Italie : le gouvernement Meloni annonce une taxe de 40% sur les "superprofits" des banques, leurs cotations en bourse chutent

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France-Soir
Publié le 09 août 2023 - 15:30
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Giorgia Meloni et Matteo Salvini
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Tiziana FABI / AFP
Giorgia Meloni et Matteo Salvini, en mars dernier.
Tiziana FABI / AFP

ÉCONOMIE - Les titres des principales banques italiennes ont chuté hier mardi 8 août à la Bourse de Milan, plombés par la décision du gouvernement de Giorgia Meloni. Le vice-Premier ministre, Matteo Salvini, a annoncé lundi soir une taxe de 40% sur les "surprofits" des banques lors des précédents exercices, pour compenser le coût de l’envolée des taux d’intérêt pour les ménages et entreprises. "Il ne s’agit pas de quelques poignées de millions, mais de quelques milliards", a expliqué le chef de la Ligue, parti d’extrême droite et membre de la coalition gouvernementale dirigée par Meloni.  

Pour lutter contre l’inflation, la Banque centrale européenne (BCE) relève depuis plusieurs mois ses taux d'intérêt directeurs. Il s’agit de prix à court terme, fixés par les banques centrales et qui sont utilisés pour piloter la politique monétaire, contrôler la masse monétaire et réguler l'activité économique d’un pays. Ces trois taux directeurs sont le taux de refinancement, qui permet aux banques d’augmenter les crédits aux ménages et aux entreprises; le taux de rémunération des dépôts qui rémunère les réserves des banques commerciales chez la banque centrale; et le taux du prêt marginal qui permet aux banques commerciales d’emprunter des liquidités. 

"Une mesure d’équité" 

Fin juillet, la BCE a annoncé une neuvième augmentation consécutive de ses taux directeurs. Le taux de refinancement est ainsi passé à 4.25%. Conséquence ? "La hausse des taux de la BCE a entraîné une augmentation du coût de l’argent pour les ménages et les entreprises", a expliqué Matteo Salvini à Rome, à l’issue d’un Conseil des ministres lundi. Les banques italiennes comme leurs concurrentes européennes ont vu leurs bénéfices sensiblement augmenter tandis que leurs clients se retrouvent lésés : ils subissent une augmentation de leurs taux d’emprunt et leurs comptes courants ne sont pas rémunérés en conséquence.  

Grâce à la hausse des taux d’intérêt de la BCE, Intesa Sanpaolo, première banque italienne, a par exemple enregistré un bond de 80% de son bénéficie au premier semestre, atteignant 4,2 milliards d’euros. Des "superprofits" que le gouvernement Meloni a décidé de taxer à hauteur de 40%. "Il ne s’agit pas de quelques poignées de millions, mais de quelques milliards. C’est une mesure d’équité", poursuit le vice-Premier ministre. 

Cette taxe doit être réglée d’ici l’été prochain, c’est-à-dire juin 2024. Une source gouvernementale explique que les exercices comptables concernés sont ceux de 2022 et de 2023. La taxe de 40%, applicable sur la partie excédant le montant de l’exercice précédent, n’est prélevable uniquement si le revenu net d’intérêt enregistré en 2022 dépasse de 3% au moins celui enregistré durant l’exercice précédent, en 2021. Pour les profits enregistrés en 2023 en comparaison à 2022, ce seuil est relevé à 6%. Néanmoins, le montant de cette taxe extraordinaire ne peut excéder une proportion égale à 25% de la valeur des actifs nets de la banque. 

Le gouvernement de coalition dirigé par Giorgia Meloni, présidente du Conseil, mise également sur cette taxe pour rassembler des fonds en prévision du budget de 2024. Celui-ci est pénalisé par un recul de 0,3% du PIB durant le deuxième trimestre de 2023 et les recettes prélevées de la taxe sur les “superprofits” des banques seront versées à des fonds qui financent les baisses de charge fiscales sur les ménages et les entreprises.  

Chute des cours des banques européennes 

Mardi, les titres des banques italiennes à la Bourse de Milan ont dégringolé. Intesa Sanpaolo perdait 7.7% sur la valeur de ses actions. UniCredit, qui a réalisé un bénéfice net semestriel de 4,4 milliards d’euros grâce à la hausse des taux d’intérêt de la BCE, a vu ses actions chuter de 6,2%. Idem pour les autres banques comme Monte dei Paschi di Siena (-7,3%), Bper Banca (-7,7%), Banco Bpm (-6,7%) et Mediobanca (-2,9 %). Les banques françaises implantées en Italie comme Crédit Agricole (-2,56%), BNP Paribas (-1,49%) et Société Générale (-1%) ont été entrainées dans la chute des banques italiennes.

L’annonce du gouvernement Meloni a ainsi fait plonger le secteur bancaire européen dans l’incertitude et les autres banques enregistrent des reculs de 2 à 3% de leurs cours. Des analystes de Bank of America estiment que cette taxe pourrait coûter aux banques entre 2% à 9% de leurs résultats. "Je pense que la taxe exceptionnelle que l'Italie a imposé sur ses banques a pris le marché par surprise, et il y a des craintes que d'autres gouvernements en Europe suivent le mouvement", de l’avis d’un analyste. 

Avec cette mesure, l’Italie emboîte le pas à l’Espagne. Le gouvernement de gauche espagnol a instauré fin 2022 un impôt exceptionnel de 4,8% sur les banques durant les exercices de 2023 et 2024. Trois milliards d'euros devront être récoltés en deux ans au profit des finances publiques. La décision a été critiquée par la Banque centrale européenne, qui a averti contre les "conséquences potentiellement négatives" de cet impôt sur le secteur bancaire. La BCE a appelé le gouvernement mené par le socialiste Pedro Sánchez à se prémunir contre les "risques pour la stabilité financière, la résilience du secteur bancaire et l'octroi de crédit", qui pourraient "affecter négativement la croissance économique" espagnole.

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