Vaccin, confinement, masque... le Pr Cyrille Cohen s'exprime sur les “erreurs” et les “bonnes décisions” durant la crise covid

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FranceSoir
Publié le 29 novembre 2022 - 16:55
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Cyrille Cohen
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Capture d'écran CNews
Le Pr Cyrille Cohen sur le plateau de CNews lundi 28 novembre.
Capture d'écran CNews

Invité lundi 28 novembre à l’émission “L’heure des pros” sur CNews, le Pr Cyrille Cohen, immunologiste à l'université Bar-Ilan à Tel-Aviv, s’est exprimé sur les principaux points et polémiques liés à l'épidémie de coronavirus depuis la fin 2019. Efficacité du vaccin anti-Covid et ses effets secondaires, port du masque, confinement… L’invité de CNews a donné son opinion sur ces questions, ne manquant jamais de nuancer ses réponses, “ni blanches ni noires”.

Le Pr Cyrille Cohen essaie de se prêter au jeu du “Oui ou non” de l’animateur de l’émission, Pascal Praud, qui l’a d’abord invité à réagir sur le constat fait par John Ioannidis, chercheur à l'université de Stanford et médecin épidémiologiste, selon lequel “la létalité avant la vaccination anti-Covid sur les tranches d’âge inférieur à 70 ans est encore inférieure à celle qui avait été évaluée” avant la vaccination.

“Dans un sens, oui, c’est vrai... Il faut être prudent. Une des choses dont on se rend compte est que beaucoup d'infections n’ont pas été diagnostiquées. Si vous avez diagnostiqué cent sur deux cents personnes, la létalité est deux fois plus importante car vous avez manqué une centaine de cas”, répond le Pr. Cohen. “On se rend compte maintenant qu’on a pas diagnostiqué tout le monde. On diagnostiquait seulement les personnes âgées et les personnes qui présentaient des symptômes. C’est de là que sont dérivés de ces chiffres. Aujourd’hui, on a d’autres estimations. C’est évident", a-t-il affirmé.

L’animateur de “L’heure des pros” cite encore John Ioannidis qui a affirmé, selon Pascal Praud, que “la létalité est égale à celle de la grippe pour les adultes jusqu’à 69 ans et inférieure pour les jeunes et les enfants”. “Je n’ai pas tous les chiffres mais je pense que c’est proche”, estime encore le spécialiste en immunologie. “Mais je crois qu’à la phase initiale de la covid, on ne peut pas comparer la grippe et la covid… Les hôpitaux étaient bondés”, rappelle-t-il.

Le premier confinement oui, ceux d’après non

Pascal Praud a ensuite évoqué la décision du gouvernement de confirmer plusieurs fois les Français. Il cite, encore une fois, l’épidémiologiste américain, qui est l’auteur d’une étude comparative entre 63 pays sur les mesures de contraintes sanitaires : selon “cette analyse très fine, ces mesures n’apportent pas de bénéfices probants”.

Qu’en pense le Pr Cohen ? “Un certain bénéfice, oui”, affirme-t-il. “Du moins, la première fois, pour comprendre à quoi on fait face. Les confinements d’après, je suis beaucoup moins convaincu quant à leur caractère essentiel. Je ne pense pas qu’il y avait un bénéfice (...) C’est effrayant. Je l’avais dit”, a-t-il répondu.

L’immunologiste souligne qu’il fallait “distinguer la première phase, quand on ne comprenait pas ce qui arrivait. C’était une gestion de risque. Ce n’est pas blanc ou noir (...) Je ne pense pas que les autres confinements étaient viables et nécessaires. Il fallait recourir à des méthodes à prendre de manière plus ciblée”, a-t-il ajouté. 

Interrogé sur la stratégie “zéro covid” en Chine, Cyrille Cohen estime que “c’est zéro". "Cela ne marchera pas. Nous l’avons vu en Australie, en Nouvelle-Zélande, à Hong-Kong”, insiste-t-il. Il ajoute : “La Chine a peur de ce qui s’est passé à Hong-Kong. Ils ont réalisé qu’ils ne pouvaient pas contenir le variant Omicron. À un moment, les hôpitaux ont été surchargés avec des centaines de morts par jour. On ne peut pas stopper le covid, à moins de fermer toutes les frontières”.

Le spécialiste en immunologie a avancé trois possibilités sur l’origine du coronavirus. Premièrement, “un virus modifié dès le départ, de manière consciente. On ne pense pas que c’est cela. Si c’était le cas, on l’aurait fait de manière un peu différente”, dit-il. Le virus a-t-il été “cultivé dans un laboratoire d’où il s’est échappé”. Le Pr Cohen estime que “c’est possible, à 30% de chances”. "La troisième possibilité qu’il soit un événement naturel comme MERS-CoV et SARS-CoV, c’est aussi possible. Je ne vais pas dire que l’une des deux dernières possibilités est plus valide que l’autre”.

