Canada : malgré l'urgence, le groupe Meta maintient le blocage des informations relatives aux feux de forêts et essuie une salve de critiques

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France-Soir
Publié le 23 août 2023 - 10:30
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AFP / Sylvia Webster
Fumée s'élevant d'incendies de forêt près de Yellowknife, dans les Territoires du Nord-Ouest, au Canada, le 13 août 2023.
AFP / Sylvia Webster

BIG TECH/C-18 - Au Canada, cet été, 13 millions d’hectares ont été ravagés par les feux de forêts. Une situation critique qui a rendu nécessaire une bonne information du public, notamment durant l'évacuation de 168.000 personnes. Cette crise exacerbe un bras de fer qui oppose la Big Tech Meta et les médias canadiens locaux. En effet, ces derniers accusent la plateforme numérique d'avoir bloqué des actualités liées aux incendies. À l'origine du problème, la firme dirigée par Mark Zuckerberg refuse de se plier à une nouvelle loi qui oblige les géants du numérique à partager les revenus générés par des contenus créés par la presse. Les médias se disent "inquiets" des blocages opérés par Meta, qui est accusé de "faire passer ses profits avant la sécurité des gens".  

Adoptée fin juin 2023, la loi C-18, appelée "Online News Act", vise à "renforcer l’équité des relations entre les entreprises de nouvelles (la presse, ndlr) et les plateformes de communication en ligne", à savoir les réseaux sociaux. Le texte entend soutenir les médias canadiens en contraignant ces plateformes à conclure des accords de partage de revenus avec les médias.  

En réaction à l’adoption de la loi par le Sénat, le groupe Meta a annoncé "que la disponibilité des nouvelles sur Facebook et Instagram sera interrompue pour tous les utilisateurs au Canada".

Chose faite le 1er août, avant l’entrée en vigueur du "Online News Act" : la firme californienne a annoncé le blocage de l’accès des internautes aux contenus médiatiques sur Facebook et Instagram. D'après Meta, qui se justifie, les médias se servent volontairement de ses deux réseaux sociaux pour "accroître leur lectorat et augmenter leurs bénéfices", sachant que "ce n’est pas l’actualité qui pousse les personnes à utiliser ces plates-formes".  

"Inquiets", les médias locaux protestent 

Le blocage des contenus par Meta a jusque-là suscité l’inquiétude de la presse, particulièrement francophone, à l’intérieur et en dehors du Québec. Au Nouveau-Brunswick, Francis Sonier, l’éditeur-directeur général du journal l’Acadie Nouvelle, explique que son établissement se prépare déjà à un bras de fer avec les plateformes numériques et réfléchit comment "rediriger l’auditoire vers des canaux plus directs".

"Ce n'est pas la première fois que les médias subissent les caprices de Meta. On a déjà vécu ça, avec une baisse d'achalandage (attraction de nouveaux lecteurs, ndlr) liée à Facebook parce que les algorithmes avaient été changés", a-t-il regretté

Dans l’État du Saskatchewan, Kerry Benjoe, rédactrice en chef du Eagle Feather News, un média s’adressant principalement aux Premières Nations (peuples autochtones du Canada, ndlr) et aux communautés métisses, explique que l’attitude de Meta a fait baisser son audience de 400.000 à 10.000 vues.

Exprimant cette baisse vertigineuse, la journaliste rappelle que [diffuser sur les réseaux sociaux] permet "d'atteindre des personnes non seulement en Saskatchewan, mais aussi au niveau national et mondial"

"Certains de nos articles étaient lus dans des pays comme la Suisse. Le fait de ne plus avoir cet accès est vraiment inquiétant". Il convient de préciser que sur le site du média, il est fait mention de "15.000 à 20.000 visites par mois". Les réseaux sociaux permettaient ainsi à l’Eagle Feather News de toucher une audience dans les grandes villes, où les 10.000 exemplaires "imprimés" du titre ne sont pas distribués.  

Au Québec, c’est le mouvement citoyen "Les AMIS", qui défend les médias dans la province francophone, qui a appelé lundi 21 août 2023 les citoyens et les parlementaires à boycotter Facebook et Instagram pendant 48 heures durant cette semaine. "Nous devons nous tenir debout pour démontrer à Meta que nous ne nous laisserons pas bousculer. Meta doit comprendre que l'étranglement de nos contenus d'actualités est la goutte de trop dans notre relation déjà tendue avec leurs plateformes", a déclaré Marla Boltman, directrice générale pour Les AMIS, par communiqué

Un blocage "inconcevable", "imprudent" et "irresponsable"

Le refus du géant californien à se conformer à la loi C-18 a pris une autre dimension avec les feux de forêts qui ont ravagé près de 14 millions d’hectares. Lundi, c’est le gouvernement canadien qui a tiré à boulets rouges sur Meta, critiqué par le Premier ministre Justin Trudeau pour avoir bloqué des informations liées aux incendies.

"Facebook fait passer les profits de l’entreprise avant la sécurité des gens", a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse télévisée. Les manœuvres de Meta sont "inconcevables", "imprudentes" et "irresponsables" de l’avis du gouvernement, particulièrement durant une crise où "il est crucial de disposer d’informations actualisées".  

Parmi les 168.000 personnes qui ont dû être évacuées en raison des incendies, certaines se sont plaintes auprès des médias du blocage appliqué par Meta. "Il est temps que nous attendions davantage de sociétés comme Facebook, qui gagnent des milliards de dollars sur le dos des Canadiens", a déclaré Justin Trudeau. 

Le groupe de la tech a réagi via son porte-parole, affirmant que les Canadiens pouvaient toujours accéder aux informations des agences gouvernementales officielles, des services d’urgence et des organisations non gouvernementales sur la plateforme pour se renseigner. En outre, Facebook a activé la fonction "Safety Check" qui permet aux internautes de signaler à leurs proches qu’ils sont en sécurité en cas de crise, de catastrophe ou d'attentat terroriste.

Malgré la demande des autorités canadiennes de lever ce blocage, Meta campe sur sa position. Ses utilisateurs peuvent toujours utiliser ses plateformes pour "se connecter à leurs communautés" et obtenir les informations désirées, justifie-t-on encore.

Interrogé après l’adoption de la loi C-18, l’ex-ministre du Patrimoine, Pablo Rodriguez, désormais ministre des Transports, avait exprimé sa confiance quant à une victoire du gouvernement canadien. "Je n’ai jamais pris une décision basée sur la menace, et je ne le ferai jamais", mais "aucune compagnie n’est au-dessus de la loi", a-t-il dit. Le texte prévoit un processus d’arbitrage contraignant si les médias et les géants du numérique n’aboutissent pas à un accord.

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