La revue d’actu de France-Soir : semaine du 10 juillet 2023

Auteur(s)
Wolf Wagner, pour France-Soir
Publié le 16 juillet 2023 - 10:02
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Dessin du jour par Ara (14-07-23)
Dessin du jour par ARA, 14 juillet 2023

La revue d’actu de France-Soir est une revue de presse hebdomadaire articulée autour de l’actualité politique, économique et médiatique, tant française qu’internationale. Sans pour autant chercher à les ignorer, cette rubrique n’a pas forcément vocation à s’attarder sur les sujets les plus discutés de la semaine. Elle s’attache plutôt à revenir – avec un regard gentiment acerbe – sur des nouvelles parfois passées inaperçues au milieu de l’intense flux d’informations hebdomadaires.

Au programme de la RDA de France-Soir cette semaine : censure et identité numériques, Snapchat et son enfant de la macronie, les élus Renaissance anti-LFIstes, 100 jours d’apaisement enflammés, Jean-Louis Debré le Gilet Jaune, loi de programmation militaire, une américaine en Europe, Modi l’alter ego de Macron, les pompiers pyromanes de la dette, Didier Maïsto le guerrier et Julien Dray le perspicace… sans oublier Juan Branco dans le viseur du Quai d’Orsay, du Sénégal et de la famille de Gabriel Attal !

Une septième RDA sans foi ni loi.


FRANCE

Davantage encore qu’à l’accoutumée, cette semaine, les actualités française et européenne se sont particulièrement confondues sur le thème du contrôle de la vie numérique.

Par exemple, lundi, Le Figaro nous alertait sur le « lancement d'un consortium pour expérimenter l'identité numérique à l'échelle européenne ».

Le quotidien nous explique que, « mené conjointement par la France et l'Allemagne, [un] programme, baptisé POTENTIAL, (…) réunit 38 ministères, 34 opérateurs d'État, 9 centres de recherche, 51 grandes entreprises et 12 start-ups issus de 19 pays membres de l'UE » et de… « l'Ukraine ».

Selon Le Figaro, ce nouveau programme ambitionne de proposer :
« - L'accès aux services publics électroniques pour permettre aux citoyens de prouver leur identité sur les services gouvernementaux en ligne ;
- L'ouverture de comptes bancaires ;
- L'enregistrement de cartes SIM permettant l'ouverture d'une ligne téléphonique. (...)
- Une copie numérique du permis de conduire. »

Déjà la veille, CNews nous parlait de « App France Identité : [la] nouvelle application qui servira à votre carte d’identité numérique ». Selon la chaîne d’info, « cette application, une fois complètement déployée et disponible pour le grand public, permettra aux citoyens français d’authentifier leur identité dans des situations précises »… mais aussi de « générer des attestations électroniques ».

En bref, la prochaine pandémie et autres couvre-feux s’annoncent d’ores et déjà bien plus pratiques pour tout le monde !

En parallèle, lundi, Thierry Breton était l’invité de France Info. Sur le plateau de la chaîne publique, le commissaire européen au Marché intérieur rappelait que, dès le 25 août prochain, le Digital Services Act européen entrerait en vigueur. Selon l’eurocrate, à partir de cette date, « lorsqu'il y aura des contenus haineux, des contenus qui appellent par exemple à la révolte, qui appellent également à tuer ou à brûler des voitures, [les plateformes de réseaux sociaux] auront l'obligation dans l'instant de les effacer ».

Thierry Breton ajoute que « si les plateformes n'agissent pas immédiatement, alors oui, on pourra à ce moment-là non seulement donner une amende, mais interdire l'exploitation sur notre territoire. (...) Les interventions vont être extrêmement rapides ». Au cours de cet entretien avec France Info, le commissaire européen en a également profité pour dénoncer ces « algorithmes qui poussent, on le sait, ces contenus à forte viralité parce que ça rapporte de la publicité », voilà bien pourquoi « tout ça sera strictement interdit ».

