Pandémie : l'OMS annonce la fin de "l'urgence de santé publique de portée internationale" (USPPI)

Auteur(s)
Chloé Lommisan, France-Soir
Publié le 06 mai 2023 - 14:00
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Fabrice COFFRINI / AFP
Fabrice COFFRINI / AFP

SANTÉ - Depuis ce vendredi 5 mai 2023, "le Covid-19 n'est plus une urgence sanitaire de portée internationale" (USPPI), a déclaré Tedros Adhanom Ghebreyesus, le directeur général de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS). 

Est-ce à dire que la pandémie de Sars-CoV-2 est terminée ? Pas encore, d'après le système de surveillance et d'alerte des situations pandémiques de l'OMS, qui suit la règlementation sanitaire internationale (RSI) mise au point en 2005, remaniée depuis mai 2021 dans le cadre de la future application du Traité international sur les pandémies.

Même si la fin de l'USPPI peut laisser penser à une annonce à venir en ce sens avant l'été 2023, Mike Ryan, directeur de l'OMS, a précisé que "le temps n'est pas venu" et qu'il "existe encore une menace", en l'occurrence l'émergence d'un énième variant.

Omicron a changé la donne

D'après les données scientifiques et les statistiques médicales, en matière de santé publique et comparée à d'autres périls viraux, la pandémie est pourtant achevée depuis longtemps. Le variant Omicron, qui a supplanté à partir de décembre 2021-janvier 2022 son prédécesseur Delta, a changé la donne. Largement moins létal, il ne représente plus un danger sanitaire, ni à l'échelle mondiale, ni à l'échelle d'aucun pays.

En France, dès mai 2022, les bulletins Sentinelles de l'INSERM, qui s'appuient sur les données récupérées par la médecine générale, indiquent un taux d'incidence des cas d'infection respiratoire aigue (IRA) vus en consultation à 63 cas pour 100 000 habitants.

Non seulement il est périlleux de parler en dessous de 150 cas pour 100 000 habitants d'une épidémie agissante au sein d'une population, mais ce chiffre (du 23 au 29 mai 2022) prend alors en compte l'ensemble des virus qui peuvent être la cause d'une infection respiratoire. La part du Sars-CoV-2 au sein des IRA ne fait alors que diminuer de semaines en semaines. Une tendance générale qui a été observée, à la même période, dans tous les pays du monde. 

Une déclaration de pandémie trop tardive ?

Le 30 janvier 2020, Tedros A. Ghebreysus annonce au monde le début d'une période de 3 ans et 3 mois sous USPPI, en s'appuyant sur les données fournies par un rapport de situation. La déclaration de pandémie est quant à elle faite le 11 mars 2020. Certains observateurs pensent à l'époque que celle-ci est trop tardive.

Dans les faits, sa déclaration est aussi rapide que lors de la dernière pandémie en date, de 2009, à cause du virus H1N1, responsable de la maladie de la grippe A. À l'époque, nommer une pandémie et la déclarer n'est pas chose si aisée. 

Selon le texte du règlement en vigueur et les définitions qui l'accompagnent, un "nombre élevé" de décès des malades doit être constaté dans "plusieurs États membres" de l'OMS. Ce qui n'était alors pas le cas pour la grippe A, qui s'est développée au Mexique (bien que le patient-zéro soit californien) et qui est restée heureusement fort peu létale.

Mais c'était sans compter sur l'OMS, qui a procédé en mai 2009 à une modification des définitions. Ainsi, finie l'obligation de compter "un nombre élevé" de morts liés à un nouveau virus cause d'épidémie : selon les textes, une "transmission accrue et soutenue" au sein de "deux zones régionales sur six" suffit à nommer la présence d'une pandémie.

Voilà qui permet à l'OMS, le 11 juin 2009, de déclarer l'alerte maximale pour la grippe A. Le plan de vigilance des pandémies atteint alors l'ultime "niveau 6" (une codification disparue en mai 2021). Cette information est abondamment relayée, à l'unisson, par les médias mainstream qui ont suivi toutes les communications de l'OMS sans véritablement lire les données et les études scientifiques publiées.

Par exemple, la comptabilisation floue des décès au Mexique en début de crise, erronée, est finalement revue à la baisse par les autorités sanitaires et l'OMS, qui ont pourtant axé sur ces bilans "gonflés" toute leur communication, particulièrement anxiogène.

Surtout, cette annonce de "pandémie" place mécaniquement les États membres de l'OMS en ordre de bataille, prêts à commander médicaments anti-viraux et vaccins. Sans cette étape, commercialement et juridiquement, cela n'est pas envisageable.

Une décision prise sur des projections ?

En 2020, avec un timing similaire, le déroulement des événements s'est reproduit d'une façon comparable. Le 30 janvier, il n'y a pas encore de décès du Covid en "nombre élevé". Et si 82 cas sont recensés selon l'OMS dans 18 pays, essentiellement en Asie, l'ensemble des pays du globe continuent alors de soigner les infections respiratoires comme la pratique médicale le recommande.

Le premier cas de coronavirus Sars-CoV-2 hors de Chine a été décelé en Thaïlande, le 13 janvier 2020. Il suit ensuite le chemin de Hong-Kong vers l'Italie, le 28 janvier. Le 6 mars 2020, le bilan en Italie totalise 197 morts et 4636 contaminations. Le 11 mars, la France totalise 2281 cas et 48 décès. Ces chiffres souffrent à ce moment-là d'un manque d'analyse et de recul, mais sont quotidiennement annoncés au public, en rotation lourde. 

Le 16 mars, l'épidémiologiste britannique controversé Neil Ferguson et son équipe publient un document indiquant qu'en l'absence de mesures pour freiner la propagation de l'épidémie, le virus est susceptible de causer "510 000 morts au Royaume-Uni" et "plus de 2,2 millions aux États-Unis".

Malgré ses multiples erreurs en matière de prédictions alarmistes depuis des années au sujet de la gestion des crises sanitaires, Ferguson demeure écouté par les sphères du pouvoir. Il rencontre Emmanuel Macron le 12 mars pour lui signifier, de façon anxiogène et en s'appuyant sur une méthodologie très discutable basée sur un vieil algorithme mathématique, le risque d'un demi-million de morts "si l'on ne fait rien". 

Alors que l'OMS a annoncé la veille, le 11 mars, l'état de pandémie, l'exécutif français fait quelque chose : le 17 mars 2020, la France connaît son premier confinement.

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