Sainte-Soline : nouveau front de la tension sociale

Auteur(s)
Gilles Gianni, France-Soir
Publié le 26 mars 2023 - 14:35
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Sainte-Soline
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PASCAL LACHENAUD / AFP
Des fourgons de la Gendarmerie nationale ont été incendiés.
PASCAL LACHENAUD / AFP

CRISE - Samedi 25 mars, à Sainte-Soline (Deux-Sèvres), près de 30 000 manifestants ont protesté contre la construction d’une nouvelle réserve d’eau dédiée à l’irrigation agricole, une aberration écologique à leurs yeux. L’encerclement du chantier et son blocage envisagé par les opposants aux “bassines” ont été évités par quelque 3200 policiers et gendarmes dépêchés sur place par la Préfecture. Mais au prix d’un lourd bilan : de nombreux blessés sont à déplorer des deux côtés, dont plusieurs en état d’urgence absolue. Un front supplémentaire de vive contestation sociale (et environnementale) s’annonce pour le gouvernement qui mise, pour le fixer, sur une utilisation intensive des forces de l’ordre. Au risque d’une lassitude de celles-ci et d’une radicalisation des futures mobilisations ?   

L’association “Bassines, non merci”, le mouvement “Les Soulèvements de la Terre” (composé de syndicats, citoyens, paysans et ONG) et la Confédération paysanne sont à l’origine de la manifestation, non autorisée par les autorités. Ils dénoncent de concert un projet qui représente selon eux “un accaparement” de l’eau “par l’agro-industrie”.

Le projet regroupe 16 retenues d'eau capables de stocker six millions de mètres cubes à destination des cultures de 450 agriculteurs. Il divise quant à son principe, soit l’exploitation des nappes phréatiques l’hiver pour compenser le manque récurrent de précipitations en été.

3200 gendarmes et policiers sur place 

Samedi, vers 13 heures, une marche de 30 000 opposants à cette “substitution” néfaste pour l’environnement, s’est élancée vers le chantier. Un chiffre estimé à 8000 selon la Préfecture, dont 1000 individus “prêts à en découdre avec les forces de l’ordre”.  

Face aux manifestants, 3200 gendarmes et policiers ont été déployés sur place afin de protéger les abords de la “mégabassine” et éviter l'occupation de la future réserve d’eau, ainsi nommée par les adversaires du projet. 

Ces derniers ont eu recours à divers projectiles, dont "des mortiers d'artifices” et “des cocktails molotov de forte contenance". Les forces de l’ordre ont quant à elles répliqué avec des gaz lacrymogènes, fait l’usage d’un canon à eau et supervisé les opérations avec plusieurs hélicoptères.  

Une véritable bataille en plein champ s’est déroulée sous les yeux des autres manifestants, dont l’essentiel est resté éloigné et n’a pas participé à l’affrontement. De multiples et impressionnantes détonations ont résonné; plusieurs véhicules de la gendarmerie ont été incendiés après avoir été la cible d’une foule compacte et visiblement aussi organisée que déterminée.   

Bataille de l'image. Des secours bloqués ?

Une autre bataille s’est engagée, celle des réseaux sociaux et de l’image. La gendarmerie a produit ses propres vidéos de l’événement, publiées en temps réel de façon à prévenir la population “d’éviter le secteur”. Les images montrent de leur point de vue le danger des lancers de projectiles sur leurs équipes.  

De leur côté, les manifestants sur place ont aussi montré les jets de grenade lacrymogènes et les tirs de LBD à leur encontre, à partir de quads de la police lancés à pleine vitesse. Dans tous les cas, des deux côtés, ces vidéos montrent l’intensité des affrontements et le recours à des projectiles puissants. 

Conséquence directe, le lourd bilan humain : une trentaine de personnes ont été blessées, dont plusieurs dans un état très grave, dont deux gendarmes et trois manifestants en état d’urgence absolue (40 manifestants ont été "grièvement" blessés et l'un d'entre eux a été confirmé en état d'urgence "vitale" par le parquet de Niort). Par ailleurs, un photographe de presse a été touché à la tête.

Du côté des manifestants : 

Du côté de la communication officielle de la Gendarmerie nationale :

Une polémique est née quant à la gestion des secours sur place. Les forces de l’ordre et manifestants se sont mutuellement accusés de ne pas avoir laissé l’évacuation des blessés se dérouler librement. La ligue des Droits de l’homme (LDH) a interpellé sur Twitter la préfecture, indiquant des blocages ayant empêché l’intervention des secours.

Selon la LDH, "le SAMU a indiqué à un médecin sollicitant des secours d’urgence, lors d’une conversation à laquelle les avocats de la #LDH ont assisté, que le commandement sur place leur avait donné l’ordre de ne pas intervenir sur place."

Question environnementale, nouvelle crise sociale

Alors qu’une nouvelle journée de mobilisation contre la réforme des retraites s’annonce, un nouveau point chaud apparaît pour le gouvernement. Si la tension sociale est ici liée à la défense de l’environnement, un schéma récurrent semble apparaître : de fortes mobilisations provoquées par le sentiment d’injustice de citoyens, face à des projets qui défendraient - d'après eux - davantage les intérêts privés que l'intérêt commun.

Ce parallèle, voire la présentation d’une convergence des luttes, est fait par les organisateurs précités de la journée internationale pour la défense de l’eau présents à Sainte-Soline : "Alors que le pays se soulève pour défendre les retraites, nous allons simultanément faire front pour défendre l'eau", ont-ils déclaré, vendredi dernier.

Une vision globale encouragée par des manifestants, comme l'exprime auprès de l'AFP une technicienne bretonne en maraîchage : "C'est pas les écolos contre les agriculteurs. Il faut une concertation de la société sur ces sujets". 

Seule réponse tangible du gouvernement, jusqu'à maintenant, à ces grandes tensions, la mobilisation de forces de l’ordre en nombre et à répétition. Une manière de procéder ressentie par de nombreux citoyens comme de la “répression”.

Interrogée par France Info, une opposante aux “mégabassines”, considère comme “absurde une répression aussi forte” par rapport à la cause défendue et souhaite continuer “à défendre le bien commun” et à “se mobiliser”. Au risque de débordements violents d'une frange radicalisée de la contestation ? 

"Je n'ai aucun problème avec cette violence”, indique à l’AFP un manifestant venu du Nord à Sainte-Soline, "même si je n'y prends pas part. Il y a de la violence partout en ce moment, à commencer par cette réforme des retraites""Je comprends que des gens aient la rage", ajoute-t-il. 

Une rage qui doit être contenue par les forces de l’ordre, elles-mêmes extrêmement sollicitées et évoquant une certaine lassitude dans leurs propres rangs, selon nos sources. Une usure grandissante qui peut entraîner des dérapages, attisant alors la contestation. Un cercle vicieux, périlleux pour l'exécutif.

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