est employé de l’université. Une parenthèse d’apparence anodine, mais assez révélatrice, puisque le séjour d’Ursula en Californie fera lui aussi l’objet d’une polémique une vingtaine d’années plus tard, lorsqu’un représentant de Stanford démentira en 2015 l’information selon laquelle l’actuelle présidente de la Commission européenne a fréquenté cet établissement comme cela était mentionné sur son CV... 

Une autre Fille à papa, chargée de famille. ”Zensursula” ?

De retour en Allemagne, elle est, de 1998 à 2002, assistante chercheuse et chargée de cours à l’université où elle a obtenu, sept ans auparavant, son diplôme. Membre de l’Union chrétienne-démocrate (CDU) depuis 1990, Ursula von der Leyen ne se lance en politique qu’en 2001. Elle est élue au sein de l’assemblée de la région de Hanovre puis, deux ans plus tard, devient, à 44 ans, députée à l’assemblée de Basse-Saxe, où son père, Ernest Albrecht, a exercé comme ministre-président (1976-1990). 

Son ascension est rapide et la députée marche sur les pas de son père. Sa carrière alterne entre succès et ratés. Elle accède au poste de ministre de Basse-Saxe, chargée de la Famille. Elle l’occupe pendant deux ans. En 2005, Angela Merkel, à peine élue chancelière, la nomme ministre fédérale de la Famille. 

Elle organise alors de nombreuses réformes de la politique familiale allemande, mettant en place un salaire parental et encourageant la création des crèches. Mais son mandat se termine sur une controverse. Ayant défendu le blocage de sites Internet de pédopornographie, elle est affublée du surnom de “Zensursula” (Censursula, NDLR).

Sans faire partie des éléphants, elle ne brille pas à la Défense.

Nommée en 2009 ministre fédérale du Travail, elle est pressentie, comme l’a été son père en 1979, pour succéder à Horst Köhler, président fédéral démissionnaire. La coalition au pouvoir lui préfère finalement Christian Wulff. Durant son mandat au Travail, elle est élue vice-présidente de l’Union chrétienne-démocrate (CDU), présidée par Angela Merkel. Cette dernière la nomme en 2013 ministre fédérale de la Défense. Ursula von der Leyen est la première femme à accéder à ce poste et sa reconduction dans le gouvernement Merkel 4 lui vaut, désormais, d’être pressentie pour succéder à “Mutti”.

A la Défense, elle cumule les critiques, les polémiques et les scandales. Sous son mandat, Berlin décide de ne pas approvisionner l’Ukraine en armes lors du conflit l’opposant à la Russie, misant sur la diplomatie. Mais rompt avec la tradition allemande de ne pas exporter de matériel militaire dans une zone de conflit, en armant les formes armées kurdes et irakiennes face à Daech. Mais c’est sa gestion du budget du ministère, qui plombe sa popularité. Les Allemands la classent parmi les deux personnes les moins compétentes du gouvernement.

Keine transparenzzzzzzzz et valises pleines... Pour cent briques, t’as plus rien !

Dilapidation, soupçons de favoritisme, de corruption et de conflit d’intérêts... Un rapport d’une commission d’enquête parlementaire dévoilera en 2019 que près de 100 millions d’euros ont été dilapidés, sans contrôle, au profit de consultants, conseillers et sous-traitants privés, souvent sélectionnés sans aucun appel d’offres. Pour ses opposants, la dame blonde habituée aux réunions du Bilderberg, a complètement échoué comme ministre de la Défense, elle qui s’était justement engagée, à son arrivée, à mieux gérer le budget de ce département. En outre, les contrats de consulting dissimulaient, selon le rapport relayé par la presse allemande ou bruxelloise, des liens étroits entre hauts fonctionnaires et lobbyistes. Un vice de procédure qu’elle ne finira jamais de traîner dans ses valises.

Après la commission parlementaire, c’est au tour de la Cour des comptes fédérale de qualifier ces dépenses de “douteuses”. Ursula Von der Leyen reconnaît en 2018 une “erreur” mais cette affaire la rattrapera bien après sa démission, en 2019, année durant laquelle elle est élue présidente de la Commission européenne, où son père fut fonctionnaire dès 1958... 

Sa candidature fait grincer des dents. Elle rompt avec l’habitude prise de proposer la tête de liste du parti arrivé en tête des élections européennes. L’ex-ministre de la Défense allemande n’arrange pas son cas lors de ses auditions par le Parlement européen et perd, dans la foulée, les voix d’un certain nombre d’eurodéputés. Elle est néanmoins élue sur le fil avec 51,3 %% des voix en juillet 2019. Elle s’engage à faire de l’Europe le “premier continent neutre en carbone” d’ici 2050, à travers un “green deal” et un plan d’investissement durable de 1000 milliards d’euros. Un “deal” maintes fois présenté à Davos lors du Forum économique mondial, dont Ursula von der Leyen est membre du Conseil d’administration.