En un mot, cette loi devrait (enfin) permettre de tuer dans l’œuf tout contenu potentiellement viral jugé un peu trop dangereux pour la sécurité du pouvoir en place.

Dans la continuité, le lendemain, mardi, Alexandre Léchenet, reporter à Politico, publiait sur Twitter un extrait de l’audition de Sarah Bouchahoua, réalisée la veille devant une commission de l’Assemblée nationale.

Cette responsable du réseau social Snapchat, incriminé pour son rôle dans les récentes violences urbaines, reconnaissait avoir « beaucoup entendu parler de la fonctionnalité cartes/map de Snapchat » qui permettait de localiser en temps réel les lieux les plus chauds lors de ces violences.

Pour sa défense, Sarah Bouchahoua explique avoir « travaillé conjointement avec le ministère de l'Intérieur et les différentes autorités afin d'essayer d'endiguer le plus rapidement possible les différents dérapages qu'on a pu percevoir sur le terrain ».

Ce travail conjoint avec Beauvau aurait ainsi permis que « l'ensemble des stories qui étaient publiées sur la map, [l’]était [par] des utilisateurs de Snapchat [qui], à la fin, [ne] se plaignaient [plus que] des émeutes et des conséquences des émeutes ».

Traduction : Snapchat a censuré une partie de ses utilisateurs pour ne plus mettre en avant que ceux qui appelaient au calme.

Aujourd’hui dans le cadre de violences urbaines, demain dans d’autres contextes ?

Dans tous les cas, Sarah Bouchahoua ne craint pas la critique et se dit même « fière, un peu, aujourd'hui d'avoir collaboré entre le privé et le public afin de protéger nos utilisateurs le plus rapidement possible ».

Mercredi, Checknews, de Libération, nous en apprenait davantage sur le parcours de la responsable de Snapchatqualifiée par le journal de « ce qu’on pourrait appeler une enfant de la macronie ».

Libé explique que Sarah Bouchahoua a notamment « participé à la campagne de Laetitia Avia [LREM], (…) elle a [aussi] pris la tête de la section parisienne du mouvement Les Jeunes avec Macron (...). Puis elle a été, de 2018 à 2020, la collaboratrice de Laetitia Avia à l’Assemblée nationale. (…) Elle a ensuite rejoint l’équipe de l’eurodéputé français Sandro Gozi, élu en 2019 sur la liste LREM ».

Checknews, qui s’appuie sur le travail de La Lettre A, précise que Sandro Gozi est « brièvement passé par le cabinet d’Édouard Philippe à Matignon [et] était en première ligne sur le Digital Services Act et le Digital Markets Act à Bruxelles, deux règlements européens visant à mieux réguler Internet et ses risques ».

Sur Twitter, le même jour, Juan Branco rapportait que « le fondateur de Snapchat, Evan Spiegel, est [également] un très proche d’Emmanuel Macron et s’est vu octroyer la nationalité française alors qu’il ne respectait aucun des critères requis ». L’avocat ajoute que Evan Spiegel a même « été directement sollicité par l’Élysée pour censurer [sur Snapchat] les contenus qui les gênaient. Et il a accepté ».

En d’autres termes, cela fait déjà un certain temps que Sarah Bouchahoua, Evan Spiegel et Snapchat sont « fiers » de « collaborer » consciencieusement « avec le ministère de l'Intérieur et les différentes autorités ».

Outre les réseaux sociaux, cette semaine, la macronie a également décidé de s’en prendre violemment à la France Insoumise. Plusieurs capos de la majorité présidentielle étaient ainsi de sortie pour dire tout le mal qu’ils pensent de l’opposition de gauche.

Dès dimanche dernier, Aurore Bergé ouvrait le ball-trap sur CNews et Europe 1 : « Nous, dans le groupe que je préside, on a rebaptisé la France Insoumise, la France incendiaire ».

