Une étude menée par le CHU d’Angers conclut à l’efficacité de la vitamine D dans le traitement du Sars-CoV-2

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FranceSoir
Publié le 09 juin 2022 - 16:48
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Vitamine D
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Une étude randomisée baptisée COVIT-TRIAL, pilotée par le Centre hospitalier universitaire d’Angers, publiée le 31 mai 2022, conclut à une action positive de la vitamine D administrée à forte dose sur les patients âgés susceptibles de faire une forme grave.

Analyse de l’étude

L’étude scientifique COVIT-TRIAL (COvid-19 and high-dose VITamin D supplementation TRIAL in high-risk older patientsinitiée par le professeur Cédric Annweiler, chef du service de gériatrie au CHU d'Angers, a été réalisée entre avril et décembre 2020 sur 254 patients répartis sur neuf unités hospitalières ou résidant dans des maisons de retraites adjacentes aux centres de recherche. Cet essai a été initié afin de vérifier si une supplémentation à dose unique élevée de cholécalciférol (vitamine D3) administrée par voie orale dans les 72 heures après le diagnostic d’infection par Covid-19 améliore, par rapport au cholécalciférol à dose normale, la survie globale à 14 jours chez les adultes âgés.

Les patients éligibles et consentants étaient âgés de 65 ans ou plus avec au moins un facteur de risque d’aggravation ou âgés de plus de 75 ans sans comorbidité. Ils ont été répartis de manière aléatoire en deux groupes. Le premier groupe a reçu une dose orale unique de cholécalciférol élevée de 400 000 UI et le second groupe, une dose standard de 50 000 UI.

Résultat : huit des 127 patients du groupe ayant reçu une dose élevée de cholécalciférol est décédé dans les 14 jours, soit 6 %. On dénombre un nombre plus important de décès (14 soit 11 %) dans le groupe qui a reçu une dose standard.

Ces résultats permettent de conclure à un effet protecteur de la vitamine D administrée en dose élevée en phase précoce de la maladie au jour 14. L’effet bénéfique n’a cependant plus été observé 28 jours après.

Une étude qui tombe à point nommé

Cette étude en faveur de la vitamine D, vient à la suite de l’appel de 73 experts réunis autour du professeur Annweiler, chef de service de Gériatrie au CHU d’Angers, et du professeur Jean-Claude Souberbielle, attaché au service d’explorations fonctionnelles de l’hôpital Necker-Enfants malades à Paris.

Tous appelaient à supplémenter l’ensemble de la population française en vitamine D afin d’aider les patients, touchés par l'infection, à réduire les risques de formes graves de la maladie, le nombre d’entrées en réanimation et de décès.

Ces chercheurs expliquaient que c’était « une mesure simple, sans danger, peu coûteuse et remboursée par l’Assurance maladie ».

Un constat qui n’était toutefois pas partagé par l’ensemble du corps médical puisque le ministre de la Santé Olivier Véran, les infectiologues Karine Lacombe et Nathan Peiffer-Smadja remettaient en cause son utilité.

BFMTV ne ménageait pas ses critiques contre la supplémentation en vitamine D, n’hésitant pas à affirmer qu’un « haut niveau de vitamine D ne protège pas du Covid-19, bien au contraire, il augmenterait le risque d’hospitalisation par deux et tendrait également à faire progresser le risque de formes graves ».

En janvier 2022, le gouvernement a décidé d’inclure la vitamine D sur la liste des substances présentant des propriétés de perturbation endocrinienne. Pour ce faire, il a fait paraître un projet d’arrêté incluant le cholécalciférol, une forme de vitamine D sur la liste des substances en vue de la faire interdire.

« La vitamine D dont les effets bénéfiques sont innombrables en santé humaine (minéralisation osseuse, fonctionnement du système immunitaire, etc.), n'a pas sa place dans une liste de composés potentiellement "néfastes" entraînant un dérèglement hormonal et des effets délétères associés » avait déclaré le directeur de recherche au CNRS et docteur en biologie cellulaire et microbiologie Jean-Marc Sabatier qui préconise également de l’associer au zinc et au magnésium, cofacteurs dont elle a besoin afin d’être modifiée en calcitriol afin de devenir active.  

Pour comprendre le mode d’action de la vitamine D au niveau de l’infection par coronavirus, Jean-Marc Sabatier nous rappelle que le virus en se fixant sur le récepteur cellulaire ECA2 (enzyme de conversion de l’angiotensine 2) par l’intermédiaire de sa protéine Spike, interfère avec un système hormonal complexe et ubiquitaire, appelé système rénine-angiotensine (SRA). Présent au niveau de tous les organes et tissus, on le retrouve également dans les microbiotes intestinal, buccal et vaginal. Le SRA pilote aussi l’immunité innée. En s’attaquant au SRA, le Sars-CoV-2 le rend dysfonctionnel, ce qui entraîne de possibles répercussions sur de très nombreux organes et tissus (le cerveau, le cœur, les poumons, la rate, le foie, le pancréas, le système vasculaire, le système auditif, les yeux, la peau, les intestins, les glandes surrénales, les organes reproducteurs, etc.).

Une supplémentation régulière en vitamine D ou à plus forte dose dans le cadre de l’infection peut aider à contrecarrer le dysfonctionnement du système rénine-angiotensine et la suractivation « délétère » du son récepteur AT1R à l’origine des maladies Covid-19.

Si l’utilité de la vitamine D n’est pas nouvelle dans le bon fonctionnement de l’organisme, l’apparition du Sars-CoV-2 a conduit certains chercheurs à une meilleure compréhension des différents mécanismes impliqués dans son métabolisme et la découverte récente de son rôle protecteur du système rénine-angiotensine illustre son rôle crucial dans la lutte des maladies Covid-19.

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