A la tête de la CE, l’Allemande se montre coupable de “mauvaise administration”. Elle est soupçonnée de népotisme et de conflit d’intérêts. C’est d’abord son passage au ministère de la Défense qui la rattrape, avec une convocation à une audition, en février 2020, au Bundestag. Un premier “SMS Gate” (affaire des SMS, NDLR) éclate, lorsqu’un autre rapport parlementaire annonce que les échanges de la présidente de la Commission européenne, considérés comme des éléments de preuve par le comité d'enquête, ont été supprimés. 

SMS trop privés avec celui qui se Bourla poche.

En janvier 2022, un autre scandale, cette fois-ci lié à la gestion de la pandémie de Covid, ressurgit. Ursula von der Leyen est vertement critiquée pour son manque de transparence dans les négociations sur un contrat d’achat de plus 18 milliards de doses de vaccin Pfizer/BioNTech, acquis à des prix très élevés. Les négociations avec Albert Bourla, PDG de Pfizer, ont été menées pendant des mois par SMS comme le révèle en avril 2021 le New York Times

La Commission européenne a toujours refusé de dévoiler ces textos, affirmant n’avoir aucun enregistrement, sous prétexte que les SMS ne sont pas régis par la réglementation relative à la transparence des institutions européennes et n’ont donc pas vocation à être conservés. En octobre 2021, le parquet européen a annoncé l’ouverture d’une enquête à ce sujet. En janvier 2022, un organisme de surveillance de l’UE, mené par la médiatrice Emily O'Reilly, déclare la CE coupable de “mauvaise administration”, qualifiant le refus de la Commission de fournir les SMS, sans botter en touche, de “signal alarmant”. 

Népotisme un jour, népotisme toujours !

Ursula von der Leyen se fait-elle discrète en attendant que la tempête passe ? Pas le moins du monde. Depuis ces “SMSGate”, la présidente de la CE multiplie les interventions, jugées “népotistes”, au détriment, encore et toujours, des règles de transparence. Et c’est là qu’Heiko von der Leyen, son mari, arrive sur le devant de la scène. En novembre 2022, en plein branle-bas de combat à Bruxelles, la Commission européenne finance indirectement la société américaine de biotechnologie Orgenesis, dirigée par ce bon Heiko...

Orgenesis a ouvert quatre filiales à travers l’Europe, dont une en Italie. La licence de cette filiale était néanmoins inactive jusqu'au 14 octobre 2022. Elle a pourtant participé à un appel d’offres du ministère italien de l'Enseignement supérieur avant d’être sélectionnée pour bénéficier d’un financement confortable octroyé par l’UE à l’Italie...

Est révélée ensuite l’octroi d’une licence de vente d’assurances automobile en Roumanie à une société dirigée par le frère d’Ursula von der Leyen qui fait, là encore, réagir à Bruxelles. Une fois de plus, la CE refuse l’accès aux eurodéputés à un rapport officiel évoquant des irrégularités commises par le principal régulateur roumain des assurances. 

Et le même mois, la société Eazy Asigurari, filiale du géant européen des jeux de hasard Superbet, présidée par Hans-Holger Albrecht obtient une licence contre toutes attentes de la plupart des experts du secteur. 

"Kollossale Korruption" ? 

Et ce n’est pas fini ! Le nom d’Ursula von der Leyen est associée, en mai 2023, à un autre scandale, qui concerne cette fois-ci la procédure d’adhésion de la Bulgarie à la zone euro et à l’espace Schengen. Dans un audio clandestinement enregistré lors d'une réunion du parti au pouvoir, Continuons le changement, on y entend l’ex-Premier ministre bulgare, Kiril Petkov, révéler le contenu d'une conversation téléphonique avec la présidente de la Commission européenne. “Je lui ai demandé quelles sont nos chances d'être accepté. Elle m'a répondu : 'Pour Schengen, vous avez de grandes chances. Pour la zone euro, vous devez trouver comment contourner les règles, c'est-à-dire 'entrer dans le cadre'. Je lui ai répondu : ‘Pouvons-nous avoir l'inflation moins l'effet Ukraine ?’ Et elle m'a dit : ‘Ne me citez pas, nous essaierons de vous aider’”

Sa proposition de “contourner les règles” a été interprétée comme une incitation à la fraude, ce qui n’est pas sans rappeler l’épisode grec lors de l’adhésion du pays à la zone euro. La Commission a démenti de tels propos. “Il existe un processus structuré d'adhésion à la zone euro (...) Les règles doivent être respectées”. Ursula von der Leyen a-t-elle fait de telles déclarations ? On ne le saura peut-être jamais. Mais, comme on vient de le voir, son parcours ne s’illustre pas par un grand respect des procédures et de la transparence...

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