Pour la chef de file du groupe Renaissance à l’Assemblée nationale, « malheureusement, on vit avec [les députés de LFI] depuis un an à l'Assemblée nationale. Malheureusement, parce que je pense que ce n'est pas une chance pour notre démocratie d'avoir 88 députés d'extrême droite et d'avoir 74 députés d'extrême gauche. Et les députés d'extrême gauche, depuis un an, vous le voyez bien, vous l'avez largement commenté, on a été malheureusement amenés à commenter [leurs] comportements dans l'hémicycle et hors de l'hémicycle ».

Même son de cloche, lundi, du côté d’Olivier Dussopt. Le ministre du Travail expliquait sur Public Sénat que les élus de la France Insoumise « sont des députés qui abîment l'institution de l'intérieur, qui nourrissent l'antiparlementarisme. Vous avez évoqué le débat sur les retraites. J'étais en première ligne, je l'ai mené. Vous avez un député qui a posé avec un ballon à mon effigie mimant une décapitation. Un autre qui m'a traité d'assassin dans l'hémicycle. Quinze jours d'insultes, quinze jours d'invective ».

Et s’il y a bien une chose que le ministre ne supporte pas, ce sont les insultes… voire – juste – toute forme d’opposition.

En témoigne cette affaire rapportée par France Bleu le même jour : « Jean Fantini, militant communiste (…) de 83 ans a été interpellé et menotté puis conduit à la gendarmerie pour interrogatoire, samedi 8 juillet ».

France Bleu raconte que « les faits se sont déroulés pendant la visite officielle du ministre du Travail Olivier Dussopt à Tournon-sur-Rhône, pour l'inauguration de "Tournon Plage" ».

De son côté, le militant explique à la radio sa rencontre avec le ministre : « Je lui ai dit fort, pour que tout le monde entende, que je ne touchais pas la main d'un renégat et d'un traître, de quelqu'un qui défend actuellement une politique répressive, anti-services publics… politique qu'il a pourtant combattue quand il était dans l'opposition ».

Quel mal pourrait-il donc y avoir à changer de crèmerie ?
P
eut-être qu’en ce moment, Olivier Dussopt mange tout simplement mieux dans le râtelier du centre...

France Bleu rapporte également que « contrairement à ce que décrivent les autorités », ce ne serait pas la police qui serait intervenue pour mater le papy militant. « Selon Jean Fantini, c'est le service d'ordre d'Olivier Dussopt qui l'a menotté et "plaqué contre un platane" ».

Si seulement le ministre pouvait aussi jouir de son service d’ordre pour faire taire les élus de l’oppositiontout serait tellement plus simple.

Mardi, c’était au tour de Gabriel Attal de stigmatiser LFI dans les colonnes du Figaro. Le ministre délégué chargé des Comptes publics « ne trouve aucune excuse à La France insoumise qui depuis quelques semaines fait sécession. [Gabriel Attal] les tien[t] pour responsables du climat de haine qui monte contre l’État, contre la République et ses représentants. Ils sèment le poison de la division, de l’agitation, et du désordre »… alors que, de son côté, la macronie est, elle, en revanche, absolument convaincue d’avoir tout fait pour apaiser le climat social au cours des cent derniers jours.

Une vision de la réalité qui ne correspond pas franchement à celle observée par Politis. Vendredi, l’hebdomadaire proposait une compilation de « trente épisodes qui démontrent l’échec cuisant de cet objectif, (…) 30 moments-clés [survenus au cours des cent derniers jours qui sont] garantis sans apaisement ».

Pour Jean-Louis Debré non plus, l’apaisement n’est pas au rendez-vous. Samedi, Le Parisien interviewait l’ancien président du Conseil constitutionnel qui n’est pas vraiment tendre envers l’exécutif. Selon lui, « le président de la République s’est enfermé dans ce slogan des cent jours, promettant un apaisement du pays. Or, force est de constater que ces cent jours n’ont pas été à la hauteur de l’espérance présidentielle ».