“Bien sûr qu’il fallait vacciner”

La question avait également suscité un vif débat, notamment les premiers mois de l’épidémie. “Existe-t-il des études précises sur l’efficacité des masques”, demande l’animateur à son invité. “Oui, on a des études précises, même quelques fois contradictoires, qui disent que l’impact du masque n’est pas aussi fort que ce qu’on pensait”, répond Cyrille Cohen : “Encore une fois, ce n’est ni tout à fait blanc ni tout à fait noir”. Il préconise de le mettre dans les endroits clos. “Moi, dans le métro de Paris hier, j’ai mis mon masque (...) Mais de manière générale, je pense que si nous sommes à l’air, dans des endroits fluides…”, pas besoin, dit-il, non sans constater la frustration des chroniqueurs.

Il estime toutefois que durant la pandémie, “il y a eu un avantage pour les masques, surtout pour les populations en danger, quand il fallait essayer de réduire un peu la contamination”. Le Pr Cohen souligne ainsi que “le masque a été prouvé comme un moyen de protéger la contamination quand on est malade plutôt que d’empêcher qu’un malade propage le virus”.

Pascal Praud pose, plus tard, la question qui fâche, c’est-à-dire la vaccination et son caractère obligatoire. Son invité lui répond qu’il “ne pense pas qu’on ait fait n’importe quoi”. 

À une question de savoir si le vaccin empêchait la transmission du virus, son invité répond par un “un peu, juste un peu, après la vaccination”.  Devant la réaction des chroniqueurs, Cyrille Cohen insiste sur “deux composantes”. Premièrement, “le vaccin protège essentiellement des formes graves”, dit-il. “La deuxième chose, je pense que l'exposition au variant Omicron est naturelle”.

Fallait-il pour autant vacciner toute la population ? “Bien sûr qu’il fallait vacciner", répond-il. Et de préciser : "Pour les gosses de 15 ans, c’était moins urgent”, admet le Pr Cohen. “Si vous me demandez aujourd’hui si je dois vacciner les enfants de six mois à quatre ans, je ne le ferai pas (...) Aujourd’hui, la balance bénéfices-risques a bien changé car l’Omicron est beaucoup moins dangereux qu’on connaissait il y a un an”, a-t-il ajouté.

“La plus grosse erreur...”

Interrogé par la suite sur les effets secondaires du vaccin, l’invité de “L’heure des pros” estime que “de manière générale, les effets recensés ressemblent beaucoup aux effets secondaires des autres vaccins”. La différence réside, dit-il, “dans la fréquence”. “À partir de juin 2021, une des choses qui serait réelle sont les myocardites. Leur fréquence pour les 16-25 ans est beaucoup plus importante (...) Pourtant, ce sont des jeunes dont le risque d’aller en réanimation était pratiquement de zéro”.

Les prochains variants du coronavirus seront-ils automatiquement plus faibles ? “1916, la grippe espagnole”, répond sèchement cet immunologiste. “On avait des épidémies de grippe et tout d’un coup, on se retrouve avec un variant beaucoup plus dangereux”, rappelle-t-il. 

Pour résumer la gestion de la crise sanitaire liée à l'épidémie de coronavirus, Cyrille Cohen reconnait qu’il “y a eu des erreurs”.

“Je ne vais pas entrer dans la politique (...) Quand on mélange du sanitaire avec du politique on obtient du politique (....) mais dans chaque pays, comme en Israël, on a un peu utilisé le covid à des fins politiques, beaucoup même quelques fois. Mais, la plus grosse erreur, était de ne pas laisser les écoles ouvertes. Pour moi, c’est un drame. Fermer les écoles, empêcher les éducations, cela n’aurait jamais dû être arrivé”, conclut-il.

Sur les réseaux sociaux, l’intervention de Cyrille Cohen a été largement relayée. Des internautes insistent sur les cas de myocardites chez les jeunes tandis que d’autres reprennent sa déclaration sur les confinements “au bénéfice non probant”.

Certains qualifient son “témoignage” de “capital”, tandis que d’autres l’accusent de “botter en touche”. Sur son compte Twitter, il nuance toujours ses propos, écrivant “on n'a pas toujours les réponses à tout, et pas de choses blanches ou noires, des erreurs et des bonnes décisions ont été prises. Apprenons humblement”.

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