Hausse des taux : vers un krach obligataire?

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FranceSoir
Publié le 17 juin 2022 - 18:45
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Banque centrale européenne
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Daniel ROLAND / AFP
Le siège de la Banque centrale européenne (BCE) est photographié à Francfort-sur-le-Main, dans l'Ouest de l'Allemagne, le 15 juin 2022.
Daniel ROLAND / AFP

Mercredi 15 juin, la banque centrale américaine (Fed) a décidé de relever ses taux directeurs de 75 points de base, rapportait Bloomberg, pour les fixer dans une fourchette comprise entre 1,50 à 1,75 %. Censé calmer la spirale inflationniste, ce choix ne sera pas sans conséquences. Il s’agit du plus fort tour de vis monétaire depuis 1994.

Plus tôt, la Banque centrale européenne (BCE) avait fait savoir qu’elle mettra fin à son programme d'achats d'obligations de longue durée sur les marchés, et qu’elle prévoyait un relèvement de ses taux d'intérêt en juillet de 25 points de base. Première hausse depuis 2011 !

La Fed actionne le frein à main

La médiane des prévisions des membres du comité de politique monétaire de la Fed (le FOMC, Federal Open Market Committee) table désormais sur un taux directeur cible à 3,4 % en fin d'année, et à 3,8 % en 2023. Leurs prévisions de mars le plaçaient à 1,9 % en décembre 2022. Afin de saisir l'ampleur du tour de vis opéré par les politiques monétaires, rappelons que l'été dernier, les marchés anticipaient la première hausse de taux en... 2023.

« Le resserrement des conditions financières devrait tempérer la demande », a affirmé Jerome Powell lors d’une conférence de presse. Le président de la Fed a aussi précisé qu'une nouvelle hausse d'un demi-point ou de trois quarts de point était hautement plausible pour fin juillet. Les taux pourraient commencer à baisser à partir de 2024.

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La Réserve fédérale est donc décidée à conduire sa politique de resserrement monétaire en vue de limiter l’inflation, très mal encaissée par la population… alors que les élections de mi-mandat approchent.

Contrôler l'inflation galopante : l’espoir fait vivre ?

Outre-Atlantique, la hausse des prix à la consommation a atteint un rythme annuel de 8,6 % en mai, et s'est encore accélérée en juin. L’indice de référence (CPI) a augmenté de 1 % après une hausse de 0,3 % en avril, souligne Bloomberg.

Dans l’Eurozone, la dynamique inflationniste a atteint un record de 8,1 % sur un an, en mai, relate le Financial Times. Un sans-précédent depuis l’instauration de la monnaie unique. Un rythme quatre fois supérieur à l’objectif de 2 % assigné à la banque centrale.

Avec 5,2 % en rythme annuel, le chiffre français peut sembler moins mauvais que celui des pays voisins, mais ce résultat est en réalité dû aux boucliers tarifaires, notamment pour le gaz et l’électricité, qui ont limité l’inflation dans l’hexagone. Une déformation étatique de la structure des prix, qui s’est traduite par plus de vingt milliards d’euros de dépenses supplémentaires pour la seule énergie, conduisant à un nouvel alourdissement de la dette publique. Il est à noter que ce type de mesure ne fait que décaler le problème dans le temps.

Le marché obligataire en proie à la tourmente

« Nous y sommes. Nous pouvons dire que nous assistons un krach obligataire », a déclaré Jean-Marc Delfieux, responsable de la gestion obligataire chez Tikehau Capital, suite au rude ajustement opéré sur les taux sans risque et sur la prime de risque sur le crédit.

Sans surprise, la semaine a donc été mouvementée sur les marchés obligataires (qui pèse en euros 2 775 milliards). Avec une volatilité extrêmement importante, la dette souveraine à court terme inclus.

« La Bourse, malgré la forte baisse des derniers jours, s’accroche toujours sur des multiples de valorisation qui sont loin d’être soldés, alors même que les entreprises n’ont pas encore révisé à la baisse leurs perspectives de résultats », rapporte La Tribune.

Comme en 2010, le marché obligataire de l’Eurozone laisse de nouveau entrevoir des signes alarmants. L’indicateur clé de ce marché est le taux d’intérêt des emprunts d’État à dix ans, considérés comme l’actif financier le plus sécurisé. Or, sur le même schéma qui s’est produit une décennie plus tôt, les taux d’emprunt des différents États membres de l’Union européenne recommencent à diverger.

L’écart se creuse particulièrement depuis que la Banque centrale européenne a annoncé mettre fin à ses rachats en juillet. Un écart de taux qui signifie qu’il sera plus risqué de prêter à certains pays qu’à d’autres. Cela étant, en Europe, des pays comme l’Allemagne - poids lourd économique de l’Eurozone – ont proportionnellement bien moins besoin d’emprunter que la Grèce, l’Italie ou la France, puisqu’elle ne recourt pas systématiquement au déficit public et que son besoin de refinancement est faible, sa dette rapportée à la taille de son Produit intérieur brut étant une des moins élevées.

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Un contraste avec des États comme la France, qui aujourd’hui, même en période de croissance, ne remboursent pas leurs dettes, puisque leurs taux d’endettement s’accroissent sans jamais baisser. En réalité, ils se contentent de procéder à un roulement de cette dette, non pas dans une optique de financer des investissements, mais de subvenir à des dépenses courantes…

Par ailleurs, outre que la BCE n’a pas encore entamé la normalisation prévue pour juillet, elle accélère de nouveau sa création monétaire sur fond d’inflation installée et croissante, conduisant à un surendettement généralisé… En conséquence, même si la BCE a annoncé l’accélération de la conception d’un nouvel instrument d’anti-fragmentation de l’euro, dont on peut d’ores et déjà mettre en doute l’efficacité (une solution pour un problème insoluble ?) tant que la Fed tient sa ligne, l’euro va continuer à s’affaiblir. Alors, à quand le krach ?

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