Jean-Louis Debré note qu’en France, aujourd’hui plus que jamais, « les gens ne se retrouvent pas dans les femmes et les hommes au pouvoir, ils ne reconnaissent plus l’autorité locale. Et on ne croit plus aux élites ».

Pour l’ancien proche de Jacques Chirac, Emmanuel Macron est le premier responsable de cette situation : « Quand je vois qu’il détaille la réforme du lycée professionnel, qu’il prend la place des ministres… Arrêtons la confusion des pouvoirs ! ».

L’air de rien, Jean-Louis Debré en profite aussi pour rappeler qu’en « cas de blocage du pays ou de remise en cause de l’autorité de l’État, le président de la République peut dissoudre l’Assemblée nationale [ou] organiser un référendum ».

L’actuel président du Conseil supérieur des archives ne voit d’ailleurs plus qu’une seule solution « pour sortir de l’impasse politique actuelle, [il] pense que le retour au souverain, c’est-à-dire au peuple, s’impose ».

Jean-Louis Debré, le Gilet Jaune… de 2023.

Autre thème important dans l’actualité nationale de la semaine : la Défense.

Jeudi, Le Point nous prévenait que « le Parlement a[vait] donné son feu vert au projet de programmation militaire [LPM], qui contient un budget de 413 milliards d’euros sur les sept prochaines années ». L’hebdomadaire précise que « la promulgation de la loi devrait, en revanche, être retardée, les députés LFI ayant déposé un recours au Conseil constitutionnel ».

Le Point constate également que la facture de cette LPM, version 2024-2030, connaîtra « une hausse [sensible] de 40 % par rapport à la précédente ».

En marche vers « le quoi qu’il en coûte » militaire ?

Deux jours plus tôt, mardi, Checknews approfondissait les détails de ce texte en se demandant si cette « loi de programmation militaire permettra[it] à Emmanuel Macron de réquisitionner les Français ? ».

Pas d’inquiétude à avoir selon le service de vérification de faits de Libération, « ce texte n’a rien d’une révolution. En réalité, le régime de réquisitions est déjà défini (…) [dans le] code de la Défense, sous le titre de Réquisitions pour les besoins généraux de la Nation. Un régime qui date de plus d’un siècle ».

Sans être une révolution, Libé estime tout de même que ce « nouveau texte, qui consiste en une modernisation du droit applicable en la matière, réalise une refonte totale du régime des réquisitions en s’inspirant du système, beaucoup plus lisible, des réquisitions préfectorales ».

Checknews considère que ce nouveau texte a surtout pour vocation de « supprime[r] le régime de réquisition militaire, inadapté, au profit d’un dispositif protégeant les besoins généraux de la Nation, divisé entre réponse à des cas de menace, actuelle ou prévisible, ou d’urgence”. Le texte est largement simplifié ».

En d’autres termes, l’ancien « régime de réquisition militaire » devient général et répond dorénavant aux menaces « prévisibles ».

Un terme terriblement flou… d'autant que ce que Checknews omet de préciser, c’est qu’en matière de droit, lorsqu’un « texte est largement simplifié », cela permet parfois, a posteriori, d’ouvrir la voie à une multitude d’interprétations possible… un peu comme quand des manifestants contre la réforme des retraites ont été interdits de taper sur des casseroles à cause du supposé risque terroriste qu’ils représentaient.

In fine, selon Libération, « les réquisitions, aujourd’hui cantonnées à des situations d’une exceptionnelle gravité, seront [désormais] facilitées par ce texte ». Libé cite notamment les « chaînes de production stratégiques, [qui peuvent à présent être] mobilisables sans qu’une menace directe et immédiate pesant sur le territoire national ne soit nécessairement caractérisée ».

