Grève à la SNCF : les syndicats gagnent le pari de la remobilisation

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Par AFP - Paris
Publié le 14 mai 2018 - 06:00
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Des employés de la SNCF à la gare Saint-Lazare lors d'une grève contre la réforme du statut des cheminots, le 24 avril 2018 à Paris
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© BERTRAND GUAY / AFP
La journée s'annonce "très difficile" à la SNCF, de l'aveu même de la direction.
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Avec 27,58% de grévistes lundi à la SNCF, les syndicats ont réussi à muscler la mobilisation contre la réforme ferroviaire, en lançant en parallèle leur consultation auprès des cheminots sur le projet du gouvernement.

La participation lors de cette journée voulue "sans cheminots" est la troisième plus forte en semaine depuis le début du mouvement, après les taux inégalés du premier épisode de grève les 3 et 4 avril (33,9% et 29,7%). Ce net sursaut succède à une glissade jusqu'à 14,46% mercredi, le plus bas taux enregistré.

La mobilisation s'est envolée chez les conducteurs (74,4%), contrôleurs (74,3%) et aiguilleurs (36,7%), selon les chiffres de la direction. Un fort rebond a été constaté chez les cadres, en grève à 10,14% (contre 3,1% mercredi).

"On voulait montrer que la détermination reste intacte. C'est une démonstration réussie", s'est félicité Laurent Brun, secrétaire général de la CGT-Cheminots, sur BFMTV.

En ce 18e jour de grève depuis début avril - soit la moitié du calendrier annoncé pour la grève par épisode -, le trafic ferroviaire était "très perturbé" avant "un retour progressif à la normale" attendu mardi.

A la grève, se sont ajoutés dans la matinée des incidents et actes de malveillance, a accusé la direction, qui va déposer une cinquantaine de plaintes. "Ça va du passage à niveau en dérangement aux clefs du local perdu et, bien sûr, la coupure d'alimentation électrique à Marseille et le sectionnement d'une caténaire en Normandie", a expliqué un porte-parole à l'AFP.

A la gare Saint-Charles de Marseille, la circulation des trains a aussi été paralysée par un blocage des voies.

"On considère que c'est un détournement du droit de grève, ce type d'exaction" et "plus de 5.000 clients ont été impactés par ces actions", a relevé sur RTL le directeur général adjoint de la SNCF, Mathias Vicherat, en évoquant un "durcissement de certains" grévistes.

- Appel "aux urnes" -

Ce rebond de la mobilisation est "un bon signal pour l'ouverture" de la "vot'action", a estimé Sébastien Mariani, de la CFDT Cheminots. "Déjà 10.000" agents "ont participé" à la consultation lancée par l'intersyndicale CGT, Unsa, SUD-Rail et CFDT, qui sera close le 21 mai, a précisé lundi soir M. Brun, en soulignant que "plus de 500 bureaux de vote" avaient été mis en place.

Si, pour le patron de la SNCF Guillaume Pepy, cette consultation n'a "aucune légitimité", M. Vicherat a jugé de son côté "l'initiative respectable", même si "ça s'apparente plutôt à une pétition".

Les 147.000 salariés de la SNCF sont invités à voter "pour ou contre le pacte ferroviaire porté par le gouvernement" qui reste inflexible sur trois points: l'ouverture à la concurrence, la fin de l'embauche au statut et la transformation de la SNCF en société anonyme à capitaux publics.

Le vote se fait dans des urnes, avec bulletins et listes d'émargement devant permettre d'éviter les fraudes.

Organisée dès la semaine dernière à Nice, la "vot'action" a donné un résultat net: 95% des voix contre la réforme et 63% de participation, après dépouillement "en présence des médias", a indiqué à l'AFP la CGT Cheminots.

A la gare Part-Dieu à Lyon, un "gilet rouge" mettait en cause sa "fiabilité". "Si je vote, ce n'est pas pour que mon vote soit manipulé par des organisations syndicales", disait ce non-gréviste.

A Biarritz, un peu moins de 300 cheminots se sont rassemblés dans la rue où M. Pepy possède un appartement, selon le quotidien Sud Ouest. A Caen, environ 250 cheminots, d'après la police, ont manifesté devant la gare. Dans la Loire, des grévistes ont mené une opération "péage libre" sur l'A72.

A Paris, plusieurs centaines de cheminots ont défilé pour dire "Non à la casse du service public", rejoints notamment par des étudiants.

- "Incessibilité" de la SNCF -

Après que Sud-Rail eut accusé dimanche le gouvernement et M. Pepy d'"oeuvrer en coulisse pour privatiser et filialiser" la SNCF, le numéro un de la CFDT, Laurent Berger, a réclamé lundi que l'"incessibilité" du groupe soit inscrite dans la loi afin d'éviter une "vente à la découpe".

Dans le texte adopté en première lecture à l'Assemblée, il est écrit que "le capital est intégralement détenu par l'Etat, ce qui en fait est plus fort que l'incessibilité", a jugé Jean-Baptiste Djebbari, député LREM et rapporteur du projet de réforme. "Mais comme on ne veut laisser aucune place au fantasme de la privatisation, on inscrira +incessibilité+", a-t-il promis.

Le projet de loi arrivera le 23 mai en commission au Sénat, puis le 29 dans l'hémicycle.

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