Libération relève d'autres nouveautés venues s’insérer dans cette nouvelle loi, comme, par exemple, « la mise en œuvre des engagements internationaux de l’État en matière de Défense, qui fait référence (…) aux engagements extérieurs de la France, à ses opérations de protection des espaces maritimes ou de renforcement du flanc est de l’OTAN ».

Autrement dit, ces réquisitions pourront désormais potentiellement être ordonnées « sans qu’une menace directe et immédiate pesant sur le territoire national soit nécessairement caractérisée », y compris si cette « absence de menace » touche une opération dans laquelle la France est engagée aux côtés de l’OTAN... ou de toute autre coalition reliée à la Défense nationale.

Comme un petit air de 1914 !

La veille, mardi, France Info, qui interrogeait le ministère des Armées sur ce texte, tenait à rassurer tout le monde en expliquant « que le projet de loi prévoit aussi des garde-fous. Si réquisition il y a, elles doivent être "strictement proportionnées aux objectifs poursuivis et appropriés aux circonstances de temps et de lieu". Elles ne doivent aussi être ordonnées "qu’à défaut de tout autre moyen adéquat disponible" ».

Le ministère des armées se veut également clair : « les personnes physiques sont réquisitionnées en fonction de leurs aptitudes physiques et psychiques et de leurs compétences professionnelles ou techniques », un civil « ne peut [ainsi] en aucun cas être réquisitionné pour l’exécution de missions militaires, qui ne peuvent être assurées que par les forces armées ».

Tout va bien, donc !

Il ne s’agirait là, en réalité, que de mettre au goût du jour une vieille maxime latine : Si vis pacem (socialem), para bellum.

En français : Si tu veux la paix (sociale), prépare la guerre.
 

MONDE

Mardi, Ouest-France annonçait que « l’économiste américaine Fiona Scott Morton [allait] intégrer la direction générale de la concurrence de la Commission européenne ». Le quotidien précise que Fiona Scott Morton est « une experte mondiale qui a travaillé pour tous les géants américains, ce qui pose des questions déontologiques ».

Pour Emmanuel Maurel, un eurodéputé interrogé par Ouest-France, « on a suffisamment de compétences européennes pour ce poste. C’est quand même assez rare que les institutions européennes dérogent au droit commun pour aller chercher une citoyenne extra-européenne pour faire un boulot qui est dans notre cœur de métier ».

Ouest-France se souvient également que Fiona Scott Morton a « récemment assisté Microsoft sur l’acquisition en cours de l’éditeur de jeux vidéo Activision, ainsi qu’Apple et Amazon par le passé », ce qui fait dire à Emmanuel Maurel « [qu’on] est à la limite du conflit d’intérêts. C’est abracadabrantesque ».

Une polémique (supplémentaire) visiblement futile aux yeux d’Ursula von der Leyen puisque, trois jours plus tard, vendredi, Le Monde annonçait que « la Commission européenne [avait] refusé de reconsidérer son choix de l’experte américaine ».

L’UE(A), ou The European Union of America.

Autre sujet, autre continent. Mercredi, Europe 1 révélait que « le ministère des Affaires étrangères [avait] porté plainte contre Juan Branco ».

Europe 1 précise que le Quai d'Orsay « indique signaler les agissements de l’avocat et activiste politique Juan Branco auprès du procureur de la République, lui reprochant d’avoir mis en danger des fonctionnaires français au Sénégal ».

Le même jour sur Twitter, Juan Branco réagissait à la nouvelle : « Les masques tombent. La France porte plainte contre moi. Mon pays. Mon peuple. Ma patrie.

Pourquoi ? Pour avoir révélé la commission de crimes contre l'humanité. (…)

Les faits que nous avons révélés ont montré l'implication d'agents français dans l'organisation et l'exécution de la répression mise en œuvre par le régime de Macky Sall contre des manifestants démocratiques, ayant fait 60 morts, ainsi que des milliers de détenus et blessés.

Ce sont des crimes contre l'humanité, passibles de poursuites devant la Cour pénale internationale et devant les juridictions françaises. Ils sont imprescriptibles. Le Quai d'Orsay ne les a jamais dénoncés ».

Juan Branco assurait qu’il « ne céder[ait] à aucune intimidation. Pour qu'ailleurs l'on puisse continuer à se dire : "Oui, il y a en France, encore, des êtres qui ont du courage, des valeurs, un rapport à l'honneur, à l'intégrité, et à la dignité." Pour que notre pays ne puisse être humilié, et encore une fois, rabaissé parce que certains êtres auront décidé de le souiller ».

En guise de conclusion, « l’avocat et activiste » estimait que « seule la lutte libère ».

Deux jours plus tard, vendredi, Juan Branco apprenait qu’il allait devoir se « libérer » comme jamais puisque Le Monde rapportait que « le Sénégal [avait] lancé un mandat d’arrêt international contre [lui] pour des crimes et délits ». Le quotidien précise que, selon le parquet sénégalais, « il a été relevé des éléments qui, manifestement, sont de nature à engager [la] responsabilité pénale » de Juan Branco.

Dans cette guerre sans merci que se mènent depuis plusieurs années l’essayiste politique et la macronie, il semblerait que cette dernière ait décidé d’actionner le levier de sa Françafrique pour tenter d'abattre son opposant.

Il faut également se souvenir que, deux semaines plus tôt (cf. RDA, semaine du 26 juin), Juan Branco expliquait avoir été approché par Fanny Attal, la sœur de Gabriel Attal, qui l’aurait menacé en ces termes : « T’es dans la merde. Tu crois que tu vas tenir longtemps ? Tu ne sais pas ce qui t’attend. Tu as vu ce qui t’es arrivé ? On va s’occuper de tes affaires ».

Il faut savoir reconnaître que cette famille importante et influente de la macronie a manifestement su convertir ses menaces en acte.

Dans un tout autre registre, jeudi, 20 Minutes nous apprenait que « Narendra Modi, le Premier ministre indien, [allait être] l’invité d’honneur d’Emmanuel Macron lors des cérémonies du 14-juillet ». Selon le journal, « la France compte beaucoup sur l’Inde comme partenaire économique et stratégique. Et ce, malgré les dérives autoritaires de son chef d’État ».

À ce titre, 20 minutes observe que si, d’un côté, l’Inde vient de « donn[er] son accord de principe pour l'achat à la France de 26 avions de chasse Rafale, en version Marine pour porte-avions, et de trois sous-marins Scorpène », de l’autre, « sur Twitter, la Ligue des droits de l’homme dénonce cette invitation qui envoie à nouveau un signal catastrophique en matière de négation de nos valeurs démocratiques ».

Le journal ajoute que « selon Charlotte Thomas, [une politologue spécialiste du pays,] de nombreuses exactions contre les minorités en Inde (camps de détention, ratonnades contre les chrétiens et les musulmans, émeutes intercommunautaires) sont régulièrement commises ».

20 minutes et Charlotte Thomas notent également que le Premier ministre indien aime s’adonner à « une criminalisation de l’opposition, alors que l’opposant Rahul Gandhi fait l’objet de poursuites par diffamation et a été obligé de quitter le Parlement ».

Le même jour, France Info donnait la parole à Joy Banerjee, un documentariste à l’initiative d’une manifestation contre la venue de Modi à Paris. Il explique être « rentré d'Inde il y a deux mois et tout le monde [lui] a dit là-bas que la situation était assez pénible, avec un BGP [parti au pouvoir] qui bafoue les droits de l'homme (…), [avec] des emprisonnements de journalistes, d'activistes, des fermetures d'ONG ».

De manière à bien marquer sa position sur ces questions, Emmanuel Macron a choisi de rester fidèle à sa vision politique. En ce sens, L’Est Républicain nous rapportait, vendredi, que le chef de l’État avait finalement décidé de « décern[er] au Premier ministre indien (…) la grand-croix de la Légion d'honneur. (…) Cette décoration vient saluer le rôle du Premier ministre dans l’excellente relation d’amitié et de confiance qui unit la France et l’Inde, a ajouté la présidence ».

Une décoration qui peut paraître surprenante, voire choquante, mais qui au final semble plutôt légitime et justifiée… puisque diviser la population via des « émeutes intercommunautaires », opérer « une criminalisation de l’opposition », « bafouer les droits de l’homme », maltraiter des « journalistes et activistes » ou encore demander des « fermetures d’ONG » sont, depuis 2017, une manière de gouverner « qui unit [incontestablement] la France et l’Inde ».

Pour autant, il reste encore à Emmanuel Macron des choses à apprendre de son homologue qui n’aurait, par exemple, jamais permis que l’on puisse montrer des images de lui en train d’être – encore une fois – hué par son propre peuple… comme ce fut le cas pour le chef de l’État français, ce vendredi, lors du traditionnel défilé militaire retransmis par TF1.

Selon Var-Matin, « des "Macron Démission" [ont également été] entendus lors du passage du président de la République sur les Champs-Élysées ».

Afin d’éviter au Président une énième bronca l’an prochain, Olivier Dussopt aurait proposé de lui prêter son service d’ordre.

 

ÉCONOMIE

Mardi, Le Figaro réalisait l'interview de Gabriel Attal. À cette occasion, le ministre délégué chargé des Comptes publics annonçait que « le désendettement est une urgence nationale ».

Pour Gabriel Attal, « le désendettement du pays est avant tout un engagement à l’égard de la classe moyenne, de ceux qui travaillent, qui payent des impôts. (…) Ces Français qui se sentent trop riches pour être pauvres et trop pauvres pour être riches sont [sa véritable] priorité politique ».

Le ministre tient toutefois à préciser que « pour autant, ce serait mentir que de dire qu’il n’y aura pas un effort global demandé à tous les Français pour réduire la dette ».

Le lendemain, mercredi, Didier Maïsto, journaliste et éditorialiste, réagissait à ces déclarations sur Twitter :

« Ils ont :

Démantelé notre secteur énergétique.
Fini de désindustrialiser le pays.
Créé une inflation sans précédent.
Creusé la dette dans des proportions gigantesques.
Fait en sorte que notre balance commerciale soit la pire d’Europe.
Favorisé les grands groupes ne payant aucun impôt en France.

Et les voilà, tranquillement, nous présentant la facture ».

La politique française, ou la commedia dell'arte permanente...

 

MÉDIAS

Mardi, Julien Dray, l’ancien éléphant du PS, aujourd’hui chroniqueur politique sur CNews, expliquait sur Twitter avoir récemment eu une révélation : « Le gouvernement Macron commence à filer un mauvais coton avec les libertés publiques… ».

S’il a fallu autant de temps à Julien Dray pour faire ce constat, c’est qu’en fin connaisseur de la politique, il sait très bien que rien ne sert de courir lorsque les libertés publiques sont menacées, il faut surtout partir à point… quitte à le faire bourgeoisement, au départ de Bordeaux, par bateau, comme en 1940.

Trois jours plus tard, dans la nuit de vendredi à samedi, Didier Maïsto envoyait l'archétype du tweet qui devrait être « strictement interdit » après le 25 août 2023.

Cette nuit-là, le journaliste se rendait coupable de livrer le fond de sa pensée concernant « Macron et ses serpillières [qui] ne viendront pas à bout de l’esprit français ».

L’ancien patron de Sud Radio clame, haut et fort, « [qu']ils ne nous soumettront jamais. Jamais. JAMAIS. La classe politique et sa sous-classe – les journalistes – remportent certes des victoires. Mais nous sommes en guerre. Et cette guerre, nous la remporterons ».

Amor fati !

 

  • Wolf Wagner, journaliste indépendant pour France-Soir

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